jeudi 17 juin 2010

Meinkopf, de Benoit Mauffette - Macakroux théâtre

Par Yves Rousseau

Avec Meinkopf, Macakroux Théâtre produit délirant solo mettant en vedette Benoît Mauffette, où totale satire du monde théâtral traverse impitoyable dérision n'épargnant aucune des prétentions de certaines écoles de jeu, et de son auteur : tordant, hilarant, on s'y bidonne à s'en tenir le ventre. 

Crédit : Macakroux

La proposition est simple : dans un décor où on semble vouloir parodier ces soirées littéraires où une personnalité jouant la carte de l'intimité complice vient faire lecture de diverses œuvres éclectiques, Benoît Mauffette, mort de trac refuse de sortir des coulisses, suppliant de sa cache son invité Fabrice Luchini supposé simplement faire le prologue et introduire son ami, de poursuivre le spectacle à sa place. C'est donc une luchiniesque version à la fois réaliste et subtilement grossie de ses maniérismes, tics, et manies d'apartés digressives qui assume la présentation.

Fiévreuse traversée d'un panorama littéraire théâtral complètement volontairement galvaudé de toutes ses prétentions, la présentation joue avec toutes les subtilités d'un corrosif mélange d'impeccables reproductions, et de jeux de grossissements; ici sur un élément de diction, là sur une mimique, une conjugaison d'effets qui en plus de totalement déconstruire l'esthétique d'une franchouillarde théâtralité, met en exergue la charge de prétention qu'on prête trop souvent à certains textes : espièglerie ampoulée de la farce.

Non content de triturer entre autres Goethe, Molière, Musset, l'opus s'enfle progressivement d'un crescendo de folie, et après surréelle phase d'autodérision où ce factice Luchini interprète le Misanthrope de Molière (acte 4, scène 3) en comparant par segments, d'abord sa version de l'interprétation, et  ensuite celle de son ami Benoît, la pièce décolle littéralement dans un apothéotique délire ithyphallique déjanté explosant d'un jeu bouffon tablant sur prémisses revisitées.

Bête de scène, née avec le mot théâtre étampé sur le front, Benoît Mauffette arrive à créer convention de sens où chaque expression dans ses moindres variations, est chargée, en plus de l'impayable charge intrinsèque de cette inénarrable bouille, de l'ironie du double sens comique.

Lumineux, brillant, riche, parfois irrévérencieux mais pas du tout méchant, Meinkopf est un pur moment de bonheur : en parfaite intelligence, on y rit à en pleureur dans une longue suite de fous rires incontrôlables.

Voilà vraiment une pièce qui fait du bien, et qui devrait absolument poursuivre son chemin afin d'en faire profiter le plus grand nombre.

Un des impératifs du festival, à voir absolument!

_____________________________________________




Texte : Benoit Mauffette
Mise en scène : Pierre-Yves Cardinal & Benoit Mauffette
Espace 4001, 4001 Berri

11 juin 20 h
13 juin 13 h 15
14 juin 20 h
16 juin 18 h 15
18 juin 22 h 15
20 juin 18 h


Réservations au 514-849-FEST