jeudi 11 mars 2010

Mœurs en série 2.0 – Accès illimité, de Sébastien Guindon - Orbite Gauche

Par Yves Rousseau

Avec Mœurs en Séries 2.0, le Théâtre Orbitre Gauche libère en  antique comédie d'animaliers bouffons grivois et déchaînés sur les décadents paysages du troisième millénaire.

Crédit : Orbite Gauche

Après l'éclectique Alpha du Centaure (produit en 2007) empruntant la forme d'une tragédie Grecque se déroulant dans une exsangue humanité du futur en pleine déroute dans une société totalitaire d'un monde pollué et aux ressources épuisées, la compagnie Orbite Gauche change totalement de registre par un virage à cent-quatre-vingts degrés avec une œuvre qui párodos en éxodos, se mâtine de comédie grecque antique et de satyrique drame croisé de fumant cabaret de l'époque Weimar.

La scénographie éclatée et kitch comprend le long plateau surélevé typique des défilés de mode rejoignant en formant un « T » une scène principale en faux marbre ceint de pilastres néo-classico-rococo-flamboyants vinylisés de moult fruits aux plastiques couleurs criardes, élément qui, coiffé de pôles de danse éclairés à l'ultra-violet, traverse une salle en formule cabaret. Comme cette dernière comprend station musicale (choriste et claviériste) et espace de jeu sur deux praticable à cour et jardin en arrière-salle, c'est tout l'espace qui sera  envahi et occupé par les animaliers personnages, dont l'appariement bestial résume à lui seul la collection d'ataviques tares arborées par chacun en reflet d'humanité.

Crédit : Orbite Gauche

L’atmosphère de bacchanale trash se renforce pour les caractères animaliers de costumes Rocky Horror picturesque, défiant l'audace clinquante des drag-queens : Glam punk au ras le bonheur, chemises à froufrou saumon 70's, bustier, plumes et paillette, bas résille, vertigineux talons, junk-chic en top-bedaine et moule paquet en tout genre côtoient tenues circus bouffonnes, le tout beurré d'impossibles maquillages pastels nananes dans une surréelle élégie du quétaine qui trouve écho dans la musicale climatique chromée.

Tour à tour envahit de déferlantes cohortes de phalliques marionnettes, l'espace farceur comme dans toute bonne comédie antique, s'éclate d'une grivoise et irrévérencieuses bambochade déchaînée, couinante et onomatopéique de moult cris et gestuelles d'animaux humains tarés et vicieux, rampant, bavant, grognant, grimaçant, et crapahutant dans toutes les déclinaisons de potaches et clownesque jeu de simagrées grossies, une délirante tocade en Copi-esque climat de forme.

Crédit : Orbite Gauche

Un méphistophélique et empourpré maître de cérémonie mi-homme mi babouin, une grandiloquente diva-jument de la mode pour adolescente obnubilée par le fric et  entourée de ses larbins, puis son ingénue de fille-chatte âgée de 15 ans qui ronronne son innocence dans un sursexualisé univers internet au délirants pseudonymes, un beau-père lapin quasi satyre cyber-onanistique et libidineux qui en bave pour cette strindbergesque minette; puis un proxénétique lion producteur de film adulte, une « actrice » oiseau de son état cérébral qui en bave pour le musicien lézard, le clown triste qui voit son alimentaire musique de film olé olé préférée à ses véritables compositions et finalement, pour couronner le tout, la grand-mère de la petite et mère d'un peu tout le monde, vieille femme-pieuvre à l'indignité tentaculaire qui sentant sa fin proche, demande à son souteneur de fils de lui dégoter un étalon pour une dernière envolée de cabrioles...

Vous aurez compris que le concupiscent univers gravite autour de l'envahissante sur génitalisation du troisième millénaire, une parodie d'humanité décadente et émoustillée de faciles et illusoires charnels plaisirs du veau d'or, comme paravent à une indicible solitude sur consumérisme relationnel, mercantilisation des rapports humains et instrumentalisation de l'être. La post-moderne errance de stupre, vue pas les mimographiques et tordus bouffons.

Happening explosif, défoulement collectif, passage à l'acte psychoïde, l'opus est de ces pièces qui trouvent existence et sens bien plus dans la grimace, le geste que le texte : une copieuse et rabelaisienne bouffe, que certains considéreront  vraisemblablement descendre plus lestement dans la magie houblonnée d'une festive carnavalesque ivresse de sens que dans le recueillement de la sobre communion théâtrale. Une fête, quoi! Paradoxale  pantalonnade sur sociale critique, dans l'oeil de la lucide folie.

Même si donnant parfois l'impression d'une écriture assez spontanée, pour un texte quelque peu éludé par la forme, on trouve diluées dans l'ensemble de belles perles textuelles, de mordantes répliques d'esprit dans toute l'iconoclastie des apparences émiettées, et une belle intégration du geste (on pense parfois à Lecoq). Tout est évidemment, autodérision du genre oblige, volontairement outrageusement surjoué, caricature pourtant ponctuée de sensibles moments, contre effets donnant tout le sens à l'ensemble : les meilleurs d'entre eux appartiennent aux séquences des succubaires ithyphalliques chœurs démoniaques en écho de tentation et de damnation, puis à de très beaux moments de chorégraphiques numéros musicaux technotronico-disco, mais surtout à ces sensibles espaces d'expression où au spectre de sa grand-mère la jeune fille dans sa quête de chaleur humaine découvre toutes les blessures et toutes les douleurs dans la grande solitude d'un monde d'éclopés du cœur, une belle prestation de Marie-Claude St-Laurent.

Planétaires fous du roi, lâchés lousses, dans toute l'inégalité du délirant éclatement.


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Texte – Sébastien Guindon
Mise en scène : Normand Lafleur
Assistance à la mise en scène : Marc Donati
Composition musicale : Michel Borduas
Costumes : Marie‐Noëlle Labrie‐Klis
Scénographie : Fanny Bisaillon‐Gendron
Éclairage : Sophie Brosseau –
Chorégraphie : Rachèle  Gemme
Distribution : Annick Beaulne, Martin Boileau, Michel Borduas,
Fabien Dupuis, Rachèle  Gemme, Bruno Piccolo, Natasha Poirier, Nicole‐Marie
Rhéault, Julie Ringuette, Marie‐Claude St‐Laurent, Andrew Shaver


Présenté du 2 au 20 mars 2010
À l’Union Française,
429, Viger‐Est (Métro Places d’Armes)
Réservations : 514.606.5116