vendredi 12 mars 2010

Kick, d'Étienne Lepage - Théâtre de la Marée Haute

Par Yves Rousseau

Avec Kick, Étienne Lepage donne un bon grand coup de pied au derrière d'une générationnelle destinée, dans toutes les couleurs de l'autodérision sous décapante verve ironique.

Crédit : Marie-Claude Hamel


Êtres perdus, limbiques univers en viscéral éclats, absurdes arias frénétiques et hyperactives, grands cris de détresse bouffons étouffés de lobotomie dans l'asphyxie de la noyade de l'urbaine solitude post-moderne des faubourgs du confort de l'indifférence anesthésiée, atterrissage hébété dans le nowhere existentiel du non-sens de la petite vie, quête éparpillée sous l'envahissante surstimulation multimédiatique d'une globalité monstrueuse d'écrasement des repères dans le vague et l'éclatement du tissu social où l'être hagard  et un peu perdu du troisième millénaire flotte, et s'accroche comme il le peut. Voilà l'univers Lepage.

 Crédit : Marie-Claude Hamel

La toile impressionniste d'effet, mais contemporaine de climats, promène l'errance des protagonistes dans un rectangulaire univers de géométrie urbaine : cubiques et mobiles cases de contenance des destinées névrotiques éclairées des blafards néons de la modernitude opposent leurs univers fermés à l'éclatement sur gigantesque forme en buildings de dominos où l'implosion égotique sous l'autodigestion d'intériorité de ruminations angoissées captives du flou contenant identitaire fait alors place à son équivalent explosif et désarticulé avec les caractères qui ergotent  rapports avec  monde extérieur instrumentalisé de mercantilisme, pollué de psychogène légendes urbaines, dans toute l'errance schizoïde des âmes, tels de petits poussins perdus dans la grande steppe labyrinthique du village global mondialisé sous la froide voute céleste du scintillement psychédélique du perpétuel brain wash du vacuum de sens de l'hyper communication multi plate forme où êtres abrutis, confus et aveuglés par les permanent et intrusifs feux d'artifice technoïdes et multimachins propulsent leur recherche de l'autre en égotique réciproques chocs d'autotamponneuses,  dans quête d'un Saint-du-Graal d'oasis d'humanité sous tous les mirages du miroir aux alouettes.

Crédit : Marie-Claude Hamel
Ithyphalliques trajectoires de vie dans le perpétuel coïtus interruptus de l'évitement, du contournement, de la fuite intérieure dans le paradoxe de la tentative relationnelle, pour une terrible autodérision générationnelle, la cohorte « Y » dans tous ses états, actes, absences et non-lieux : cocasse espiègle, paradoxalement impitoyable et terriblement humaine dans la lumière certes décapante, mais aussi éclairante d'un complice « vaut mieux en rire » et d'un « c'est ça qui est ça, on continue » plutôt que de noirceur et nihilisme. Verve acide, mais dans la tendresse aux mille orties piquantes de l'exutoire satire.

Crédit : Marie-Claude Hamel

L'ectoplasmique personnage croise brièvement l'Autre en rebondissement de dialogue de sourds, dans la grande danse tribale d'un état des lieux, éclatement du geste en roulade, sautillement, steppettes, simagrées et sparages du grand rave du relatif absolu, dans un formidable cri de vie blessé par l'absence, mais mû par l'indicible force belle et puissance du geste de résistance trépignant sur les stériles macadams de toutes les aliénations.

Crédit : Marie-Claude Hamel

La direction du jeu par Michel-Maxime Legault poursuit sa course impeccable en participant d'intentions de mise-en-scène matérialisant une interprétation de la substance littéraire qui marie éclectisme, visionnaire révélateur et profonde compréhension du sens, dans une totalité qui tout en maintenant l'identitaire trajectoire mordante et actuelle du Théâtre de la Marée-Haute, la renouvelle dans une poursuite impliquant de surcroit un texte de création d'un de nos plus brillant et prometteur jeunes auteurs, fantastique osmose de parfaite intelligence.

Sur le plateau, sous musique parfois en délire de fanfare tzigane et costumes actuels,  une jeune équipe de comédiens de la relève impressionne. Incarnées,  charnues, équilibrées, les compositions de cocottes hallucinées de légendes urbaines, de tronches angoissées et introspectives, de belles cyniques, vénales et d'un hédonisme désillusionné, de dandy libidineux, narcissique et d'une déviance érotico-fantasmagorique d'instrumentalisation de l'autre, croisent la solitude de proximité du communal éclatement. En plein sur le texte, les fléchettes ironiques touchent pile la cible sociétale.

Certainement à voir, une montée de jeunes artisans des plus prometteuses, pour la suite du monde.

____________________________________________


Texte : Étienne Lepage
Mise en scène : Michel-Maxime Legault
Interprétation : Isabeau Blanche, Marie-Claude Giroux, Sébastien Leblanc, Gabriel Lessard, Joachim Tanguay, Marie-Eve Trudel
Chorégraphie : Caroline Laurin-Beaucage
Conception sonore : Carol Bergeron
Costumes : Elen Ewing
Scénographie : Julie Deslauriers
Éclairages : Anne-Marie Rodrigue Lecours
Direction technique : Julien Blais-Savoie
Photo : Marie-Claude Hamel

9 au 27 mars 2010
Aux Écuries
7285, rue Chabot Montréal
Billetterie : 514-328-7437