jeudi 16 mai 2013

Vicious Circles - Théâtre sans Fond

Par Yves Rousseau

La pièce Vicious Circles : 70's, no futur, Sex Pistols, Drugs and Rock'n'Roll

Crédit : Théâtre sans fond
Note pour la version 2013 :
Le théâtre sans fond reprend sa pièce à succès Vicious Circles dans une version remaniée où les personnages  envahissent totalement l'espace des gradins, mais aussi celui de l'entracte. Le personnage du gérant des Sex Pistols, Malcolm McLaren, a été ajouté. Sa présence génère une cynique mise en perspective de la mercantilisation outrageuse du produit Sex Pistols. La pièce extrêmement physique atteint dans cette version une intensité presque surréelle. C'est une traversée hallucinante et déjantée de l'univers déliquescent de Sid Vicious, Nancy Spungen, et Johny Rotten : ces personnages sont rendus avec fièvre et énergie par des comédiens déchaînés.  La critique qui suit a été réalisée  en juin 2012, lors de la présentation du spectacle original.

Les pièces du Théâtre sans Fond avaient jusqu'à maintenant traitées des destins de divers groupes Rock (Led Zepelin, U2) à partir d'une formule où se rencontraient la conférence thématique et le biopic théâtral, le tout étant servi dans une tonitruante atmosphère de concert rock. Si la présente création semble comporter en arrière-plan le même scrupuleux souci documentaire, elle est livrée dans une forme qui représente un virage à 180 degrés. Ainsi, avec Vicious Circles le destin du groupe punk culte Sex Pistols n'est pas livré du point de vue de la publique vie spectaculaire, et cette épopée n'est pas rendue à partir d'un narratif point de vue omniscient. En fait, Vicious Circles propose plutôt une vision dramatique habitée par des caractères incarnés qui sont observés par la fenêtre de l'intimité.

C'est donc dans une chambre aux vagues allures de sordide piquerie que se croisent les personnages de Sid Vicious (Patrick Rogers), Nancy Spungen (Kathleen Aubert) et de Johnny Rotten (Sebastian Samur). La climatique est celle d'une téléréalité trash et sans filtre où la  poésie du chaos se mâtine d'un parfum de nihilisme, d'acting out et de refus blessé. Des êtres à vif et sous influence y errent, dans une autodestructrice spirale descendante : 70's, no futur, Sex Pistols, Drugs and Rock'n'Roll. Les moments clés de l'évolution du groupe sont induits (sur fond musical historique), tout en étant ponctués de dérives d'intériorité où les personnages crachent détresse, dépit et révolte à la gueule du monde.

Le procédé intimiste à l'avantage d'amener une humaine, existentielle et historique mise en contexte qui est limpide. C'est une approche qui rend ainsi la matière de la pièce tout à fait accessible pour qui n'est pas un aficionado des Sex Pistols. Tout ça est livré à partir d'un jeu extrêmement physique, qui suit de façon éclatée les cyclothymiques trajectoires de vies perpétuellement sous influence : on y trouve de superbes morceaux de jeu qui semblent découler d'une approche de Method acting.

Cependant, le propos parfois redonde, et la mise en scène pourrait  sans doute  se bonifier de (entre autres) quelques métaphoriques procédés de dérives afin d'éviter l'installation de patterns de déroulement routiniers. La pièce atteint donc l'étape du laboratoire avancé, et outre les ajustements qui sont tout à fait normaux à cette étape, et il s'en dégage quelque chose de tout à fait intéressant, troublant et prometteur.

On passe un bon moment.



En reprise du 8 au 18 mai 2013 au Thâtre Mainline, réservations : 514-849-3378


Présenté dans le cadre du Festival Fringe 2012 de Montréal

Texte de Ben Kalman
Mise en scène par Stéfan Cédilot
Comédiens : Patrick Rogers, Kathleen Aubert et Sebastian Samur
Trame sonore: Ben Kalman
Éclairages: Philippe Desjardins
Assistance à la mise en scène : Jason McCullough

Sam. 16 juin à 22:15
Dim. 17 juin à 23:45
Mar. 19 juin à 18:00
Mer. 20 juin à 23:15
Ven. 22 juin à 22:00
Sam. 23 juin à 18:00

Mainline Theatre – 3997 Saint-Laurent 
Réservations : 514-849-FEST (514-849-3378) ou au www.montrealfringe.ca