Par Yves Rousseau
Avec plus d'une douzaine d'acteurs sur scène, le CIRAAM monte Pharmak(ha)os, une chaotique fable contemporaine sur l'aliénation.
Crédit - François Godard
En gros, pour simplifier cette œuvre méli-mélo, on peut résumer la chose comme suit : c'est une œuvre au texte slam saturé de références embrassant les dérives du panorama sociétal, ça se passe dans une unité d'asile d'aliénés où on trouve toutes la gamme des diverses pathologies. Tous sont enfermés là à la journée longue. Pour passer le temps, ils suivent un grandiloquent mythomane jouant au metteur en scène : ce dernier se met en tête de monter avec eux un genre de tragédie...
Chacun des personnages par sa substance fait écho à un typique morceau de contemporaine dysfonctionnalité, et ils sont peut-être à notre époque ce que les archétypales figures théâtrales qu'ils incarnent dans ce théâtre dans le théâtre sont symboliquement à l'histoire. Tous ceux qui ont vu Kliniken de Lars Norén feront immédiatement un rapprochement avec cette pièce ( on peut aussi penser à One Flew Over the Cuckoo's Nest, de Ken Kesey).
La pièce par son éclatement et son climat oppressant et paranoïde, devient donc une métaphorique représentation de notre contemporanéité : c'est un lieu fermé et étouffant ouvert à tous les clivages comportementaux. L'omniprésence de caméras (réelles) en fait un type de huis clos qui n'est plus seulement relatif au morbide univers voyeur des téléréalités, mais qui est aussi représentatif de tous ces territoires de travail (et même de vie) hyper-monitorés où l'idée de vie privée devient de plus en plus une utopique vue de l'esprit. C'est un monde d'aliénation chargé de bigbrotherisme.
Chacun des personnages par sa substance fait écho à un typique morceau de contemporaine dysfonctionnalité, et ils sont peut-être à notre époque ce que les archétypales figures théâtrales qu'ils incarnent dans ce théâtre dans le théâtre sont symboliquement à l'histoire. Tous ceux qui ont vu Kliniken de Lars Norén feront immédiatement un rapprochement avec cette pièce ( on peut aussi penser à One Flew Over the Cuckoo's Nest, de Ken Kesey).
La pièce par son éclatement et son climat oppressant et paranoïde, devient donc une métaphorique représentation de notre contemporanéité : c'est un lieu fermé et étouffant ouvert à tous les clivages comportementaux. L'omniprésence de caméras (réelles) en fait un type de huis clos qui n'est plus seulement relatif au morbide univers voyeur des téléréalités, mais qui est aussi représentatif de tous ces territoires de travail (et même de vie) hyper-monitorés où l'idée de vie privée devient de plus en plus une utopique vue de l'esprit. C'est un monde d'aliénation chargé de bigbrotherisme.
Jusque-là ça semble tout de même intéressant, mais ce n'est pas par ces dimensions que se distingue la pièce, qui disont le, sans l'effort de mise en scène, pourrait être complètement indigeste. Contamine met la lourdeur du texte dans la folie des personnages, et en fait une arme de sens, qui fait écho à la substance thématique (mais le procédé a ses limites). Si on fait abstraction des inégalités du texte, le metteur en scène met sur scène tout ce qu'on rêve de voir en théâtre : l'acteur grotowskiesque qui est au centre de tout. Les cyclothymiques thématiques, les métathéâtrales intentions de sens, les jeux de choralité, et les contrapuntiques dialogues entre (dans ses limites) texte et mimographies, trouvent ici élévation à partir des préceptes qui sont ceux du théâtre pauvre. Le plateau est dépouillé, la musicalité est autogénérée, la dimension organique est omniprésente, la physicalité est intense et appliquée, et la fraternelle collection d'acteurs se compose d'individus à la poursuite de cette éternelle quête du Graal qui est celle de l'incarnation. Les corporalités portent le signe du travail, de la préparation, de l'entraînement, de l'investissement, de la poursuite d'un idéal théâtral incarné. Le langage de corps et de l'espace est ici éminemment riche, il y de nombreuses superbes fresques.
C'est deux heures et demie d'intensité, et ça constitue malgré tout un repas très lourd, parfois presque assommant, complètement surchargé de labyrinthiques références (entre autres) historico-politiques, mythologiques et existentielles (le texte est parfois impossible au point où l'histoire alambiquée devient secondaire): en deux-heures trente, on passe parfois proche de la noyade ou de l'indigestion carabinée, mais l'ensemble a aussi les qualités de ses défauts.
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Pharmak(ha)os : Texte et mise en scène Pascal Contamine
Distribution : Martin Choquette, Pascal Contamine, Maxime René de Cotret, Rachel Graton,Belkacem Labhairi, Mariane Lamarre, Philippe Lonergan, Xavier Malo, Maxime Paradis, MariePascale, Anne Sabourin, Mariflore Véronneau
Direction de production et régie : Audrey Wyszinski
Scénographie, accessoires et costumes : Fruzsina Lanyi _
Assistance à la mise en scène : Mariflore Véronneau
Mouvement : Estelle Clareton
Musique : Philippe Lonergan
Éclairage : Mathieu Marcil
1er au 17 décembre
Espace Libre, 1945, rue Fullum, Montréal (Station Frontenac)
Billetterie 514 521-4191 • achat en ligne à espacelibre.qc.ca
