jeudi 12 avril 2012

Je pense à Yu, de Carole Fréchette - Théâtre d’Aujourd’hui

Par Yves Rousseau

Avec Je pense à Yu, l'auteure Carole Fréchette pose de fondamentales questions portant sur la notion d'engagement. 

  Crédit : Valérie Remise


Résumons : Madeleine est une quinquagénaire lettrée ayant vécu dans la relative marginalité inhérente à la plupart des intellectuels québécois. D'un contrat de traduction et d'une cause sociale ou  humanitaire à l'autre, elle a traversé la vie en cherchant sa place au royaume du confort indifférent. De retour d'un engagement en territoire nordique, Madeleine s'enferme dans son appartement et traverses en ermite une grande phase de spleen existentiel. C'est un passage à vide dans lequel elle s'interroge profondément sur le sens de sa vie, et sur la portée de ses choix et de ses engagements : l'heure des bilans a sonnée. Sa période de réflexion l'amène à examiner le destin tragique du journaliste chinois Yu Dongyue, une sacrificielle figure héroïque liée aux protestataires événements de 1989 de la place Tiananmen. Un voisin monoparental et empathique et une stagiaire linguistique chinoise réfugiée devront faire preuve de beaucoup de patience et d'insistance, afin de réussir à sortir Madeleine de son isolement...

  Crédit : Valérie Remise

Le texte de Carole Fréchette comporte trois aspects particulièrement fascinants. Le premier est composé par une troublante et profonde capacité à restituer les univers d'intimité de personnages sensibles et intelligents devant composer une époque où tout semble foutre le camp, à commencer par leur vie intime. Le second est constitué par cette capacité à situer ces êtres emblématiques dans la grande machine mondialisée de l'ère des communications, où chacun, recroquevillés dans sa petite bulle protectrice, se trouve confronté à l'Autre, si loin et si différent soit-il. Finalement, le troisième et sans doute le plus engagé des trois aspects, réside dans cette habilité à mettre cette matière au service d'un questionnement où le politique rejoint l'existentiel et l'identitaire : dans un pays en perpétuel devenir qui n'en finit plus de noyer sa quête d'identité et de sens dans une passive dérive sur les stagnantes eaux du confort de l'indifférence, Mme Fréchette défie l'immobilisme ambiant et et montre des figures qui, à tort ou à raison, on eu le courage d'assumer leurs choix.

   Crédit : Valérie Remise
 
Afin de porter cet univers réflexif et intériorisé, la metteure en scène Marie Gignac a dû trouver une façon plausible de donner voix aux soliloques intérieurs qui occupent pratiquement autant de place que les dialogues. Ainsi, les réflexions existentielles faites par des personnages immobiles, traversent un espace de temps suspendu, et elles sont livrées à partir de voix hors champ préenregistrées. Globalement, on obtient une pièce parsemée de tableaux relativement statiques qui sont cependant assez bien habillés par la mouvance des effets audiovisuels thématiques. C'est un univers qui laisse la place tout entière à un intime territoire de réflexion et d'intériorité.

C'est particulièrement bien servi par les comédiens, avec un jeu sobre et incarné qui permet d'éviter l'enflure sentimentaliste. On y remarque en particulier Jean-François Pichette, qui par sa présence insuffle un grand vent de profondeur et d'humanité à la pièce. 

C'est une voix théâtrale qui s'éloigne d'un certain à-plat-ventrisme ambiant en posant de fondamentales questions portant sur la notion d'engagement.
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Texte : Carole Fréchette
Mise en scène : Marie Gignac
Interprétation : Marie Brassard, Marie-Christine Lê-Huu, Jean-François Pichette Assistance à la mise en scène : Stéphanie Capistran-Lalonde
Scénographie : Jean Bard
Costumes : Cynthia Saint-Gelais Éclairages : André Rioux
Environnement : sonore Philippe Brault
Accessoires Loïc : Lacroix Hoy Vidéo : David Leclerc
Maquillages : Suzanne Trépanier


3 au 28 avril
Théâtre d’Aujourd’hui
Billetterie : 514 282 3900