lundi 18 juin 2012

La Cantatrice chauve - Privatelab Studio

Par Yves Rousseau

La compagnie Privatelab Studio revisite à sa façon la pièce La Cantatrice chauve, d’Eugène Ionesco


Oubliez l'univers absurdiste et la pataphysique climatique selon laquelle cette pièce est presque obligatoirement envisagée habituellement. La jeune metteur en scène Geneviève Fontaine a pour sa première réalisation, choisi d'apporter un éclairage contemporain, réaliste et dramatique à cette oeuvre. Dès lors les dialogues, les mises en situation, et la construction des entretiens baignent dans un rythme et une climatique beaucoup plus proche du téléroman réaliste, plutôt que dans l'habituelle montée en épingle quasi surréelle et empreinte de défamiliarisation dans laquelle s'articule la verve ironique d'Ionesco.

Malheureusement, Ionesco sans cette noire synergie pince-sans-rire, c'est comme un Feydeau sans le rythme, les portes, et la dynamique des dialogues : ça ne marche pas. C'est que l'ironie avec laquelle Ionesco dépeint ici la communale solitude et la vacuité profonde de petits bourgeois repose essentiellement sur des effets de sens qui ne peuvent s'élever que dans l'absurdiste tourbillon implacablement systématique. Cette façon de revisiter Ionesco comporte également un effet paradoxal : c'est un formatage éminemment conventionnel, même pour l'époque à laquelle la pièce fut écrite (1950)...

Le jeu semble encore engoncé dans la phase préparatoire, avec des acteurs encore dans l'effort du texte, de l'enchaînement, et du repérage. Il en résulte de longues séries d'échanges jamais dans le rythme et dans l'effet ( de sens ou de non-sens ), un parcours proxémique approximatif et une trame mimographique ébauchée. L'inégalité de niveau de jeu est chez plusieurs absolument flagrante, et ce malgré la générosité de certains acteurs (plus solides) qui semblaient intentionnellement « baisser leur jeu ».

L'ensemble a tout de même le mérite de représenter (pour certains) un exercice permettant des apprentissages incontournables, tels que (entre autres) la capacité de porter un personnage en continuité, la perfectibilité des éléments de base de la diction, l'écoute dans la dynamique de l'entretien, la générosité de jeu, l'abc du langage physique, ainsi que le travail de voix, pour peu que celle-ci fût maintenue de façon acceptable.

Voilà certainement une expérimentation formatrice.
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Texte Eugène Ionesco Mise en scène Geneviève Fontaine

Avec : Tommy Lavallée, Valérie Gagnon-Laniel, Cédric Cilia, Anne Sophie da Silva, Vincent Juneau et Geneviève Fontaine
Dramaturge & m.e.s : Corine Rodrigue
Son : François Létourneau
Décors : Sabrina Props
Éclairage : Dominic Laperrière

Horaire
15 juin 18 :15 h
16 juin 15 :30 h
17 juin 21 :45 h
21 juin 18 :30 h

22 juin 14 :15 h

23 juin 22 :00 h

Réservations : 514-849-FEST (514-849-3378) ou au www.montrealfringe.ca