mercredi 11 mai 2011

Le chemin des passes dangereuses - Théâtre Le Mimésis

Par Yves Rousseau

Le chemin des passes dangereuses relate une intense rencontre entre trois antinomiques frères réunis par le mariage de l'un d'entre eux. Quelque part à l'écart d'une nordique route traversant isolée zone forestière, c'est dans l'attente du salvateur passage d'un quelconque véhicule à qui demander secours que le trio campe sur les restes de leurs VUS venant d'effectuer sortie de route, capotage et tonneaux : le mystique lieu de l'accident se trouve à être exactement celui où leur père, un poète flamboyant irresponsablement tributaire de moult secrètes blessures d'enfance, perdit supposément accidentellement la vie, quinze années auparavant...


Crédit : Hugo B. Lefort



Et, quinze années jour pour jour après l'incident, c'est ce libre espace ouvert sur l'infinitude boréale, qui par son isolement devient huis clos ou vérité refoulée, drame éludé, conflits fraternels et existentiels refont surface, dans un ultime règlement de compte. Les étincelles de psychoïdes rixes s'enflamment d'abord du fait d'un total clivage entre deux archétypaux êtres formant intrinsèque matière en contre-effet : l'un, le futur marié, gérant dans une de ces consuméristes cathédrale de la vacuité, est le total stéréotype du mâle hétérosexuel physique, introverti et conservateur vivant dans un ici et maintenant confortablement indifférent de la banlieusarde aliénation hallucinée de mode de vie et de rêve américain. Le second représente complète antithèse : il est homosexuel, frondeur, branchouillo urbain, irrévérencieux, intellectuel, altermondialiste, et son hypersensibilité se trouve complètement exacerbée par mortelle maladie de son conjoint, un élément qui déclenche chez lui ferme volonté de briser moule de la passive acceptation inconfortable de sa famille face à ce qu'il est. Ultimement, l'arrivée du troisième frère, poétique, fantasque et libertaire, jouera rôle de révélateur face au communal et funeste secret trouvant expiation dans cahoteuse épopée de réconciliation...

Pour matérialiser semi-réalisme univers d'un entre deux mondes campé sur fantastique matière, la scénographe Elen Ewing a imaginée central praticable dont la miroitante surface se trouve ceinte par les tordues portions d'un véhicule dont la limbique blancheur se trouve isolée dans métaphorique immensité des profondeurs immaculées de la minérale fosse du Bain St-Michel. Dans cette glauque et caverneuse antichambre du royaume de Hadès, âmes perdues traversent ultimes et essentielles substances existentielles du match d'une vie, dans une dantesque, cyclothymique et très physique rencontre dont les étapes se trouvent doublement marquées par de judicieuses et interactives conceptions : d'abord, il y a les atmosphériques blafardes et interlopes lueurs nordiques et crues en jeux de crescendo et decrescendo amené entre autres par les symétriques rangées de néons animés surréelement (réalisation recherchée de Mickaël Fortin); ensuite par les magnifiques électroacoustique progressions mystifiantes et méphistophéliques évoluant sous précises climatiques variations, un superbe travail de Raphaël Reed.

Michel-Maxime Legault se signale encore une fois comme un des principaux talents montants de la relève, au niveau de la mise en scène. Son travail de direction (qui parfois rappelle celui de Claude Poissant) en étroite synergie avec les éléments, témoigne depuis quelques années de la très prometteuse évolution d'une belle capacité de se mettre avec humble éclectisme, et totalement au service du jeu, et totalement au service d'un (superbe) texte porté à l'avant « on the edge » dans toute sa magnificence. Une belle distribution constitué de jeunes talents issus de très récentes promotions se signale par son aplomb, on y remarque particulier Yves-Antoine Rivest (jouant le frère homosexuel) qui hérite d'arias parmi les plus sensibles, transportant universellement à elles seules la pathétique tragédie de toutes les absurdes existentielles errances d'humaines âmes blessées et perdues dans les miasmes de la sociétale postmodernité.

Voilà une très belle réussite pour la jeune compagnie du Théâtre Le Mimésis.

Et c'est à voir absolument.


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Une production du Théâtre Le Mimésis

Texte de Michel-Marc Bouchard
Mise en scène de Michel-Maxime Legault
Avec Guillaume Regaudie, Yves-Antoine Rivest et Louis-Philippe Tremblay
Assistance à la mise en scène : Alexina Hicks
Scénographie et costumes : Elen Ewing
Éclairages : Mickaël Fortin
Conception sonore : Raphaël Reed
Conseillère technique : Jeanne Legris-Fortin


10 au 27 mai 2011
Bain St-Michel (5300 St-Dominique, Mtl)
Guillaume Regaudie
514.969.0901
lemimesis@gmail.com

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