Par Yves Rousseau
Avec Le spectateur condamné à mort, le Théâtre à Petit Feu nous offre une superbe pièce qui questionne les dérives du système judiciaire à partir d'un humour totalement délirant.
Crédit : Swann Bertholin
Le Spectateur condamné à mort est une pièce de l'auteur roumain Matei Vișniec. Elle fut écrite en 1985 sous le règne du dictateur Nicolae Ceaușescu. C'est une comédie cynique prenant la forme d'un procès dans lequel un spectateur désigné au hasard se retrouve accusé selon des principes d'instructions inspirés de la théorie du criminel né (physiognomonie) de Cesare Lombroso. Le pauvre malchanceux subit alors un simulacre de procès complètement pipé, devant une voyeuse foule passive où chacun se tient coi de peur d'être à son tour désigné...
La pièce se veut une parodie d'un absurde appareil judiciaire utilisé comme outils de répression. C'est également une virulente critique (toujours actuelle...) de la passivité citoyenne devant les dérives de l'appareil étatique. L'auteur table sur un humour noir afin de reproduire à l'échelle du spectacle, un phénomène de société qui se trouve à la base de tout glissement poussant la démocratie vers le totalitarisme. Le premier coupable désigné se trouve à être l'individualiste spectateur lui-même, qui comme dans la vie, ferme les yeux, endure, tolère tant qu'il ne se trouve pas directement visé par les dérapages du système...
Il s'agit donc évidemment d'une pièce sans quatrième mur, où les personnages (avocats, juges, etc.) interagissent avec le public. L’œuvre est également campée sur une mise en abîme, puisque les divers collaborateurs de la troupe sont appelés à témoigner au « procès », et les personnages questionnent parfois le texte. Le déroulement est évidemment animé par des officiers de la Cour on ne peut plus imbus, outrés, facétieux et grandiloquents. C'est complètement délirant, rocambolesque, et c'est vraiment très drôle.
L'organisation de l'ensemble est réglée au quart de poil. La mise en scène est solide, et la direction du jeu est optimale. Les comédiens déchaînés semblent prendre un malin plaisir à faire évoluer leurs personnages sentencieux, et c'est porté de façon impeccable. On y remarque en particulier Jean-Pierre Gonthier, qui, affublé d'un look de technocrate des années soixante-dix, joue machiavéliquement un avocat de la défense pourri et vendu.
Voilà une première production superbement! réussie pour la jeune compagnie du Théâtre à Petit Feu.
C'est une vraie belle soirée de théâtre, et c'est à voir absolument !
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Texte : Matei Vișniec
Mise en scène : Michel-Maxime Legault
Comédiens : Simon Fréchette-Daoust,
Jean-Pierre Gonthier, Manon Lussier,
Ansia Wilscam Desjardins
Régie : Chloé Fortier-Bouchard
Costumes et décors : Elen Ewing
Éclairages : Maxime da Silva
Musique : Carol Bergeron
Photographe : Marie-Hélène Boucher
15 au 31 mars 2012 (mardi au samedi 20 h)
Samedi 24 et 31 mars à 15 h
Au studio Jean Valcourt - 4750 Henri-Julien
Réservation : 1-855-790-1245
