Par Yves Rousseau
Pour deux soirs seulement, l'Usine C présente la pièce Kolik, de l'auteur germanique Rainald Goetz, dans une mise en scène du français Hubert Colas.
Crédit : Sylvain Couzinet-Jacques
La pièce Kolik est un solo performatif traversé par un personnage de tronche livré à ses angoisses existentielles. Il se trouve cerné par les ténèbres, assis à une table isolée dans un îlot de lumière. Cette climatique antinomie entre la mortelle vide noirceur et le lumineux éclat de vie semble faire écho à la dynamique intérieure de cet être, qui toujours repousse la moindre parcelle d'absence en remplissant son univers par un flux ininterrompu de paroles éclatantes. Ce soliloque est une matérialisation de cette critique voix intérieure par laquelle chacun s'observe, parcoure la trame de sa vie, évalue sa place dans le monde, se juge, regrette et espère. C'est un discours hébéphrénique constitué d'un florilège d'exclamations, de phrases tronquées, et d'existentielles idées de référence. Le texte table donc sur de schizophréniques procédés de déconstructions.
Afin de soutenir le propos, on a matérialisé un personnage qui semble avoir été envisagé avec la plus implacable des ironies tragiques. On a construit un (insupportable) caractère pathétiquement égocentrique, cérébral, gueulard, paumé et physiquement désincarné, et on l'a plongé dans un schizoïde univers ritualisé. Ainsi, le personnage qui s'exprime par à-coups ponctue chacun de ses coups de gueule par l'absorption d'un verre de vodka (il s'en trouve une centaine sur la table...) : c'est un véritable suicide alcoolisé. Chacun de ces éclats est assemblé dans un collage anarchique qui forme une emblématique représentation du conflit entre la pulsion de vie et la pulsion de mort.
Le comédien Thierry Raynaud (sous la direction, du le metteur en scène Rainald Goetz) porte avec brio un texte particulièrement casse-gueule, dans une composition qui commande une implacable maîtrise du rythme.
Au final, l'odyssée intérieure de ce personnage d'emmerdeur pathétique et assommant met en relief avec beaucoup d'ironie tout le florilège d'états d'âme infligés à chacun par cette critique voix intérieure: c'est ce qui permet sans doute à l’œuvre d'être autre chose qu'un complexe et cérébral exercice de style éclectique.
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Texte de Rainald Goetz
Traduit de l’Allemand par Olivier Cadiotet Christine Seghezzi
Mise en scène, scénographie : Hubert Colas
Avec : Thierry Raynaud
Assistante mise en scène : Sophie Nardone
Son : Frédéric Viénot
Vidéo : Patrick Laffont
Régie générale : Nicolas Marie
21 et 22 mars 2012
USINE C
1345, av. Lalonde
Montréal (Québec)
H2L 5A9
Billetterie : 514 521.4493
