mardi 17 avril 2012

Leçon d'hygiène, bestialités et mets canadiens - Transthéâtre

 Par Yves Rousseau

Avec Leçon d'hygiène, bestialités et mets canadiens, la compagnie Transthéâtre parodie tout ce que l'art peut compter de chiant, prétentieux et surfait.

 Crédit : Jean-Sébastien Hermant

Qui d'entre vous ne s'est-il jamais ramassé dans un événement artistique particulièrement chiant, prétentieux, et guindé? Qui ne s'est jamais trouvé au milieu d'une clique de précieux ridicules trop content de se montrer au côté de la dernière saveur du mois de la branchouille suprême lors d'une première, d'un lancement ou d'un vernissage? N’avez-vous jamais été confronté à la présentation d'une œuvre artistique tendance éclectiquo-hipsto-bobo-trashouille, pour en repartir en vous demandant jusqu'à quels degrés d'abjection, de gratuité et de connerie certains sont prêts à faire descendre l'art pour pour pouvoir poser comme  des grands « génies » de la création et de  la transgression au milieu de leurs aficionados transits (dans un phénomène escalade, le plus hip sera  celui qui ira le plus loin dans le stunt et le trash)? Vous être-vous déjà demandé à qui s'adressait l'art en voyant d'incompréhensibles productions qui semblent ne s'adresser qu'à de très restreints cercles d'élus ?

   Crédit : Jean-Sébastien Hermant

C'est exactement à ce phénomène que s'attaquent le créateur Michel Monty et son équipe. Pour ce faire, on a imaginé un genre de cabaret décadent et snob dans lequel on aurait caricaturalement concentré tout ce que le contenu du paragraphe précédent permet d'imaginer. Au milieu d'une cohorte de participants aux glamouresques tenues et manières guindées, on trouve un maître de cérémonie transgenre qui se comporte et s'exprime comme un de ces créateurs-divas du milieu de la mode. La soirée se déroule au milieu d'une galerie d'art peuplée par des œuvres qui seraient issues d'un « grand esprit » de l'art. Des interviews encadrent les nombreux numéros, et ces discussions donnent prétexte à un foisonnement référentiel par lequel hôtes et invités fats se permettent familièrement de s'associer aux grands noms de la création artistique. Un poète parnassien aussi imbu de lui-même que Néron en personne put l'être « agrémente » la soirée de ses éclats créatifs. Des danseurs contemporains promènent leurs « grandes inspirations » spontanées issues de leur pulsionnelle animalité corporelle : c'est assez hébéphrénique. Évidemment, à une époque où pour se distinguer on ne sait plus jusqu'où   déshabiller les danseuses et faire se rouler les acteurs dans le trash, la fange et le ketchup, il  faut faire preuve d'originalité : heureusement,  un quidam accepte de se faire découper vivant  afin de passer à la postérité. Ses morceaux sont cuisinés par un chef cuisinier (ils sont partout!) et dégustés en direct, et la manœuvre s'intégrera au sein de la performance, en tant que geste artistique...

   Crédit : Jean-Sébastien Hermant

Dans sa brillante pièce Ronfard nu devant son miroir (ainsi que dans ses vidéos d'accompagnement) le NTE semblait poser certaines questions relativement au phénomène des gratuites escalades de transgression dont nous parlions au premier paragraphe. Monty,  semble soulever (intentionnellement ou pas) la même question en poussant caricaturalement la logique de cette surenchère jusqu'au cannibalisme-spectacle. Après avoir de cette façon dénoncé l'effet pernicieux des racoleuses enflures d'effets dans l'art-spectacle, Monty semble s'attarder  sur l'aspect consanguin de certains milieux d'arts qui semblent par leurs créations (danse incompréhensible, poésies obscures, œuvres alambiquées de prétentions, etc...), s'adresser à eux-mêmes plutôt qu'au commun des mortels. Entre l'intégrité et l'accessibilité de l'art, où serait l'équilibre ?

Pour  diffuser cette matière , on a opté pour le canal de la farce. Sous des faux airs sérieux, on procède en réalité à une burlesque satire qui traverse ludiquement les ubuesques territoires du  grand-guignolesque sanguinolent.   C'est une approche qui génère un licencieux espace de liberté dans lequel on se régale de tous les  clichés relatifs aux artistes. Dans l'actuel climat sociétal néo-libéralisant, il s'agit d'une arme à deux tranchants, car en voulant casser du sucre sur le dos de la minorité de « créateurs , opportunistes, fashionistas et snobinards, on risque de mettre dans le même bain la majorité des artistes humbles, qui sont pour la plupart de généreux gens de cœur portant la culture à bouts de bras avec beaucoup de détermination et souvent très peu de moyens. C'est donc à prendre avec un grain de sel.

Pour ce qui est des détails de l'histoire, nous les éludons volontairement, car les dévoiler risquerait de gâcher les nombreux et très originaux rebondissements : disons simplement que, comme dans la commedia dell'arte, les Zannis du Transthéâtre ne se préoccupent guère du quatrième mur...

Il faut bien préciser que ces obséquieuses pitreries génèrent beaucoup de rires.

On passe un bon moment.
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Transthéâtre présente Leçon d’hygiène, bestialités et mets canadiens, dernière création de Transthéâtre, dirigée par Michel Monty.


Textes : Michel Monty, Simon Lacroix, Justin Laramée et Mathieu Quesnel
Mise en scène et dramaturgie : Michel Monty
Comédiens :  Philippe Audrey, Bonny Giroux, Simon Lacroix, Justin Laramée, Michel Monty, Igor Ovadis, Mathieu Quesnel et Bruno Rouyère
Concepteurs: Valérie Archambault,Sylvain Génois, Jean-François Pednô et Étienne Boucher

12 au 21 avril
Théâtre La Chapelle
3700, Saint-Dominique

Billetterie : 514-843-7738