Par Yves Rousseau
Le Festival du Jamais lu bat son plein depuis vendredi 7 mai, et se poursuit jusqu'au samedi 8 mai, présentant des textes dramatiques tous exposés publiquement pour la première fois.
Lecture du samedi 1er mai — Yukonstyle, de Sarah Berthiaume
Jeune comédienne issue de la cuvée 2007 de L'Option-Théâtre du collège Lionel-Groulx et régulièrement présente sur nos planches, Sarah Berthiaume se démarque de surcroît précocement du point de vue littéraire : elle remporte en 2006 le prix de l’Égrégore (Le déluge après, produit par le Théâtre La Rubrique, 2008, et par Talisman Théatre 2010 en version anglaise), voit ses textes lus au festival d'Avignon 2007, en plus de plusieurs participations au Festival du Jamais lu. Après une coécriture (Comme vous avez changé) produite à la Salle Fred-Barry en 2008, elle fonde avec Simon Boulerice la compagnie Abat-Jour Théâtre pour laquelle elle collabore à la mise en scène de la pièce « Simon a toujours aimé danser » (Théâtre d'aujourd'hui 2010). Après l'avoir originalement expérimentée au Festival Fringe de Montréal 2009, elle reprendra sa pièce « Villes Mortes » qui sera présentée dans sa version définitive au Théâtre d'Aujourd'hui en avril 2011 (mes Bernard Lavoie). Outre sa récente collaboration comme librettiste pour le théâtre musical La Maison de Bernarda Alba, de Federico Garcia Lorca (Option Théâtre du Collège Lionel-Groulx 2010) elle poursuit son travail fort de nombreux textes, dont ce dernier né dont nous traitons : Yukonstyle.
Des épopées parfois surréelles, avec humour satirique dans le paradoxe du rocambolesque dramatique dans un ensemble particulièrement savoureux et coloré atteignant par tragicomique une belle profondeur peignant les personnages dans toute leur drame et leur humanité : voilà ce qu'on peut dire de l'écriture de Sarah Berthiaume. Exquise sensibilité.
Sur le délirant Steak for chicken des Moldy Peaches se matérialisent au Yukon un appartement et son microcosme satellitaire. Il y a entre autres : Yuko, une Japonaise légèrement_lesbienne régnant sur les cuisines de l'hôtel local; le métis Garin, son caractériel coloc vaguement psychopathique et obsédé par l'affaire Pickton qui lave de la vaisselle de l'hôtel et cherche Goldie sa mère amérindienne probablement prostituée (et assassinée), jamais rencontrée; Dads, le bienveillant père alcoolo et cirrhosé et vaguement déjanté de Garin, détenteur du secret du destin de Goldie; puis Kate, une jeune fugueuse enceinte de 17 ans habillés en harajuku girl pour qui seule le ici et maintenant importe, partie sur un nihiliste road-trip transcanadien en autobus et ramassée à moitié gelée à moins 45 sur la route par Yuko qui l'a recueillie.
Pendant que les dialogues brossent la paroxystique portrait à la fois truculent et sensible d'une régionitude de toutes les solitudes et les aliénations de trailer park sur fond de procès de Robert Pickton, de prostituées assassinées, du racisme ordinaire envers les « natives » quêtant au ras du « liquor store », et d'emplois abrutissants de la petite vie ordinaire, les dérives narratives hors du temps en solo ou en chœur des personnages, elles, empruntent le chemin d'un éclatement en crescendo, du trash poétique magnifié en écho d'intériorité, de terroir et de destiné, jusqu'à la finale fabulation apothéotique dans la suprême expression du l'icaresque climax substantifiant la damnée trajectoire traçant l'essence d'être des protagonistes. Incroyable tendresse envers des personnages qu'on n’épargne pas de toute la petite cruauté et de la violence ordinaire de leur environnement, « downtown Whitehorse ». Puis, mine de rien, bien calé dans la trame dramatique et la paroxystique sous-culturelle existentialité en délirant écho d'humanité et de langue crue, point un incroyable cri de révolte contre la souffrance, la misère et l'intolérance, caucasienne, autochtone, universelle.
Tout à fait délicieux, humaniste, mais sous sensible humour noir et décapant : fantastique texte.
À suivre!
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Yukonstyle
Texte de Sarah Berthiaume - citation extraite du texte Yukonstyle avec la permission de l'auteur
Mise en lecture : Martin Faucher
Distribution : Vincent Fafard, Gérald Gagnon, Audrey Guériguian, Cynthia Wu-Maheux
Information sur le festival : www.jamaislu.com
Jeune comédienne issue de la cuvée 2007 de L'Option-Théâtre du collège Lionel-Groulx et régulièrement présente sur nos planches, Sarah Berthiaume se démarque de surcroît précocement du point de vue littéraire : elle remporte en 2006 le prix de l’Égrégore (Le déluge après, produit par le Théâtre La Rubrique, 2008, et par Talisman Théatre 2010 en version anglaise), voit ses textes lus au festival d'Avignon 2007, en plus de plusieurs participations au Festival du Jamais lu. Après une coécriture (Comme vous avez changé) produite à la Salle Fred-Barry en 2008, elle fonde avec Simon Boulerice la compagnie Abat-Jour Théâtre pour laquelle elle collabore à la mise en scène de la pièce « Simon a toujours aimé danser » (Théâtre d'aujourd'hui 2010). Après l'avoir originalement expérimentée au Festival Fringe de Montréal 2009, elle reprendra sa pièce « Villes Mortes » qui sera présentée dans sa version définitive au Théâtre d'Aujourd'hui en avril 2011 (mes Bernard Lavoie). Outre sa récente collaboration comme librettiste pour le théâtre musical La Maison de Bernarda Alba, de Federico Garcia Lorca (Option Théâtre du Collège Lionel-Groulx 2010) elle poursuit son travail fort de nombreux textes, dont ce dernier né dont nous traitons : Yukonstyle.
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Des épopées parfois surréelles, avec humour satirique dans le paradoxe du rocambolesque dramatique dans un ensemble particulièrement savoureux et coloré atteignant par tragicomique une belle profondeur peignant les personnages dans toute leur drame et leur humanité : voilà ce qu'on peut dire de l'écriture de Sarah Berthiaume. Exquise sensibilité.
Sur le délirant Steak for chicken des Moldy Peaches se matérialisent au Yukon un appartement et son microcosme satellitaire. Il y a entre autres : Yuko, une Japonaise légèrement_lesbienne régnant sur les cuisines de l'hôtel local; le métis Garin, son caractériel coloc vaguement psychopathique et obsédé par l'affaire Pickton qui lave de la vaisselle de l'hôtel et cherche Goldie sa mère amérindienne probablement prostituée (et assassinée), jamais rencontrée; Dads, le bienveillant père alcoolo et cirrhosé et vaguement déjanté de Garin, détenteur du secret du destin de Goldie; puis Kate, une jeune fugueuse enceinte de 17 ans habillés en harajuku girl pour qui seule le ici et maintenant importe, partie sur un nihiliste road-trip transcanadien en autobus et ramassée à moitié gelée à moins 45 sur la route par Yuko qui l'a recueillie.
Pendant que les dialogues brossent la paroxystique portrait à la fois truculent et sensible d'une régionitude de toutes les solitudes et les aliénations de trailer park sur fond de procès de Robert Pickton, de prostituées assassinées, du racisme ordinaire envers les « natives » quêtant au ras du « liquor store », et d'emplois abrutissants de la petite vie ordinaire, les dérives narratives hors du temps en solo ou en chœur des personnages, elles, empruntent le chemin d'un éclatement en crescendo, du trash poétique magnifié en écho d'intériorité, de terroir et de destiné, jusqu'à la finale fabulation apothéotique dans la suprême expression du l'icaresque climax substantifiant la damnée trajectoire traçant l'essence d'être des protagonistes. Incroyable tendresse envers des personnages qu'on n’épargne pas de toute la petite cruauté et de la violence ordinaire de leur environnement, « downtown Whitehorse ». Puis, mine de rien, bien calé dans la trame dramatique et la paroxystique sous-culturelle existentialité en délirant écho d'humanité et de langue crue, point un incroyable cri de révolte contre la souffrance, la misère et l'intolérance, caucasienne, autochtone, universelle.
(NDLR : Le personnage de Kate dans une fuite psychogène sous le froid de la nuit)Les caractères sont éclatés tout autant que les sociales cellules dans lesquelles ils vivent, post-modernes, en précaire équilibre de survie dans une effrénée fuite vers l'avant, mais captif du petit, meublant solitude et vide intérieur et viscérales pulsions dans un « here and now » qui se dépanne de ce qu'ils peuvent attraper dans un environnement affectif aussi magané qu'eux.
...Je pense
Je veux me gonfler de paysage
Pis exploser comme une balloune de fête
Devenir une pluie de confettis noirs
Qui neige
Tranquille
Sur la nuit cassante du Yukon...
Tout à fait délicieux, humaniste, mais sous sensible humour noir et décapant : fantastique texte.
À suivre!
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Yukonstyle
Texte de Sarah Berthiaume - citation extraite du texte Yukonstyle avec la permission de l'auteur
Mise en lecture : Martin Faucher
Distribution : Vincent Fafard, Gérald Gagnon, Audrey Guériguian, Cynthia Wu-Maheux
Information sur le festival : www.jamaislu.com