Par Yves Rousseau
« Tu peux devenir qui tu veux » : voilà le leitmotiv de Pkoi?, une pièce pour adolescents qui se penche avec beaucoup d'humanité sur cette période critique où des jeunes en plein processus de construction d'une identité encore incertaine, se trouvent paradoxalement confrontés à des choix d'orientations primordialement tributaires de leur devenir...
Crédit : David Brassard
Qui ne se souvient pas de cette période critique de l'existence : vous être un jeune étudiant du secondaire, vous commencez peine à découvrir la vie et à vous découvrir vous-même et vlan! vous voilà déjà pris à faire des choix d'orientations (entre autres) professionnelles qui auront un impact majeur sur toute la suite de votre vie.
La situation est paniquante, et la fuite par la diversion et la procrastination devient alors réaction de défense pratiquement normale. « Tu peux devenir qui tu veux », c'est une offre sans limites bien prometteuse, mais c'est aussi un vaste panorama aux horizons tellement vastes, qu'il en devient étourdissant. Alors on tâte timidement le terrain du devenir adulte, puis on se replie encore un peu dans le confortable territoire connu de l'adolescence. Deux pas en avant, un pas en arrière, c'est la valse à contre-temps qui marque une des plus importantes périodes de transition de la vie.
Crédit : David Brassard
Et c'est exactement à ce moment que nous plonge la pièce, qui se déroule essentiellement dans le milieu scolaire et sa périphérie. Dans l'univers de Pkoi? professeurs dévoués, et jeunesse normale traversent un cadre de vie qui est bien d'aujourd'hui. Les jeunes, même physiquement côte à côte, pitonnent sur leurs téléphones intelligents et se « parlent » par le truchement des médias sociaux (qui sont ironiquement exposés dans leurs effets et conséquences). L’image personnelle et l'estime de soi se trouvent perpétuellement confrontées aux surfaites images charriées par le flux multimédia et son cortège de faussetés, dans une distorsion des valeurs référentielles vraies (à ce niveau l'iconographie cinématographique, télévisuelle et internet, est abordée avec esprit critique et ironie). C'est un univers éclaté où il est facile de s'égarer.
Crédit : David Brassard
Pour matérialiser tout ce compendium, on a misé sur une contrapuntique dualité entre la parole, et le geste. Ce qui est préoccupation et réalité s'élève par le verbe, alors que ce qui est intériorité, conflit et paradoxe est exposé par le biais du geste. Qui dit époque éclatée dit théâtrale contemporanéité et postmodernité conceptuelle, et c'est sous l'égide de ces principes directeurs qu'a été envisagé ce savoureux collage de langages où s'enchaînent portions réalistes et dérives fantasmagoriques.
La mise en scène physique table sur une proxémique métathéâtralitée géométrique. La prédominante trame mimographique élaborée traverse le territoire des arts circassiens, puis elle emprunte également à la dynamique de la danse moderne, tout en touchant à certaines écoles du mouvement théâtral : on a par exemple l'impression de voir apparaître quelques éclats de meyerholdesque biomécanique, revisités à la façon Hip Hop!
La scénographie composée de quelques bureaux et modules escamotables, quitte cycliquement sa dimension attendue, puis se décompose en multiples animistes accessoires se conjuguant aux langages des corporalités, et le tout forme métaphorique collections de morceaux d'existences traçant la grande fresque sensible et contrastée de l'adolescence. L'ensemble est éminemment rythmé, avec des mouvements contrastés tablant sur la musique techno, l'afrobeat et même le West Coast jazz.
Voilà une œuvre des plus prometteuse, qui à sa première présentation en résidence, arrive déjà à un niveau avancé d'achèvement. Reste peut-être à polir quelques transitions, et à peut-être fluidifier certaines portions d'un texte aux éducatives intentions parfois légèrement trop surtitrées.
Voilà certainement un travail fascinant, pour une pièce éminemment accessible qui fut très positivement accueillie.
C'est à suivre!
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Idée originale et mise en scène : Geneviève Morin
Texte : Marie-Pier Manseau
Chorégraphe: Mélanie Houle
Interprétation : Émilie de la Durantaye, Frédéric Gosselin, Karine Harbec, Sacha Ouellette-Deguire
Scénographie et costumes : Joëlle Harbec
Environnements sonores : Philippe Beaudoin
Éclairages : Jeanf-François Morel
Présenté à la Maison de la Culture Frontenac
25 novembre 2011
Prochaines représentations : www.korimaj.com


