Par Yves Rousseau
Le Théâtre Artefact et la Black Moon Theatre Company présentent une
version condensée de la pièce Grand-peur et misère du IIIe Reich, de
Bertolt Brecht.
Crédit : Stephanie Anne Johnson
La version originale (24 scènes) se trouve réduite à huit scènes. Cette épique fresque traverse l'Allemagne Nazi
d'avant-guerre, et elle montre comment la fasciste mécanique de la
terreur et de la paranoïa s'installa dans toutes les couches de la
société. Cette critique sociale reste pertinente dans sa façon de
montrer comment une société démocratique et pluraliste peut en venir à
glisser vers le totalitarisme. Pour ce qui est de faire de ce texte un spectacle intéressant, tout est dans la façon de le monter...
La mise en scène de René Migliaccio pousse la distanciation brechtienne
au-delà des limites habituelles, en abordant le jeu selon une version
très exacerbée du réalisme expressionniste. Le jeu grimaçant et
bouffonesque est accroché à de blancs visages qui deviennent autant de
masques sociaux représentant les archétypales figures sociétales. Dans
une rencontre d'influence teintée par le jeu des zannis de la commedia
dell'arte et par le théâtre oriental (Kabuki), les personnages en
costumes d'époque s'expriment à partir langage pantomimique qui pourrait
être une version très appuyée (et parlante) de ce que l'on trouve dans
le cinéma expressionniste de Friedrich Wilhelm Murnau.
La scénographie réduite au minimum, s'inspire vraisemblablement des préceptes du théâtre pauvre. L'avant-scène se trouve traversée par une semi-transparence sur laquelle apparaissent parfois certaines archives cinématographiques de propagande nazie. Cet écran au travers duquel on peut observer le jeu des comédiens, se trouve tout le reste du temps saturé par la présence de saisies où on voit évoluer au ralenti les faciès des personnages grotesques. Ces derniers retrouvent de surcroît ainsi monstrifiés par l'effet de grossissement de la projection vidéo.
La scénographie réduite au minimum, s'inspire vraisemblablement des préceptes du théâtre pauvre. L'avant-scène se trouve traversée par une semi-transparence sur laquelle apparaissent parfois certaines archives cinématographiques de propagande nazie. Cet écran au travers duquel on peut observer le jeu des comédiens, se trouve tout le reste du temps saturé par la présence de saisies où on voit évoluer au ralenti les faciès des personnages grotesques. Ces derniers retrouvent de surcroît ainsi monstrifiés par l'effet de grossissement de la projection vidéo.
Cette réalisation tombe dans une très lourde surcharge de la
proposition qui se trouve de surcroît amplifiée par plusieurs facteurs.
D'abord, l'expression très exacerbée des comédiens est calibrée pour le
troisième balcon, mais elle ne peut profiter de l'effet d'atténuation
qui découle de l'éloignement puisque le spectacle est présenté dans une
petite salle intime où, d'ailleurs, l'épique mouvance de Brecht se
trouve bien à l'étroit (surtout avec onze interprètes). Ensuite, les
scènes manquent de surcroît de mouvements, il en découle une impression
de statisme et de lourdeur. Finalement, l'interprétation est très inégale, et chez certains acteurs le grotesque
généralisé de l’interprétation s'additionne d'une très perceptible maladresse.
Avec tout ça, l’hyperréalisme de la pièce de Brecht tombe dans un noir
surréalisme clownesque. L'assommante forme élude alors le contenu : de
Brecht et de son message, il reste alors bien peu de choses.
_________________________________________
Mise en scène : René Migliaccio
Comédiens : Shauna Bonaduce, Pascale Brochu, Catherine Brunet, France
Dandurand, Émilie Fecteau, Jean-Charles Fonti, Valérie Gagnon-Laniel,
Stéphanie Ribeyreix, Jean-Philippe Richard, Mathieu Samaille, Vanessa
Seiler.
Scénographie et accessoires : Anne-Marie Blanchet
Éclairages : Stephanie Johnson
Costumes : Oleksandra Lykova
Assistante à la mise en scène : Priscille Amsler
Jusqu'au 10 mai au 4001 Berri
Informations : www.grand-peur.com
