Par Yves Rousseau
Avec Le Chef D'œuvre de Monsieur Goldman, le Théâtre LV2 accouche d'un sympathique polar traversant l'hollywoodien univers cinématographique des années cinquante.
Crédit : Christine Bourgier
La nouvelle création du théâtre LV2 prend la forme d'un double clin d'oeil : d'abord littéraire, par ses références au genre policier évoquant entre autres Christie, Poe, Doyle, puis ensuite Holywoodien, avec d'explicites références à l'âge d'or cinématographique, et de ses archétypales icônes consacrées. C'est donc sur un plateau de tournage des années 50 que se déroule l'histoire, avec une équipe tentant de peine et de misère de fixer les dernières scènes de ce dramatique « B movie» de la Warner. Mais voilà, plus rien ne va : l'irascible et détesté réalisateur Goldman, un déliquescent « has been » alcoolique et joueur invétéré, n'arrive plus à maîtriser la situation : le tournage stagne, bloqué à cette scène d'intérieur qu'on ne finit plus, d'une prise ratée à l'autre, par compléter.
Crédit : Christine Bourgier
Il faut dire que chacun, à sa façon, complote sa petite affaire : Hamilton, l'angoissé jeune premier adepte du method acting n'en finit plus de multiplier les interrogations hystérico psychologisantes sur son personnage tout en compliquant la situation d'une secrète idylle avec son vis-à-vis féminin, c'est à dire la débutante et timide Mlle Goodson, qui dans cet univers fabriqué, déteint par sa sobriété et son naturel; Mlle Doyle, la jeune godiche et cocotte assistante aux secrets appels téléphoniques suspects semble, elle, tout retarder en égarant constamment les accessoires essentiels aux « raccords », pendant que le jeune assistant-réalisateur Southwood, qui peut-être instruit subrepticement les producteurs sur les dépassements de couts, rêve de s'approprier la place de Goldman tout en entretenant un interlope liaison avec la muse et épouse de ce dernier, Vera Lemonde, une acariâtre vieille vedette sur le déclin qui multiplie caprices, crises de diva et manifestations d'amour-haine face à son époux. Éventuellement, Goldman est retrouvé mort avec une lettre de suicide questionnable, et le chagrin affecté et surfait de chacun masque un certain soulagement. Southwood tente de poursuivre le tournage, mais la situation continue de se dégrader de façon presque surréelle, tout en se compliquant de surcroit de l'intrusive présence d'un détective chargé d'enquêter sur ce douteux trépas pour lequel d'ailleurs plusieurs semblent avoir un mobile...
Tout en ébauchant de façon plausible les méthodes de travail de l'époque, la bienséante pièce de relative classique facture s'amuse d'un florilège de références cinématographiques : outre les romanesque tableaux, et quelques jeux d'ombres rappelant le film noir, c'est sous transitions utilisant typique musique de film d'après-guerre et projections représentant figures canonisée du septième art que défilent ces personnages typés. Et puis, Vera Lemonde, avec son jeune amant, ses simagrées précieuses, et son côté décalé, n'est-ce pas un peu la Norma Desmond du Sunset Boulevard de Wilder? Et ce détective ne rappelle-t-il pas de ses tics, manies et simagrées une comique synthèse entre un Hercule Poirot à la David Suchet et un Columbo style Peter Falk?
C'est dans de soignés costumes évoquant l'époque de la «réalisation» (1950) et de son sujet (circa 1920) que s'ébattent les comédiens, dans cette scénographie impeccable reproduisant un environnement de tournage jusque dans ses principaux accessoires techniques, y compris la caméra. Même si l'incarnation du détective pourrait sans doute être encore légèrement affinée et la diva peut-être un tantinet plus flamboyante, le jeu est généralement très correct, avec de jeunes comédiens particulièrement bien dans des personnages envisagés sans manichéisme, avec réflexions de paradoxales facettes d'humanité. Tandis que Danny Gilmore fabrique un sympathique et touchant emmerdeur avec ce pseudoréflexif personnage d'Hamilton (avec une certaine ironie sur le travail de l'acteur), Émilie St-Germain compose un caractère trouvant équivalence de légèreté avec cette piaillante et trottinante greluche de Miss Doyle. À l'opposé de ces extraversions, Émile Beaudry, qu'on a attifé d'un truculent look de tronche d'une autre époque, joue un jusqu'au-boutiste tempéré et sardoniquement décidé à réussir, alors que Catherine Legresley interprète une Miss Goodson gentille et délicate chez qui elle laisse tout de même planer une intrigante noirceur contenue.
Voilà qui est bien intéressant, bien fait, et qui plaira sans aucun doute à l'estudiantin public cible.
On passe un bon moment.
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Texte de Catherine Dominic, Emmanuel Reichenbach et Pier-Luc Lasalle
Mise en scène par Philippe Côté
Comédiens : Denis Trudel, Sophie Clément, Danny Gilmore, Émilie St-Germain, Catherine Legresley et Émile Beaudry.
Scénographie : Romain Fabre
Son et éclairage : Olivier Gaudet-Savard
Costumes : Fruzsina Lanyi
28 octobre au 5 novembre
Au Gesù
1200 de Bleury, Montréal
Réservations : 514 861- 4036

