Par Yves Rousseau
Chronique de la relève : Les finissants du CADM portent avec brio le texte « Ascension », d'Olivier Choinière, dans une superbe mise en scène de Maxime Denommée.
Avec Métropolis (1927), Fritz Lang avait en pleine industrialisation dépeint prémonitoirement une totalitaire société taylorisée. Chaplin jeta avec Modern Time (1936) un humoristique regard sur les dérives du capitalisme. Plus tard en 1949 avec « 1984 », George Orwell pousse taylorisme et déshumanisation à leur paroxysme, en montrant prophétiquement un univers de production où tout est hautement monitoré. Avec Ascension, Olivier Choinière poursuit le temporel cursus d'aliénation, et campe son univers dramatique dans une néo-libérale postmodernité éclatée dignement héritière de ces précitées sociétales prémisses.
L'action se déroule dans une immense tour à bureau, au coeur même du gigantisme contemporain, dans un lieu condensant en lui-même, la fine fleur du corporatisme, de l'arrivisme, du carriérisme carnassier, du consumérisme relationnel et de l'instrumentalisation humaine. En pleine réunion, un cadre y voit son esprit s'évader vers mirifiques horizons de liberté et annonce par une attitude de plus en plus divergente, l'arrivée de plus en plus imminente d'un passage à l'acte vers la fuite. Mais hors de la compagnie, hors du « système », point de salut. On ne quitte pas le navire si facilement. Le prix de la divergence est élevé, et la chute est douloureuse...
C'est tragique ironie décapante que Choinière procède à la déconstruction d'un milieu de travail, mettant ainsi en relief une très emblématique et très actuelle systémique de l'aliénation. La savoureuse dissection des mœurs de bureaux touche à l'absurde asphyxie de l'être, et ses acides éclats assemblent avec brio une cruelle fresque montrant triste état des lieux, avec une vue d'ensemble soulevant en pleine perspective, existentiel et humanitaire questionnement : est-ce ainsi que les hommes vivent...
Le travail de mise en scène de Maxime Denommée impressionne. Les narratifs principes de choralité encadrant les portions dialoguées du brûlant flux textuel de Choinière, ont trouvés superbe appuis mimographiques, dans une suite soudée ou le métalangage suggère perpétuels échos de sens. Les paroxystiques cycles narratifs hallucinés sont étroitement soudés et rythmés, traversant en antinomiques mouvements les intenses territoires de corporelles incarnations métaphoriques haletantes sur arrière-plan déréalisé. Le buid-up est splendide, c'est du Choinière dans toute son implacable splendeur grinçante.
La jeune équipe de comédiens impressionne par sa générosité et son intensité. La mise en espace est optimale, et l'équipe traverse de présence ce dantesque et glauque plateau ceint de métalliques poutrelles donnant sur central promontoire cruciforme : c'est le sacrificiel autel du veau d'or.
Voilà une œuvre que l'on reverra certainement sur scène bientôt, c'est une nécessité.
Ça, c'est du texte!
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Texte : Olivier Choinière
Mise en scène : Maxime Denommée
Comédiens : Olivier Barrette, Louis-Philippe Berthiaume, Vicky Bertrand, Marie-Annick Blais, Jérémie Francoeur-Chalifour, Gabrielle Lessard, Virginie Ranger-Beauregard, Émilie Sigouin, Philippe Thibault-Denis et Marie-Noëlle Voisin
Scénographie : Olivier Landreville
Ambiance sonore : Larsen Lupin et Maxime Denommée
Costumes : Stéphanie Cléroux
Éclairage : André Rioux.
28, 29 octobre, 1, 2, 3, 4 et 5 novembre
Théâtre Rouge, 4750, avenue Henri-Julien, Montréal
Conservatoire d’art dramatique de Montréal
Billetterie du Conservatoire (514 873-4283, poste 313)
Ascension sera également présentée à Québec les 11 et 12 novembre au
Théâtre du Conservatoire d’art dramatique de Québec, 13, rue Saint-Stanislas, Québec


