samedi 24 avril 2010

Théâtre du Rideau Vert - Les leçons de Maria Callas, de Terrence McNally

Par Yves Rousseau

Avec « Les leçons de Maria Callas », une incarnation de la Diva nous accueille pour une séance de « Master Classes », prodiguant pour notre bénéfice ses précieux enseignements...

Crédit : François Laplante Delagrave


Vers la fin de sa vie, la Divine Callas, la voix brisée, ayant pratiquement cessée de chanter donna quelques formations, dont ses fameuses « Masters Classes » au Juilliard School de New York. La proposition théâtrale est fort simple, et efficace. La salle et les spectateurs constituent l'audience éclectique venue assister à la formation, et les élèves choisis surgissent à la suite, de la salle : ils sont   « accueillis » sur scène par la diva et l'accompagnateur au piano à queue, sous une acoustique rotonde boisée couleur teck.

Crédit : François Laplante Delagrave

C'est dans un mélange de sublime et de vulgaire, de cynisme et de sensibilité, que celle qui n'hésite pas parfois à dire les choses crument trace la genèse magnifiée de son existentiel parcours, où ce qu'elle décrit comme étant jadis la pauvresse petite, grosse et laide avec une mauvaise peau devient la belle et lumineuse Callas, désirée et admirée de tous. C'est avec une lucidité cynique, sardonique et empreinte d'élégiaques évocations hallucinées et mégalomaniaques de ce qu'elle fut en défiant tous ceux qui la jalousaient et la médisaient, que cette Callas imaginée par Terrence McNally attend ses étudiants avec la sarcastique froideur de celle qui, pour ne que trop connaitre chaque détail, chaque teinte et chaque couture musicale et dramatique des opéras, n'en relève que d'autant plus toutes les zones d'ignorance conceptuelle, de pose technique désincarnée de l'Émotion chez ses pupilles. Car la communion de cette cantatrice avec la musique est viscérale, incarnée, préconisant un jeu (au sens global)  ancré dans la compréhension profonde des intentions musicales et dramatiques. Et elle n'en attend pas moins de ses « victimes », qui paieront parfois du prix de l'humiliation leur ignorance.


Crédit : François Laplante Delagrave

La formation ne s'arrête pas à l'aspect artistique, mais touche également à l'attitude, le nécessaire look, et les vicissitudes inévitables du milieu. Par exemple, à sa première élève un peu godiche se présentant en robe écourtichée en s'attaquant de surcroît d'atroce façon à, malheureux choix,  une des arias les plus maîtrisées par la diva,  Callas n'hésite pas, en plus d'artistiquement la mettre en boîte, à lui faire remarquer publiquement la conséquence d'une telle tenue lorsqu'on se trouve sur une scène. Chaque élément « d'enseignement », chaque évocation musicale initient moult digressions historiques où Callas se voit traversant les montagnes russes d'une destinée ponctuée de grandioses épisodes et de creux éludés, lançant à l'avant une substantifique évocation de tous ses temps d'être artistiques :  bien plus que techniquement formatrices, ces manoeuvres tout de même parlent et lèguent avant tout aux élèves une essentielle attitude face à la façon d'aborder le chant lyrique. 

Crédit : François Laplante Delagrave

Aux phases réalistes précitées alternent des dérives hors temps, où seule sous un halo lumineux, dans le nulle part des ses déchirements, sa façade se déconstruit révélant blessures, vulnérabilité, intériorité. Sous la magnificence de ses plus beaux enregistrements, la contre réalité d'un destin torturé révèle l'effroyable solitude de la célébrité pour une femme qui, du vieux Baptista Meneghini premier impresario des débuts à l'ultime richissime Aristote Onassis, fut aimée où aima avec passion, mais toujours dans la fatalité du sens unique.

 Crédit : François Laplante Delagrave

Parfois poignant, souvent ironique et truculent, le propos est porté avec la plus grande maîtrise par une très impeccable distribution, dans des prestations vocales correctement au service du construit. Louise Marleau, qui n'y chante jamais, établit un lien fascinant et hypnotique avec la « classe », évitant tant que possible le cliché de la prima donna en construisant en profonde compréhension de niveau d'existence une mosaïque contrastée où l'humanité du personnage s'étale de toutes ses nuances grinçantes, parfois drôles ou dramatiques.

Même si elle ne semble pas toujours ressembler aux formations de Callas, dont de nombreux enregistrements subsistent et la montrent très maîtrisée, professionnelle, concentrée et sans digression, technique, précise, attentionnée envers son élève, et chantant en exemple de nombreux passages, la fabulation de McNally est amusante, et tout en participant d'une certaine mythologie portant sur les chanteurs lyriques, elle touche à de nombreux éléments du destin de la Diva, mais dans une vision qui, malgré des propos  vraisemblablement  réputées véridiques et issues de ces formations où tirés hors contexte  d'interviews,  paraît néanmoins très romancée et devant sans doute être prise avec un grain de sel : celui de l'œuvre de divertissement.

On passe un bon moment.

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Texte de Terrence McNally
Traduction : Michel Tremblay
Mise en scène : Denise Filiatrault
Assistance à la mise en scène : Suzanne Bouchard
Avec : Louise Marleau, Émilie Josset/Christina Tannous, Geneviève Charest, Dominic Lorange, Dominic Boulianne et Laurent Duceppe-Deschênes
Scénographie : Guy Neveu
Costumes : Suzanne Harel
Éclairages : Mathieu Larivée
Musique : Yves Morin
Projections : Pierre Desjardins
Accessoires : Alain Jenkins
Maquillages : Jean Bégin



Théâtre du Rideau Vert
4664, rue St-Denis
Montréal (Québec) H2J 2L3

Billetterie : (514) 844-1793