mardi 1 novembre 2011

Rouge - Compagnie un mot au creux de la main

Par Yves Rousseau

Avec Rouge, Marc Israël Le Pelletier revisite le mythe du Petit Chaperon Rouge sous l'égide d'une déconstruction vaguement absurdiste.


Rouge est une jeune femme qui n'a jamais réussi à se libérer de la mort de sa grand-mère. Afin de contourner deuil et douleur, elle engage Mère-Grand, un comédien chargé d'incarner cette défunte. Isolée dans les schizoïdes dédales de sa solitude, Rouge ressasse son passé par le truchement de ses conversations téléphoniques avec l'employé, et revit rétrospectivement l'histoire de sa vie. Perdue dans les limbiques miasmes d'une demie-réalité psychotique et brisée de conflit avec la figure maternelle, Rouge redevient ainsi progressivement le petit chaperon qu'elle était enfant, et retraverse l'espace coupable de sa désobéissance de jadis, celle qui ouvrit la porte au grand méchant loup.

Sur une scène ou le rouge prédomine, se matérialisent deux symboliques univers parallèles ou coexistent sans jamais se voir, les deux protagonistes de l'histoire. Du côté jardin, on trouve l'incarnation de cette mère-grand vêtue d'une jaquette et d'un bonnet, dans un univers évoquant la rustique cabane de ce conte de Perreault. Du côté cour se trouve la proprette chambre de la jeune femme.

Si cette très libre variations autour de ce conte  renvoie inévitablement aux très post-modernes problématiques de la mercantilisation et de la virtualisation des rapports,  du refus de la mort et du deuil, elle semble en cinquante petites minutes ratisser trop large par addition et agglutinement référentiel avec arrière-plan de bidouillages vaguement sociopsychanalytiques. C'est au travers d'une hébéphrénique gestuelle (dissocié d'une scénographie pourtant élaborée) ou le relatif statisme alterne avec une lenteur affectée, que résonnent les répliques désincarnées au travers des zigzags aléatoires de la bancale construction dramatique. Le jeu des comédiens semblent englué dans le collant territoire du total manque d'espace, avec un langage scénique qui laisse aussi perplexe que le texte souvent beaucoup plus abscons que réellement absurdiste. Ça tourne en rond.

On ne peut guère rajouter quoi que ce soit de plus.

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Texte : Marc Israël Le Pelletier
Mise en scène : Cécile Assayag
Interprétation : Ansia Wilscam Desjardins et Miguel Doucet
Installation vidéo : Geneviève Boivin
Conception sonore : Mayline Terrettaz
Costumes : Karine Blanchette
Scénographie : Stéphanie Légaré
Lumières : Stéphane Ménigot

Salle intime du Théâtre Prospero
19 octobre au 5 novembre
1371, rue Ontario Est
Tél. : (514) 526-6582