samedi 17 avril 2010

La Veillée - Sonate d'automne, d'Ingmar Bergman

Par Yves Rousseau

Marcel Pomerlo revisite le bergmanesque dans un opus qui, essentiellement, trouve toute sa force dans évocatrice lenteur aux couleurs d'automnale sobriété. 

Crédit : La Veillée


Charlotte, recluse, dysthymique, vit dans un austère presbytère avec son mari, un pasteur désillusionné de semblable humeur qu'elle n'aime que de complice amitié, et sa sœur lourdement handicapée. Carencée affective de luxe, son enfance bourgeoise fut rythmée par les exigences de sa célèbre pianistique concertiste de mère, une femme  mondaine, flamboyante et performative, qui n'envisagea l'éducation de Charlotte qu'au travers de ses propres projections narcissiques et lubies musicales inatteignables, cette derniere vivant ainsi un perpétuel sentiment de vide affectif et d'insuffisance. La résultante incapacité d'aimer de Charlotte, ses blessures dormantes, et les miasmes du souvenir d'un son enfant mort se contentent ainsi de l'immobilisme confortable de cette vie spartiate. Jusqu'à ce que sa veuve mère perdue de vue depuis des années la visite.

Après un crescendo mettant en exergue tant par situations que par suggéré l'intériorité des personnages en réactivant moult douleurs enfouies, une nuit d'insomnie isole la dyade dans une rencontre de toutes les vérités, où tant mère et fille éclatent de respectives blessures traçant la genèse de douloureuses et complexes substances d'être : une longue et très puissante scène.

 Crédit : La Veillée

À l'opposé total de la post-moderne tendance au théâtre hyperactif et très « clippé», Marcel Pomerlo matérialise une relative contemporaine rareté : une œuvre à rythme lent. Une intransigeante antithèse de la surcharge, avec un sobre espace où chaque hiatus, chaque geste raté, chaque non-dit illuminent le texte de sens d'intériorité dévoilée dans la poésie torturée des dédales de la psyché. 

Tout aussi intemporelle dichotomie climatique, mais sans manichéisme de personnages, l'expression et le geste procédant d'une grande maîtrise de retenue pour les rôles des filles et de l'époux permettent de mettre en exergue : et la rupture du fragile homéostatique équilibre amené par le caractère de la mère; et conséquemment la mise à l'avant de ce premier rôle, une interprétation de Madame Lachapelle, qui démontre ici tout le savoir-faire d'une très grande comédienne dans cette composition parfois vive, mais toujours incarnée et nuancée.

  Crédit : La Veillée

Il faut bien sûr quitter effervescente époque de multitâche étourdissant et l'expectative du théâtre d'effet, et se centrer, se laisser couler dans ce long fleuve d'apparence tranquille, mais parfois psychologiquement tumultueux et troublant.  La musique de cordes vibrante et intimiste croisant concerto de Chopin rejoint scénographie d'intérieur aux automnales couleurs de pins, de noyer et de rusticité avec à l'étage un passage ouvert sur la scène où en écho de profondeur et de suggestion, les personnages en retraits sont témoins « invisibles » des confidences livrées, parfois les concernant. La lumière, en parfait écho climatique, plane dans la nordique intimité de la troisième saison. Les costumes respectent le principe antinomique, et le conservatisme des tenues des habitants du presbytère s'oppose aux vêtements éclatants de la mère, telle cette flamboyante robe rouge, vraisemblablement du Dior.

Subtil voyage hors du temps.

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Mise en scène de Marcel Pomerlo
Traduction de C.G. Bjurström et Lucie Albertini 
Comédiens : Andrée Lachapelle, Marie-France Marcotte, Chantal Dumoulin et Gabriel Arcand
Scénographie de Véronique Bertrand
Lumières par Lucie Bazzo
Costumes de Linda Brunelle
Musique originale par Érik Shoup
Assistance à la mise en scène par Martin Boisjoly

Du 13 avril au 8 mai
Théâtre Prospero
1371, rue Ontario Est

Billetterie : 514 526-6582