dimanche 16 janvier 2011

Münchhausen, les machineries de l’imaginaire - Théâtre Tout à Trac

Par Yves Rousseau

C'est sur la scène du Théâtre Denise-Pelletier que se réincarne le Baron de Münchhausen afin de nous relater ses aventures absolument véridiques, que certaines mauvaises langues prétendent être fausses : les sceptiques seront confondus!
 Crédit  : Frédéric Bouchard


Qu'eut été le destin de ce malheureux Théâtre Galimard et Fils, épuisé et ruiné après avoir présenté les aventures du Baron pendant plus de deux siècles, là, sur cette scène avec ses apparents systèmes de poulies et de rouages constituant une machinerie théâtrale d'un autre âge, si aucun miracle ne fut survenu? Que serait-il advenu de ses acteurs enquiquineurs et rétifs impayés depuis des lunes, et ne faisant plus guère d'efforts afin d'appuyer ce directeur tentant de peine et de misère de rendre ringarde version des aventures de Münchhausen? Quelle ultime déchéance eut-elle été infligée à ce vétuste théâtre jadis glorieux mais maintenant condamné à la démolition pour dangerosité dès la fin de cette ultime représentation, si animé par les plus pures intentions philanthropiques, l'esprit du véritable Münchhausen n'eut payé une visite à ces incrédules malheureux afin de rétablir les faits déformés par les dramaturges ? Et qu'eut été ce dérisoire spectacle si de sa franchise légendaire le souffle du célèbre Baron  n'eut pu relater dans toute leur grandeur absolues, ses aventures fantastiques dans un spectacle ainsi transcendé par la substantifique magie de l'authentique ?

 Crédit  : Frédéric Bouchard

C'est évidemment à partir de cette mise en abîme que le Théâtre Tout à Trac revisite les péripéties rocambolesques du célèbre Baron. Non seulement cette manoeuvre se révèle-t-elle être un formidable clin d'oeil rempli de perspective et rendant sous affectueuse ironie bon enfant un bel hommage au théâtre, à ses artisans et à toute une époque, mais elle permet d'éviter l'enflure technique à laquelle pourrait facilement mener une telle fantastique matière. En effet, le fait de ramener la théâtralité au niveau d'une version modeste (et parodique) des moyens techniques de jadis implique un univers tablant essentiellement sur le pouvoir de la suggestion, du jeu, de la présence de comédien . Au centre, il y a  l'inductif effet de ces « machineries de l'imaginaire », qui à partir de ces dérisoires mécaniques de broche à foin très espièglement et très autodérisoirement envisagées, aboutissent à d'inénarrables territoires de grandeur conventionnelle dominés par la force de l'invention. Ce théâtre ne joue pas au cinéma à effets,  mais reste univers de rencontre et d'humanité où on peut encore, dans un face à face vivant,  se laisser raconter une histoire.

 Crédit  : Frédéric Bouchard

Évidemment, superbement maitrisés et manifestant toujours profond savoir-faire et éclectisme fouillé, on retrouve ici tous les éléments qui peuplent les propositions allégoriques du Tout à Trac : masques et commedia dell’arte ne sont jamais très loin, avec théâtre d'objet, marionnettes diversifiées, jeux d'ombres, puis des caractères et créatures aux truculentes bouilles, tous scrupuleusement construit par une gestuelle élaborée. L'humour bon enfant traverse l'oeuvre, avec moult traits et effets cocasses flirtant parfois avec le surréel, et l'absurde. Les mariages d'éclairages sont impeccablement texturés, sans jamais surcharger ou trahir le global choix esthétique. Seul parfois quelques rares effets sonores légèrement trop assommants dérogent un peu de l'approche.

Est-il nécessaire de préciser avec quel bonheur l'équipe de comédien se donne avec maîtrise, énergie et coeur? Sous l'apparente fluidité reproduisant ici rocambolesques aventures, et là, cette drolatique désorganisation savamment orchestrée de ce théâtre dans le théâtre, on trouve une implacable organisation, et un véritable essaim de points d'aiguillages. On devine cette petite équipe (six comédiens) se débattre comme diable dans eau bénite afin de rendre ce flux ininterrompu de festif délire où la plupart des interprètes jouent plusieurs rôles. C'est une trame exigeante, qui demande une présence intense et continue.

Voilà un spectacle qui va immanquablement faire l'unanimité, et qui mérite pleinement l'accueil apothéotique qui lui a été réservé.

C'est un pur moment de bonheur, du plaisir pour toute la famille, un incontournable à voir absolument!

Puis on vous le répète : tout serait absolument véridique, et les sceptiques seront con-fon-dus !

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Une production du Tout à Trac présentée par le Théâtre Denise-Pelletier
Adaptation et mis en scène de Hugo Bélanger
Librement inspiré des récits recueillis par R. E. Raspe et G. Bürger

Comédiens : Éloi Cousineau, Carl Poliquin, Philippe Robert, Audrey Talbot, Marie-Ève Trudel et Félix Beaulieu-Duchesneau

Concepteurs et collaborateurs artistiques : Geneviève Gagnon (assistance à la mise en scène), Francis Farley-Lemieux (scénographie), Véronic Denis (costumes), Patrice d’Aragon (son et musique originale), Martin Gauthier (Conception des éclairages), Catherine Tousignant (accessoires), Marie-Pier Fortier (conception des masques), Dominique Leroux (Conception des marionnettes), Michel Tremblay (production et technique)


Du 14 au 29 janvier 2011
Théâtre Denise-Pelletier
4353, rue Sainte-Catherine Est
Billetterie : (514) 253-8974