Par Yves Rousseau
Avec Porc-Épic, la farce absurde de la tragédie de l'ordinaire petite vie , croise pastiche de surréelle comédie de situation, comme un grand opéra-bouffe de dérisoire postmodernité aux substantifiques arias de communale solitude.
Crédit : Danny Taillon
Après avoir été présentée initialement par les finissants de l'ÉNT sous la direction de Frédéric Dubois en 2007 sous clownesques tragi-comiques, la pièce est ici montée à partir d'une formule peut-être encore plus paroxystiquement parodique : comme dans autodérisoire tragédie du post-moderne quotidien de solitude communale, comme un surréel quétaine vaudevilliste en pastiche de sitcom bubble-gum, les clowns (au sens figuré) tristement joyeux où joyeusement triste promènent aigre-douce naïveté ou viscérale mesquinerie sous absurde symbolique du dérisoire dans une métaphorique fable fantastique présentant un ensemble d'antihéros à la vie banale d'esseulement relatif.
Une scénographie en pièce montée comme fresque en climat et couleur de Miyuki Tanobe, mais trafiquée de cynisme sous-jacent forme un pyramidal ensemble où, comme dans un moderne édifice, personne ne semble réellement se connaître. Côté jardin avec four magique, frigo et table de cuisine, habite Cassandre (M. Lhoumeau, déchaînée et d'une expressivité hallucinée), une mythomane hystérique à la personnalité limite, promenant ses clivages comportementaux de fausse ingénue quadragénaire hop la vie et fanfreluche dans une haletante quête désespérée de convives à inviter à son anniversaire. Au centre, et côté cour, voilà le dépanneur : son proprio (J.P. Fournier, incroyablement crédible et drôle), qui en bave pour Cassandre, exploite également un salon de décoiffure : c'est une totale tronche névrosée (... moi, je suis pas du genre poésie, je suis du genre inventaire...) sous psychanalyse, aux autistiquoïde lubies mathématiques, et de surcroît pris de saignement, de tremblement et de tics faciaux à la simple vue d'un féminin objet de convoitise.
Crédit : Danny Taillon
Stagnant autour du lieu, une épouvantable bonne femme en grossesse plus ou moins nerveuse (incroyable D. Quesnel en bouffon triste et trash : savoureux et épicé) incarne et verbalise grassement la totale déchéance du non-devenir abruti, de la désillusion des sous-culturels lendemains qui déchantent et du vieillissement. Puis, de leur perron surplombant l'ensemble, un couple composé d'une cocotte (G. Schmidt, excellente) et un viveur guignol (A. Bertrand, très correct) observe de son incommensurable et oisive vacuité câblée et houblonnée, le risible spectacle : lui, un hédoniste narcissique, ne la désire plus et courtise Cassandre, et elle, la cocotte, sous des apparences d'agnelle inoffensive, défendra son territoire, féminine rivalité qui atteindra ici épique rixe aux proportions apothéotique...
Crédit : Danny Taillon
Le leitmotiv : sensible, mais mordante dérision d'une humanité, en plein identitaire flou de la petite vie dans l'étourdissement du post-moderne tourbillon. Aucune terrienne prétentions rien n'y échappe. Patrice Dubois met en relief les forces du texte et tient (juste assez) en diverse longueur de laisse un propos tablant sur la caricature dramatique en rythmant, dans un précis dosage de jeu, d'efficaces cycles de contre-effets : comme construit-présentoir aux arias individuelles, les collisions des corrects et fébriles dialogues (influence sitcom) assez délirants d'absurde rire jaune mettent en exergue la pathétique, mais représentative humanité des caractères dans leurs risibles et rebondissantes tentatives pour êtres ensemble. Ces collisions, se situent plus dans l'effet éludant d'occasionnelles inégalités (des dialogues), aboutissent sur mouvements de retraits, de fuite intérieure par profondes et belles arias existentielles (alors plus dans le texte) : palpable plume, spectre de l'auteur, mais substance littéraire matérialisant autour des persiflages délirants, toute l'âme de la pièce.
Une délicate musique de boîte automate et des éclairages mêlants clairs réalistes à dantesques rouges (en dérive) se complètent de costumes tout aussi délicieusement kitsch et surfaits que les caricaturaux personnages.
Amusant, intéressant, souvent touchant de vérité, voilà, par la présente et suite aux pièces antérieures telles Rouge Gueule, certainement la poursuite d'une belle symbiose entre la relève et le savoir-faire du théâtre PAP , une expérience impeccablement mise au service de prometteuses jeunes plumes fortes d'un rafraichissant et typiquement générationnel humour lucide et contrasté.
On ne peut qu'applaudir une si belle synergie intergénérationnelle, une aussi prometteuse démarche qui ne table pas sur la perfection instantanée plaquée, mais la construction et l'authentique démarche. Superbe espace de coeur, et d'humanité en forme de liberté de parole. Bravo.
Pour la suite du monde.
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Texte David Paquet
Mise en scène Patrice Dubois
Comédiens : Antoine Bertrand, Jean-Pascal Fournier, Marika Lhoumeau, Dominique Quesnel, Geneviève Schmidt
Assistance à la mise en scène et régie : Catherine La Frenière
Scénographie : Nathalie Trépanier
Costumes : Julie Breton
Musique : Pascal Robitaille
Maquillages : Florence Cornet
16 février au 13 mars
Espace Go
4890, boulevard Saint-Laurent
Billetterie : 514 845-4890



