dimanche 27 mai 2012

Rage, de Vicky Côté - Théâtre à bout portant

Par Yves Rousseau

La pièce Rage, du Théâtre à bout portant : un je t'aime moi non plus qui se conjugue à tous les temps.

 Crédit : François-Mathieu Hotte


La pièce Rage, de Vicky Côté, est une œuvre essentiellement mimographique où se croisent le corps vivant et le corps marionnettique. C'est un minimaliste espace d'expression corporelle où la pulsion s'incarne dans un métaphorique geste. La psyché y rencontre l'animalité, et le paradoxe de l'humanité y est viscéralement peint dans toutes les musicales couleurs des corporels états incarnés.

L'équivoque univers dépeint explore plus précisément les paradoxales méandres d'une certaine féminitude à l'époque du culte de l'image et du célibat chronique enrichit de post-moderne solitude. Il est habité par une héroïne en quête d'un impossible idéal de corporelle perfection qui serait censé lui ouvrir les portes du matrimonial bonheur. Elle entretient un très emblématique rapport de haine face à un corps qui jamais ne la satisfait. Sa quête de l'autre est blessée par une profonde impression d'insuffisance et un désir de plaire qui passe par le mépris de soi-même.

C'est sans doute ce mépris qui pousse ce personnage féminin à  tenter de trouver sa place dans une parade de séduction empruntant à tout les stéréotypes relatifs à la notion de femme-objet. Ce morbide désir d'être avec l'autre se conjugue de surcroît à une profonde et phobique peur de l'abandon alimentée par la carence. Il en résulte une forme d'amour contrôlant et captatif où l'Autre se trouve instrumentalisé.  Toute cette complexion forme une dangereuse chimie émotionnelle où l'implacable retournement contre soi s'extériorise également sous forme d'un impulsif passage à l'acte contre l'Autre. C'est un rageur je t'aime moi non plus qui se conjugue à tous les temps de la peur. Tout ça est incarné dans le mouvement, l'âme et le corps...

La pièce est sarcastiquement enrobée dans un très ironique et pince-sans-rire emballage de sens présent autant dans le jeu, que dans la conception. Ainsi, pour accueillir ce limbique monde de pulsion crue, on a imaginé un lunaire univers immaculé sis sur un tatami composé de films à bulle crépitant à chacun des mouvements de l'interprète. Les accessoires, marionnettes géantes (représentant les objets de désir) et costumes sont également conçus à partir de ce même matériel d'emballage.

La prestation de Vicky Côté est un pur moment de bonheur, dans une totale relation d'osmose entre l'esprit et le corps habité de l'acteur. C'est un état qui ne peut reposer que sur très sérieuse préparation. On pourrait presque parler de jeu total, s'il ne restait quelques éléments à perfectionner au niveau du travail de voix. Globalement, voilà une prestation parfaitement rodée, ce qui est cependant tout à fait normal pour une pièce tournant ici et ailleurs depuis plusieurs années.

On passe un très bon moment.

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Texte : Vicky Côté
Mise en scène : Sara Moisan,
Vicky Côté
Interprétation : Vicky Côté
Accessoires : Stéphan Bernier
Son : Stéphane Boulianne
Costumes : Louise Boudreault
Scénographie : Vicky Côté
Lumières : Jessyka Maltais-Jean

23 mai au 1er juin
Aux Écuries
7285, rue Chabot, Montréal (Métro Fabre)
Billetterie : 514-328-7437