Par Yves Rousseau
Avec Jaz, émotion et verbe planent, virevoltent et créent image de leur jazzistique déconstruction, dans la traversée d'un dantesque nulle part imaginaire horrifique menant ultimement, à l'exécution d'une condamnée. Compte à rebours...
Crédit : Nicolas Descoteaux
NDLR Critique de décembre 2010
Sous les glauques éclairages d'un limbique univers de cauchemar électrique, une jeune femme attachée sur clinique civière mécanisée est exposée comme un cobaye, dressé, plié, crucifié et centrifugé au gré de complexes mécaniques d'un dispositif pneumatique commandé. Comme virtuel fouet, les stimulus aversifs de ces humiliants mouvements s'accompagnent de monstrueuses sonorités technos-diaboliques sourdes et aliénantes, sous le big-brotherisme voyeur d'une multiplicité d'écrans vomissant échos de pornographique profanation de l'âme, dans ce technologique univers de damnation désacralisée d'humanité. Le visionnaire songe halluciné induit substantifique intronisation métaphorique d'un post-moderne état des lieux...
Crédit : Nicolas Descoteaux
Un univers du viol intégral pour une histoire de viol, de vengeance et de meurtre, se dessine cyclothymiquement par cubistes bribes de témoignages étranglés, avec, recluse dans les derniers recoins de sa dignité, cette femme oscillant entre maniaque flammes de l'impuissante révolte et sombre abîme du désespoir torturé. Sa vie aliénée d'asservissement, son existentialité marginalisée dans insalubre cloaque résidentiel (aux toilettes toujours bouchées) des laissés pour compte, s'introjettent dans sa captivité par la symbolique corporalisation de la révolte et de la douleur : on assiste à un retournement contre soi excrémentalisé au sens propre par de la matière fécale (ou résiduelle), et au sens figuré par la putride matière d'un destin sacrifié de fatalité.
Crédit : Nicolas Descoteaux
La parole de Jaz est celle de tous les détours, de toutes les instinctives errances, et le papillonnant trait de son verbe trace la schizokaléidoscopie de l'état des lieux d'une post-modernité où l'individualité se perd dans la taylorisation, le morcellement, la perte de sens, le flou identitaire et la déshumanisation. Son pugilat contre l'inéluctable vide de la mort touche à la grandeur de la force de vie dans le paradoxe de la petitesse de l'être devant l'existentielle absurdité. Son universel stoïcisme devant la fatalité illustre par sa métaphorique représentativité, l'atavique universalité de la tragédie et l'élève au rang de mythique icône à l'universelle féminitude.
Le jeu procède d'un viscéral cri dépersonnalisé (Jaz parle d'elle-même comme d'un être extérieur) livré sous poétiques éclats déconstruits parfois symboliques, comme si mosaïque d'états et de moments assemblait totale substance à la manière d'un procédé d'éclatement jazzistique où la note bleutée serait verbe. Sur l'expiatoire plateau où son personnage est soumis à la question, Madame Chérubin donne tout, avec un viscéral jeu d'une rare intensité subtilement modulé d'expressionnistes gestes. Plus que par la surcharge produite par ces gadgets scénographique, c'est avant tout par le simple pouvoir de suggestion de l'interprète que se matérialise un univers habité par un personnage livré dans toute la splendeur animale de son inaliénable humanité (belle direction de jeu).
C'est un théâtre d'initié intriqué de références (tant dans le texte que dans les projections), un fascinant objet dense et oppressant de véracité qui trouve donc plus existence dans son verbe et son humanité, que dans sa technoïde matérialité. On aurait aimé la pièce peut-être juste un peu plus épurée, avec une voix directe plutôt qu'amplifiée (pas toujours clairement).
Mais ici, l'interprète transcende tout, domine son espace, et porte avec superbe ce texte à partir d'un jeu physique enrichit par un impeccable travail chorégraphique.
Mais ici, l'interprète transcende tout, domine son espace, et porte avec superbe ce texte à partir d'un jeu physique enrichit par un impeccable travail chorégraphique.
À voir !
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Texte de Koffi Kwahulé
Mise en scène de Kristian Frédric
Comédienne : Amélie Chérubin-Soulières
Scénographie et costumes : Kristian Frédric
Chorégraphie : Laurence Levasseur
Conception robotique et vidéo : Simon Laroche
Conception vidéo : Yves Dubé
Éclairage : Nicolas Descôteaux
Conception sonore : Michel Robidoux
Assistante à la mise en scène : Margot Châron
Assistante aux costumes : Marilène Bastien et Julie Émery
Assistante aux vidéos : Christian Pomerleau
Assistante scénographe : Stephanie Delarue
Effets spéciaux : Guy Fortin
En reprise du 1er au 12 novembre 2011
4 au 15 décembre 2010
Présenté au Théâtre des Deux Mondes (pour Usine C)
7225 Chabot, Montréal
Billetterie : 514-521-4493


