Par Yves Rousseau
Avec Gaëtan (pièces à assembler à la maison) , Marcel Pomerlo livre un solo blessé qui parle de terrible façon de l'endémique solitude, du déracinement identitaire et de la vacuité profonde de toute une postmoderne époque.
Et pour métaphoriquement incarner cet absurde et triste état des lieux chargé d'isolement urbain, Pomerlo a imaginé Gaëtan, emblématique personnage brisé et vulnérabilisé par un au destin marqué : la paroxystique concentration de sa matière mets en exergue des éléments d'un temps d'être dans lequel tous reconnaîtront parcelles de vérité...
Gaëtan est un homme gris, de santé fragile (perpétuellement confronté à la mort, il passe son enfance à l'hôpital), timide, effacé et aux manières de bonne sœur : et pour cause! né en 1964 d'une paysanne fille-mère venue honteusement accoucher en secret à la ville, il fut confié à une crèche, et élevé par des religieuses. L'une d'elles, sœur Yvette deviendra pour lui ce qui se rapproche le plus d'une mère. À la mort de cette dernière, Gaëtan se voit de surcroît confronté à un autre choc : sa mère biologique a refait sa vie, et ne souhaite pas donner suite à sa demande de rencontre. Comme le déraciné des déracinés, le solitaire des solitaires, Gaëtan s'accroche alors à ce qui lui reste d'elle: un livre d’Hermann Hesse, un disque de Chet Baker, puis une lettre manuscrite où (grosso modo à l'état de prémisses) il est question de trouver dans l'art une forme de sublimatoire rédemption.
Gaëtan, homme brisé, trouve donc sublimatoire compensation et affective substitution dans l'art, par lequel il s'élève. Frappé par l'art pictural, il devient gardien de nuit au Musée. Si Gaétan décrit le monde comme étant « un grand vide plein de bruit : un vide assourdissant », il trouve dans le silence de la nuit une paix magnifiée par le poétique environnement des toiles peintes. Toute la laideur du monde, toutes les blessures de la vie se trouvent alors effacées par la beauté, la substance absolutiste de l'art qui l'entoure.
Donnez-nous de la beauté, Christ! dira le personnage tantôt devant la toile « Tenir en dépit des malgré » (du peintre Marc Tremblay, dont l’œuvre traverse la pièce), tantôt devant le portrait de Jeanne Samary (par Renoir) qui le frappe par sa (maternelle ?) féminitude idéale. L’illumination existentielle de Gaëtan passe également par des rencontres avec la musique (le Kindertotenlieder 1, ou Chant pour des enfants morts de Mahler, vraisemblablement chanté la contralto Kathleen Ferrier) et la poésie. De sa bouche d'homme simple, sortent de philosophiques et limpides existentielles vérités.
Il faut beaucoup de courage pour mettre sur scène un personnage comme ça. L'univers (une scénographie dépouillée qui s'anime parfois de projections de tableaux ) de Gaëtan est peut-être rempli par l'art, mais son frêle esquif de survivance flotte sur un très contemporain monde perclus de flottements, de silence, d'absence de l'Autre, de solitude intégrale. Rendre le silence, l'absence sur scène relève souvent d'un défi-casse-gueule.
Pourtant Pomerlo, qui habite son personnage avec beaucoup de profondeur, y parvient avec la puissance tranquille des gestes retenus, des non-dits, en faisant évoluer un caractère qui paraît traverser la vie sur la pointe des pieds, presque comme s'il s'excusait d'exister. Les longs silences entourant Gaëtan, tout le lot de petits gestes et de petites préoccupations traversant la trame mimographique sobre et contenue, parlent avec douleur d'un monde épouvantable remplit de fonctionnement à vide. Gaëtan (pièces à assembler à la maison), c'est justement repartir avec les dimensions cachées d'une époque telle qu'on préférerait ne pas la voir, et ce en en sachant pertinemment avoir traversé un espace qui n'est que trop métaphoriquement représentatif du monde d'aujourd'hui. C'est un propos qui revient hanter l'âme et triturer les entrailles.
Il faut beaucoup de courage pour mettre sur scène un personnage comme ça. L'univers (une scénographie dépouillée qui s'anime parfois de projections de tableaux ) de Gaëtan est peut-être rempli par l'art, mais son frêle esquif de survivance flotte sur un très contemporain monde perclus de flottements, de silence, d'absence de l'Autre, de solitude intégrale. Rendre le silence, l'absence sur scène relève souvent d'un défi-casse-gueule.
Pourtant Pomerlo, qui habite son personnage avec beaucoup de profondeur, y parvient avec la puissance tranquille des gestes retenus, des non-dits, en faisant évoluer un caractère qui paraît traverser la vie sur la pointe des pieds, presque comme s'il s'excusait d'exister. Les longs silences entourant Gaëtan, tout le lot de petits gestes et de petites préoccupations traversant la trame mimographique sobre et contenue, parlent avec douleur d'un monde épouvantable remplit de fonctionnement à vide. Gaëtan (pièces à assembler à la maison), c'est justement repartir avec les dimensions cachées d'une époque telle qu'on préférerait ne pas la voir, et ce en en sachant pertinemment avoir traversé un espace qui n'est que trop métaphoriquement représentatif du monde d'aujourd'hui. C'est un propos qui revient hanter l'âme et triturer les entrailles.
C'est à voir !
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Coproduction du Théâtre Momentum et du Théâtre français du Centre national des Arts
Texte, mise en scène et interprétation Marcel Pomerlo
Assistance à la mise en scène et régie : Martin Boisjoly
Oeil extérieur : Dominique Leduc
Scénographie : Cédric Lord et Marcel Pomerlo (d'après les tableaux de Marc Tremblay)
Costumes : Marcel Pomerlo
Musique : Éric Forget (avec la complicité de Marcel Pomerlo)
Conception vidéo : Olivier Bochenek et Roger Dufresne
Accessoires et assistance aux costumes : Audrey Gaudet
Éclairages : Marc Parent
28 novembre au 17 décembre
Théâtre de Quat’ Sous
100, avenue des Pins Est, Mtl
Billetterie : 514 845-7277
