Par Yves Rousseau
Vous vous attendiez à voir un Rostand standardisé, livré in extenso selon la théâtrale coutume? Voilà plutôt un Cyrano de Bergerac comme vous ne l'avez jamais vu...
Crédit : Robert Etcheverry
NDLR La pièce à succès « Pour en finir avec...Cyrano! du Théâtre Motus » sera reprise ce printemps dans le réseau des Maisons de la culture, du 17 février au 21 avril. Voici la critique du spectacle original présenté en novembre 2010. Vous trouverez l'horaire de la tournée ici.
Surgissant sur scène avec tambourin, violon, accordéon et guitare en entonnant le guilleret air « Viva el teatro », de volubiles gitans ibériques arrivent avec roulotte et forain attirail, proposant tout un choix de pièce, au gré des préférences du public, et surtout, au gré de leurs humeurs sympathiquement anarchiques et colorées. Ça va barder ! Le chef du groupe est constamment tancé, et l'indiscipliné espace de création est traversé de perpétuelle obstination à savoir quoi jouer : Roméo et Juliette? Le Cid? Les Misérables ? Et puis qui fera quoi, parmi ce groupe d’enquiquineurs où on trouve une sanguine Carmen danseuse de Flamenco, un guitariste dubitatif, une fausse ingénue et un grotesque guignol en chef ? Mais, ô théâtral miracle, voilà contre toute attente, que d'un décrochage et d'un chamaillage à l'autre, cette joyeuse bande de tocards finit par jouer ce satané Rostand : il va sans dire que ce sera un un Cyrano de Bergerac comme vous ne l'avez jamais vu...
C'est à partir de cette comique mise en abîme qu'on voit cette ubuesque bande de trublions se débattre comme diables dans eau bénite dans ce climat de théâtrale brocante et de scénographique broche à foin (intentionnellement simulés), afin de pouvoir rendre l’œuvre : ces caratères , contre toute attente, se prennent au jeu à interpréter leur personnage, ceux de la pièce dans la pièce...
Cette superposition de couches de théâtralité est brillante, car elle devient prétexte à de multiples jeux de dimensions et de moyens d'expression. D'abord le texte, qui est envisagé selon une synthèse des passages les plus symboliques et puissants de la pièce de Rostand, est livré selon une certaine distanciation (face à l’œuvre) qui paradoxalement en isole et illumine la substance romantique. La multiplication des moyens permet par la force de la suggestion de créer un éclatement d'espace (en constante reconstruction) et une conjugaison de sens où l'imaginaire ainsi libéré crapahute avec plaisir dans la vaste contrée de l'épopée frénétique.
Ainsi, ici le théâtre d'objet rencontre celui des ombres, et le Bouffon rencontre (un peu) Brecht et (beaucoup) Rostand, avec un flot de trouvailles multipliant pouvoir évocateur par précitée conjugaison de sens : par exemple, Christian de Neuvillette, à qui Cyrano prête son verbe, est une guitare dont la musicalité contribue autant que le jeu du manipulateur à la climatique; Roxane, celle que Cyrano aime secrètement tout en s'effaçant au profit de Neuvillette, est un virginal voile flottant avec évanescence dans des variations de luminosité exprimant celle de son âme; la modulaire roulotte devient de ses portions réagencées, balcon de la belle, champ de bataille avec canons, où ultime tombeau de ce brave Cyrano. On y trouve de surcroît de magnifiques costumes .
Crédit : Robert Etcheverry
L'interprétation est impeccable, savoureuse, et demande grande précision d'enchaînement, avec des scènes dont l'apparente pagaille est savamment orchestrée afin d'atteindre les effets visés.
À la fois dynamique, sensible, rigolo et fascinant, la dernière réalisation du Théâtre Motus est un vrai plaisir. C'est à la fois recherché, mais absolument accessible, du théâtre pour tout le monde et pour toute la famille!
C'est certainement à voir!
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En reprise dans le réseau des Maisons de la culture, du 17 février au 21 avril, horaire ici.
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D'après l'œuvre d'Edmond Rostand
Adaptation Hélène Ducharme et Sylvain Massé
Mise en scène : Hélène Ducharme
Avec Stéphan Côté, Evelyne Fournier, Sylvain Massé, Kristin Molnar
Décor, accessoires et objets : Normand Blais
Costumes : Diane Lavoie
Lumières : Michel St-Amand
Musique et environnement sonore : Jean-Pierre Lambert et Kristin Molnar
Assistance à la mise en scène : Magali Chouinard
Âge recommandé : 14+
Présenté le 22 et 23 novembre à la Maison de la Culture Plateau-Mont-Royal
Horaire des futures présentations : www.theatremotus.com




