lundi 14 juin 2010

Jean et Béatrice - Les cousins germains

Par Yves Rousseau

Fringe 2010
Avec Jean et Béatrice, la compagnie française Les cousins germains concrétise coup de cœur littéraire et traverse l'atlantique afin de présenter cette comédie de la Québécoise Carole Fréchette : un regard ironique sur l'impossible quête d'amour dans l'urbaine solitude du troisième millénaire.



Jean et Béatrice, c'est une petite fable toute simple, à la fois candide et cynique, parlant de la post-moderne solitude, de la quête de l'Autre, et de l'impossibilité d'aimer.

Béatrice, coquette femme enfant un peu mythomane et plutôt jolie, s'affiche à la volée en collant sur les poteaux du quartier une affiche  sur laquelle est inscrit  « Jeune héritière qui n'a jamais aimé personne recherche un homme qui pourra l'intéresser, l'émouvoir et la séduire. Dans l'ordre. Récompense substantielle ». Parmi moult princes intéressés se montrant, voilà Jean, l'antithèse totale de Béatrice : oh certes, il est d'apparence soignée, mais dans le fond de son regard aux reflets parfois psychopathique, plane une sardonique lueur particulière, celle de ceux qui l'on eu à la dure, qui ne croient plus qu'à l'argent et au pragmatisme existentiel, mais surtout pas à l'amour.

Prétendant à fausse richesse pour appâter pauvre larron, la verbomotrice et cocotte Béatrice impose lesdites épreuves prenant apparence de  jeux de rôles: l'espace devient un terrain de jeu où comme capricieuse fillette fabulant rêve avec maison de poupée, la belle intrigante joue et manipule Jean qui se prête au jeu de mauvaise grâce, pour l'argent,  dans une chaste matérialisation de ces lubies romanesques mettant en exergue la totale antinomie des caractères. Voilà mythe romantique valsant avec cynisme contemporain, sur air soulignant instrumentalisation des rapports et consumérisme relationnel pour deux être qui cherchent par l'évocation des gestes et des mots, à (re)découvrir un sentiment qui leur échappe totalement.

Absurde danse à contretemps aux délicieux rebondissements traçant satiriquement par absurdités de sens, triste état des lieux amoureux, l'iconoclaste suite de situations dramatico-rocambolesques procède d'une douce verve ironique, sous la tendresse blessée de l'incapacité d'aimer, mais aussi avec  persistent espoir de la quête.


Extrait :
Elle : maintenant on est ici, et on s'aime
Lui : qu'est-ce que ça veut dire, on s'aime?
Elle : je ne sais pas, mais on va trouver...

Tout à fait lumineux dans cette façon de survoler le sombre côté de toutes les solitudes et incapacités, les rôles sont très correctement portés par les jeunes comédiens. La scénographie minimaliste campe, confort de l'indifférence sur ovale blanche cotonnade de sol, virginale illusion de puéril rêve de princesse sur  nuisette immaculée, le tout  se complétant d'un fauteuil sur piédestal et quelques mobiles évoquant persistance de morceaux d'illusion d'enfance.

L'élément crucial restant à perfectionner est la maîtrise de l'implacable rythme de cette comédie, qui trouve son effet dans minutieuse mécanique : l'ensemble doit être légèrement plus ramassé, avec vivacité dans cette façon de cerner avec précision la cadence précise dans l'action-réaction pour une implacable partition dialoguiste requérant moult écoute et synergie interactive où une bonne partie du sens réside dans les jeux de non-dits.

Déjà très prometteur, à la fois grave et espiègle, vivant et dramatique, d'une apparente légèreté croisant profondeur et gravité, et sous ironique humour contrasté.

On passe un bon moment.

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Texte : Carole Fréchette
Interprétation et mise en scène : Amélie Glenn, Nicolas Melocco
Direction artistique : Soleil Denault

Mainline 3997 St Laurent

12 Juin 00 h
13 Juin 17 h 45
16 Juin 21 h
17 Juin 22 h 15
18 Juin 14 h
19 Juin 20 h 30

Réservations : (514) 849‐FEST