vendredi 16 avril 2010

Traffik Femme, de Emma Haché - Le Trunk Collectif

Par Yves Rousseau

Après avoir traité par le biais du jeu clownesque des affres de l'errance déracinée des réfugiés en quête d'une terre d'accueil  avec sa dernière production « Sunk in the trunk », le théâtre Trunk Collectif change de registre et poursuit sa croisade en abordant cette fois-ci le jeu physique par chorégraphique et climatique réalisme poétique traitant du proxénétique trafic_des_femmes.

Crédit : Samuel Lalonde


Prime jeunesse abusée, barouettée et carencée, puis damnée trajectoire existentielle sous l'égide de la plus abjecte dégradation s'incarnent par le biais du personnage d'une jeune femme fragile qui livre ici chancelant témoignage, un texte implacable d'Emma Haché qui oppose humanité bafouée de vibrante et lucide  âme sensible aux plus avilissant des esclavages  avec un traitement d'animal battu livré et charnellement vendu dans incessantes processions de clients de tout acabit et de toutes_perversions_dont la froide description désillusionnée trace le panorama de la plus grande des post-modernes_misères_sexuelles.

Le sujet de la prostitution est profondément documenté par l'auteur et l'équipe, qui ont de surcroît tenu compte de témoignages d'organisme et intervenants compétents travaillants auprès des travailleurs_du_sexe. La  réalité du traffic  esclavagiste est  de surcroît  contextualisée ici, dans nos rues, une réalité qui serait statistiquement démontrée, et corroborée par celles qui purent s'en échapper.

Crédit : Samuel Lalonde

Sur un praticable carré de cinq mètres d'arête se trouvent expressionnistes corps de lits d'acier dégarnis, multiplication de corpus delicti qui de leurs barreaux, grillages ou surface accueilleront métaphorique suggestion de captivité par subtile chorégraphie retenue, mais évocatrice, puis aussi du théâtre d'ombres. Envisagée sous procédé de récit rétroactif,  le propos fiévreux et torturé prend racine à partir d'un imaginaire praticien auquel se livre la jeune femme sur un initial banc d'examen_gynécologique. Dantesque épopée de chair et de sang, le propos viscéral promène une protagoniste qui sous le chancellement incamé et fragile stigmatisé des plus profondes et indicibles blessures, symbolise le verbal magma atroce par écho de symboliques gestes, une danse macabre où contrapuntiquement dialoguent horreur et zone inviolée d'inaliénable survivance de l'âme dans toutes ses zones d'ombre et de lumière.

Crédit : Samuel Lalonde

La comédienne et danseuse Nico Lagarde habite totalement le propos, dans un symbiotique lien avec le confident témoins invisible (devenant l'audience), une convention intense et mesmerisante transportant comme subtile procession au réalisme poétique, toute l'intensité d'un texte sans compromis, sensible et sans enflure, où l'auteure Emma Haché montre, dans toute sa texture contrastée, une réalité. Outre le travail d'éclairage, qui offre de puissants effets symboliques, comme strie de lumière de liberté après ignominieux enfermement, la musique de guitare acoustique Lagoyaesque sur percussion  offre humanisant contre effets transitionnels scandant plaies et blessures exposées.

Loin des parnassiens ergotages esthétisants relativisant et édulcorant à de très vagues dimensions le sens du mot « théâtre engagé », le Théâtre Trunk Collectif implique superbe espace dramatique en dialogue avec la communauté dans l'effervescence des post-modernes capitales préoccupations, pour un communal lieu rassembleur plein d'authenticité et de coeur : un geste démontrant tout l'espace, l'impact et la place que peut prendre le théâtre vivant dans le monde d'aujourd'hui comme objet de réflexion.

Bravo!

À voir.

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Texte : Emma Haché
Mise en scène de : Lynne Cooper
Interprété par Nico Lagarde
Musique in vivo par Roberto Lopez
Costume et décor par Julie Measroch
Éclairage par Yan Lee Chan
Chorégraphie de Lucie-Carmen Grégoire

14 avril au 18 avril en français
21 au 25 avril en anglais

MAI, 3680 Jeanne-Mance
Billetterie : 514.982.3386