jeudi 27 octobre 2011

Faire des enfants, d'Éric Noël - Théâtre de Quat'Sous

Par Yves Rousseau

Après avoir été initialement montée en 2010 par le vétéran Pierre Bernard dans le cadre des productions des finissants de l'École Nationale de Théâtre, la pièce "Faire des enfants" est de nouveau portée sur scène par Gaétan Paré, un jeune metteur en scène de la relève.

 Crédit : Yanick Macdonald


Puisque nous avions déjà détaillé  les particularités de la pièce (texte magnifique) dans la couverture du spectacle original de mars 2010 (nous vous recommandons de la lire), voici un brève synthèse de l'histoire. La pièce se déroule aujourd'hui, dans un éclaté univers de postmodernité. Dans ce monde de vacuité, de pertes de repères et de relative solitude, les personnages pris dans les grands courants de dérive sociétale tentent de s'accrocher à quelques tangibles bouées de l'étourdissement volontaire. Certains noient leurs anxiétés existentielles dans la petite vie, le travail, la routine, et d'autres, comme Philippe, l’antihéros et personnage principal de la pièce, anasthésient leurs peurs et angoisses par une fuite effrénée dans le stupre et la fornication.

Deux temps principaux marquent l'histoire : d'abord dans une chute effrénée, on assiste aux derniers jours de l'existence de Philippe, un jeune homosexuel autodestructeur qui se prostitue, se drogue et partouze frénétiquement avec une insouciance suicidaire. Puis, l'action se rapporte à sa banlieusarde famille éclatée, qui traverse l'aftermath de sa mort, une famille comme bien d'autres qui cherche à comprendre en traversant des zones d'émotions où se rencontrent culpabilité, colère, révolte, douleur et impuissance. Globalement, il y a des portions dialoguées qui touchent à un réalisme certain, tout en étant ponctuées de très lyriques et limbiques dérives d'intériorités découlant de procédés narratifs permettant plongée en apnée au sein des vives blessures.

  Crédit : Yanick Macdonald

Il existe dans les approches de mise en scène des procédés qui tout en exposant l'intériorité des personnages, permettent à partir de diverses manœuvres de métalangages de renvoyer le petit vers le grand, le personnel vers le sociétal, bref de mettre en relief ce qui dans une pièce permet de dépasser la stricte dimension de l'anecdotique et de l'intime afin de parler du monde dans lesquels on vit. Le point de vue de Paré ne semble pas toujours rechercher ce genre de mise en perspective, mais parait plutôt procéder d'une intense plongée au sien de l'intimité des personnages. L'univers envisagé par Paré est celui d'un huis clos : un simple praticable de planche qui parait flotter, isolé au milieu d'un spartiate espace, accueille un oppressant univers où stagnent toutes les blessures. Le grand souci esthétique est perceptible, la cyclothymique gestuelle est étroitement codifiée, et les personnages traversent un espace de conventions où mimographies, proxémique et effets de scènes mettent emphase sur cette glauque intimité. Il en résulte une certaine lourdeur, un pathétisme ambiant, une impression de séance de grattage de bobo crade et souvent scatologique. Ainsi, les cycles de martèlement thématiques envisagés par Éric Noël comme une progression en crescendo dramatique, ne s'éclairent pas de sens sous variations d'angles de traitements et de mises en perspectives (comme ils le devraient), mais semblent plutôt redonder et stagner au premier niveau. Par contre, ce qui tient lieux de boulet et entrave dans cette portion première, se transforme pourtant en formidable carburant dans le temps deuxième de la pièce (portant le texte dans toute sa force), révélant avec magnificence et grande sensibilité des personnages profondément humains et emblématiques de notre époque et de tous ses modus vivendi.

À part les sensibles interprétations de Dany Boudreault (Philippe), d'Hélène Mercier (très troublante dans le rôle la mère) et de Daniel Gadouas (le père), on trouve ailleurs un certain décalage de jeu qui peut parfois être assez agaçant. Quelques costumes et maquillages semblent emprunter à une grotesque et carnavalesque vision des personnages jeunes et divergents. Le climat sonore aurait peut-être pu bénéficier d'un plus grand apport de travail de composition musicale plutôt que de simples repiquages générant des climatiques parfois un peu plaquées. Le très fin travail d'éclairage tout en clairs-obscurs, en zones interlopes et en fins découpages, traduit parfaitement les paradoxaux et équivoques états climatiques et humains.

Voilà un jeune auteur des plus prometteur.

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Texte : Éric Noël
Mise en scène : Gaétan Paré
Avec Dany Boudreault, Sonia Cordeau, Ludger Côté, Normand Daoust, Daniel Gadouas, Marc-André Goulet, Rachel Graton et Hélène Mercier
Assistance à la mise en scène, assistance au son et régie : Olivier Gaudet-Savard
Scénographie : Mylène Chabrol
Costumes : Linda Brunelle
Éclairages : Claude Cournoyer
Conception : sonore Gaétan Paré
Maquillages et coiffures : Suzanne Trépanier
Assistance aux costumes : Chantal Bachand
Coupeur : Michel Proulx
Confection : Gabrielle Desrosiers
Parure de tête : Lyne Beaulieu
Perruque Rachel : Tremblay

18 octobre au 13 novembre 2011
Théâtre de Quat’ Sous
100, avenue des Pins Est, Mtl

Billetterie : 514 845-7277