samedi 12 juin 2010

Ivresse de Chiennes - Création Rouge sur Blanc

Par Yves Rousseau

Fringe 2010
Essentiellement composé de jeunes finissantes issues de la promotion 2010 de l’Option-Théâtre du collège Lionel-Groulx, le regroupement Créations Rouge sur Blanc débute avec une première proposition pour le moins percutante : à partir de rencontres avec un ancien condamné à vie pour double meurtre maintenant libre et devenu intervenant social en milieu carcéral, elles cherchent à tracer le panorama existentiel des femmes ayant croisée la destinée de l'ancien prisonnier.




Essentiellement envisagé du point de vue  de l'amie de cœur ou de la mère du criminel, l'opus s'envole d'abord en jump-cut existentiel, traversant les prémisses sous-culturelles d'une enfance avec parents alcooliques et adultérins, carences affectives, toxicomanie et autres facilitateurs délinquentiels, avant d'éclater dans le crash de l'aftermath : crime commis, souillure du sang et de la mort, prison, visites se raréfiant, copine serveuse dans les bas-fonds et mère à la dérives et blessées disparaissant dans l'évanescence de l'oubli et du temps. On n'excuse ni ne condamne, mais on montre sous lentille de dramatisation trajectoire de vie d'ordinaires femmes, jouant avec cette typique perception archétypale très clivée et régressé de la figure féminine, chacun des personnages devenant tout à tour vierge idéalisé où putain excrémentalisée, responsable et coupable.

Sur le plateau, une minimaliste scénographie composée d'une mobile tringle à vêtement recouverte d'un drap (souvent manipulé) matérialise temps et lieux par simples jeux positionnels et conventions d'espace, dans une valse chorégraphique intégrant dualité de voix alternée et transition métaphorique en éclats d'intériorités : une intégration d'intense continuité.

Le travail de ces jeunes conceptrices et comédiennes jette les bases d'une esthétique, d'une naissante identité artistique : un langage très prometteurs. La démarche artistique est centrée sur l'humanité des personnages, ces derniers étant eux-mêmes inspirés par une audacieuse démarche documentaliste créant rencontre entre langages dramatiques, théâtralité et existentielles trajectoires authentiques, bref un rendez-vous avec la vie dans toutes ses beautés, mais aussi ses laideurs.

L'aspect dépouillé crée un espace en étroite osmose avec le langage du corps, et le jeu de l'acteur totalement mis à l'avant. Organique, humain,  voilà la belle rencontre de la présence incarnée.

Outre un jeu intense et sensible, on remarque de beaux moments d'expression corporelle sur pianistiques délicatesses impressionnistes. Il reste bien quelques zones de confusion, de développement substantifique, de travail de voix, d'approfondissement de l'incarnation et des jeux de lumières : autant d'éléments parfaitement normaux à cette étape dans ce parfait cadre d'expérimentation qu'offre le Fringe. C'est déjà bien intéressant et on ne peut que se réjouir de ce prometteur engagement.

Voilà une jeune compagnie qu'il faudra surveiller.
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Texte et interprétation : Marie-Claude Garceau et Mara Préfontaine
Mise en scène: Martine Pype-Rondeau
Chorégraphies : Catherine Gonthier
Costumes : Mélissa Brodeur
Éclairages : Joannie Campagna
Musique : Maxime Leduc

MAI, 3680 Jeanne-Mance

Représentations :
11 juin 18 h
13 juin 22 h 15
14 juin 19 h 45
17 juin 18 h
18 juin 24 h 15
19 juin 20 h 15

Billetterie : 514-849-FEST