Par Yves Rousseau
La pièce Rage, du Théâtre à bout portant : un je t'aime moi non plus qui se conjugue à tous les temps.
Crédit : François-Mathieu Hotte
La pièce Rage, de Vicky Côté, est une œuvre essentiellement
mimographique où se croisent le corps vivant et le corps marionnettique.
C'est un minimaliste espace d'expression corporelle où la pulsion
s'incarne dans un métaphorique geste. La psyché y rencontre
l'animalité, et le paradoxe de l'humanité y est viscéralement peint
dans toutes les musicales couleurs des corporels états incarnés.
L'équivoque univers dépeint explore plus précisément les paradoxales
méandres d'une certaine féminitude à l'époque du culte de l'image et du
célibat chronique enrichit de post-moderne solitude. Il est habité par
une héroïne en quête d'un impossible idéal de corporelle perfection qui
serait censé lui ouvrir les portes du matrimonial bonheur. Elle
entretient un très emblématique rapport de haine face à un corps qui
jamais ne la satisfait. Sa quête de l'autre est blessée par une profonde
impression d'insuffisance et un désir de plaire qui passe par le mépris
de soi-même.
C'est sans doute ce mépris qui pousse ce personnage féminin à tenter de
trouver sa place dans une parade de séduction empruntant à tout les
stéréotypes relatifs à la notion de femme-objet. Ce morbide désir d'être
avec l'autre se conjugue de surcroît à une profonde et phobique peur de
l'abandon alimentée par la carence. Il en résulte une forme d'amour
contrôlant et captatif où l'Autre se trouve instrumentalisé. Toute
cette complexion forme une dangereuse chimie émotionnelle où l'implacable
retournement contre soi s'extériorise également sous forme d'un impulsif
passage à l'acte contre l'Autre. C'est un rageur je t'aime moi non plus
qui se conjugue à tous les temps de la peur. Tout ça est incarné dans le
mouvement, l'âme et le corps...
La pièce est sarcastiquement enrobée dans un très ironique et
pince-sans-rire emballage de sens présent autant dans le jeu, que dans
la conception. Ainsi, pour accueillir ce limbique monde de pulsion
crue, on a imaginé un lunaire univers immaculé sis sur un tatami composé
de films à bulle crépitant à chacun des mouvements de l'interprète. Les
accessoires, marionnettes géantes (représentant les objets de désir) et
costumes sont également conçus à partir de ce même matériel
d'emballage.
La prestation de Vicky Côté est un pur moment de bonheur, dans une
totale relation d'osmose entre l'esprit et le corps habité de l'acteur.
C'est un état qui ne peut reposer que sur très sérieuse préparation. On
pourrait presque parler de jeu total, s'il ne restait quelques éléments à
perfectionner au niveau du travail de voix. Globalement, voilà une
prestation parfaitement rodée, ce qui est cependant tout à fait normal
pour une pièce tournant ici et ailleurs depuis plusieurs années.
On passe un très bon moment.
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Texte : Vicky Côté
Mise en scène : Sara Moisan,
Vicky Côté
Interprétation : Vicky Côté
Accessoires : Stéphan Bernier
Son : Stéphane Boulianne
Costumes : Louise Boudreault
Scénographie : Vicky Côté
Lumières : Jessyka Maltais-Jean
23 mai au 1er juin
Aux Écuries
7285, rue Chabot, Montréal (Métro Fabre)
Billetterie : 514-328-7437