samedi 29 octobre 2011

Dans l'ombre d'Hemingway, de Stéphane Brulotte - Théâtre Jean-Duceppe

Par Yves Rousseau

Hemingway, et Cuba : voilà deux entités qui dans leur union, devraient en principe ouvrir la porte à de vastes et mirifiques territoires de grande théâtralité métaphorique...




Hélas! la rencontre plutôt que de s'envoler vers de riches espaces d'écriture et de jeu s'attarde au travers d'une téléromanesque chronique, aux dernières années d'un personnage Hemingway alcoolique, caractériel, et ébranlé par la critique. Et c'est dans un décor trop grand et trop vide que se développe cette intrigue, avec déluge d'effets de projections : certains suggèrent à grand renfort d'effets sonores (la mer) un arrière-plan Cubain de carte postale, et d'autres accompagnent un saupoudrage de matière Hemingway prenant forme de dérives intérieures en voix hors-champs accompagnée de belles images aux dimensions métaphoriques surlignées.

Si on apprécie les climats de persiflages de boulevard, remplies de gag à punch line et d'éléments anecdotiques, on pourra peut-être passer plus facilement au travers de la « sitcom-esque » partie première de cette pièce. L'intrigue simpliste est axée sur l'éternel triangle adultérin: une jeune aficionado italienne  dont s'est épris le vieillard se pointe avec sa rombière et bourgeoise déchue de mère, et Hemingway vit alors un dilemme face à son épouse légitime. Une interminable multiplication de planes scènes entre l'auteur et sa quasi-lolita occupent bonne portion de la pièce, qui en tiers final emprunte au ton du feuilleton dramatique d'après-midi, avant de s'échouer dans une conclusion impromptue se dépannant d'un quelconque prologue surtitré.

Oubliez les niveaux d'existence, la recherche des motivations des personnages, et les ramifications actancielles. L'interprétation flirte parfois un peu avec le style distancié, avec plaqué de quelques décoratifs pré-finis dramatiques. La formidable matière Hemingway ne semble pas portée à même les personnages. On échappe un peu à ce syndrome dans quelques scènes où le travail de jeu semble plus approfondi (rôles féminins), mais cette recherche a malheureusement été canalisée dans une valse de rupture de style. Par exemple, le parlé québécois du couple initial découle peut-être d'un travail d'appropriation de la matière, mais les autres personnages aux exotiques et instables accents de pacotilles semblent complètement fabriqués, comme s'ils avaient été envisagés (dans le style de jeu) pour une autre pièce. Les manipulations d'accessoires et de décors faites à vue sont laborieuses, ajoutant à la lourdeur de l'ensemble.

Quand on pense à la profondeur et aux résonnances presque mystiques de la culture cubaine, on ne peut qu'être affligé par ce seul personnage cubain prenant la forme d'un guignol serviteur, dont la construction emprunte à tout les clichés. Ce ne sont pas quelques maigres mesures de musique du pays (noyées dans une série de choix douteux) qui dédouaneront le tout.

La grande rencontre avec Hemingway et Cuba, ça sera pour la prochaine fois...

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Texte et mise en scène : Stéphane Brulotte
Comédiens : Bénédicte Décary, Linda Sorgini, Marc Legault, Marie Michaud, Michel Dumont
Décor : Richard Lacroix
Costumes : François St-Aubin
Éclairages : Luc Prairie
Vidéo : Yves Labelle
Musique : Christian Thomas
Accessoires : Normand Blais
Assistance à la mise en scène : Maude Labonté

Du 26 octobre au 03 décembre 2011 
Théâtre Jean-Duceppe
175, rue Sainte-Catherine O., Montréal (Québec)
Métro Place des Arts
Tél. : 514 842-2112
Sans frais : 1 866 842-2112