Par Yves Rousseau
Avec « C’est ainsi mon amour que j’appris ma blessure », le Théâtre Complice explore à partir d'un puissant texte poétique, la suprême expression de l'humaine solitude dans tous les déchirements du rêve, et de l'illusion.
Dans un nowhere existentiel prenant la forme d'un aéroport, le transit d'une limbique destinée de solitude s'envole vers tous les culs-de-sac des dérives du désespoir. Un homme sortant d'insomniaque nuit de rixe et d'ivresse, masqué de ses illusions, prisonnier de son aveuglement volontaire, traversant l'incertitude du paysage de la réalité ou de l'imaginaire, attends.
Là, sur un biface banc de salle d'embarquement, assis face aux évanescentes ectoplasmique humaines ombres passantes aussi déréalisées et floues que l'écho des sonorités du lieu parfois bercé de spleenétiques plaintes du Kind of Blues, le visage reflété par la baie vitrée sur onirique spectacle du tarmac sous éclats des éléments, il s'accroche et s'adresse à l'image d'une silencieuse belle voyageuse qu'il observe de dos par dessus son épaule, et qui, elle, ni ne le voit , ni ne l'entend.
Là, sur un biface banc de salle d'embarquement, assis face aux évanescentes ectoplasmique humaines ombres passantes aussi déréalisées et floues que l'écho des sonorités du lieu parfois bercé de spleenétiques plaintes du Kind of Blues, le visage reflété par la baie vitrée sur onirique spectacle du tarmac sous éclats des éléments, il s'accroche et s'adresse à l'image d'une silencieuse belle voyageuse qu'il observe de dos par dessus son épaule, et qui, elle, ni ne le voit , ni ne l'entend.
Quintessentielle expression de la post-moderne solitude viscérale et étranglée, désespérée quête d'une instrumentalisée et amoureuse fantasmagorie de l'autre, l'univers de pensée du quadragénaire s'y transmute en espace de parole dans une longue et fiévreuse aria poétique hallucinée, comme une logorrhée automatiste procédant d'un inconscient effeuillage de l'âme petit à petit mise à nue de sa blessure à la fois touchante et triste de contemporaine-vérité. Une sublime et ridicule idylle intérieure, pathétiquement in utero, dévore le ciel dans tous les non-lieux des chaplinesques fantasmes Des Lumières de la ville, sous toutes les lubies éclairant d'un peu de photonique baume d'illusion cruelles ténèbres pour âme à la recherche du temps perdu. Le dévoilement issu du révélateur dénuement est puissant, et sans compromis.
Cette scénographique moderne angularité de verre et d'acier dominante de hauteur se croise au gigantisme du monde extérieur bellement rendu par effets de projection (superbes jeux climatiques) d'arrière-plan : lui, comme petit grain de sable de l'être dans la grande immensité de l'anonymat du monde. Dans le minimaliste du geste, et l'éthérée substance des mouvements, le propos bouillonne, porté par un comédien qui à des années-lumière de l'enflure dramatique et du manichéisme, anime son personnage de tous les paradoxes de l'humaine petitesse et grandeur : à la fois pauvre type, un peu rouleur de mécanique et frimeur, autoflagellatoire, sensible et d'un humour d'autodérision décalé, s'exposant de toutes ses vérités sous toutes les maladresses de ses lubies, errant de quelques amours perdus, le caractère s'égraine peu à peu de son construit. La fragile façade craque, se lézarde, et l'humanité toute nue et cicatricielle parle d'un terrible communal temps d'être.
La danseuse contemporaine Victoria Diamond incarne le muet rôle de la jeune femme assise et tuant le temps, avec subtil flottement expressif en morceau d'inconscientes réactions à invisible présence, une typologie du caractère parfaitement opposée par son esthétisme au personnage de Denis Lavalou : un élément mettant en exergue le décalage fantasmagorique de ce pauvre hère incarné avec éloquence dans toutes les sobres vibrances de la relative dissociation et du jetlag des sens dans la fuite intérieure.
Le texte, en blocs denses, intenses et cyclothymiques, représente tout un défi de rythme, d'expression (surtout visible par effets de reflet et de latéralité), de minimaliste gestuelle de sens, et demande investissement total tant à l'acteur, qu'au spectateur. Le build-up climatique est aussi probant que la triste beauté du texte.
À voir!
________________________________
Texte de Fabrice Melquiot
Mise en scène : Denis Lavalou et Marie-Josée Gauthier
Comédiens : Denis Lavalou et Victoria Diamond
Scénographie : Cédric Lord
Images : Frédéric Saint-Hilaire
Lumières : Stéphane Ménigot
Trame sonore : Éric Forget
Assistante à la mise en scène et régie : Sabrina Gilbert
16 au 27 mars
Théâtre La Chapelle
3700 St-Dominique, Montréal
Billetterie : 514-843-7738
Cette scénographique moderne angularité de verre et d'acier dominante de hauteur se croise au gigantisme du monde extérieur bellement rendu par effets de projection (superbes jeux climatiques) d'arrière-plan : lui, comme petit grain de sable de l'être dans la grande immensité de l'anonymat du monde. Dans le minimaliste du geste, et l'éthérée substance des mouvements, le propos bouillonne, porté par un comédien qui à des années-lumière de l'enflure dramatique et du manichéisme, anime son personnage de tous les paradoxes de l'humaine petitesse et grandeur : à la fois pauvre type, un peu rouleur de mécanique et frimeur, autoflagellatoire, sensible et d'un humour d'autodérision décalé, s'exposant de toutes ses vérités sous toutes les maladresses de ses lubies, errant de quelques amours perdus, le caractère s'égraine peu à peu de son construit. La fragile façade craque, se lézarde, et l'humanité toute nue et cicatricielle parle d'un terrible communal temps d'être.
La danseuse contemporaine Victoria Diamond incarne le muet rôle de la jeune femme assise et tuant le temps, avec subtil flottement expressif en morceau d'inconscientes réactions à invisible présence, une typologie du caractère parfaitement opposée par son esthétisme au personnage de Denis Lavalou : un élément mettant en exergue le décalage fantasmagorique de ce pauvre hère incarné avec éloquence dans toutes les sobres vibrances de la relative dissociation et du jetlag des sens dans la fuite intérieure.
Le texte, en blocs denses, intenses et cyclothymiques, représente tout un défi de rythme, d'expression (surtout visible par effets de reflet et de latéralité), de minimaliste gestuelle de sens, et demande investissement total tant à l'acteur, qu'au spectateur. Le build-up climatique est aussi probant que la triste beauté du texte.
À voir!
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Texte de Fabrice Melquiot
Mise en scène : Denis Lavalou et Marie-Josée Gauthier
Comédiens : Denis Lavalou et Victoria Diamond
Scénographie : Cédric Lord
Images : Frédéric Saint-Hilaire
Lumières : Stéphane Ménigot
Trame sonore : Éric Forget
Assistante à la mise en scène et régie : Sabrina Gilbert
16 au 27 mars
Théâtre La Chapelle
3700 St-Dominique, Montréal
Billetterie : 514-843-7738

