vendredi 12 mars 2010

Carton rouge sur carré vert - Théâtres Les Amis de Chiffon

Par Yves Rousseau

Avec Carton rouge sur carré vert, guerre des genres affronte liberté d'être et de devenir dans le sportif univers du soccer.

Crédit : Stéphan Bernier et Jeannot Boudreault

Amusante allégorie sportive marionnettique, Carton rouge sur carré vert nous plonge directement dans un match de soccer mineur, où deux jumeaux dizygotes de sexes et caractères opposés composent avec les idéaux d'un monoparental père attentionné, mais latin et machiste. Fou-Fou, le garçon, est porteur de l'identitaire zidanesque idéal paternel de réussite sportive, mais il est plutôt maladroit, poétique et rêveur et n'ose pas contrarier son papa en lui révélant sa faible inclinaison pour le sport. Coco, elle, est une fille sportive, volontaire et frondeuse et rêve de soccer, mais l'attitude arrêtée et arriérée de son géniteur lui interdit la pratique de ce sport.

Mais Coco ne se laisse pas démonter, et affublée d'une perruque et d'une fausse identité de garçon, elle s'entraine et joue secrètement dans une formation. Jusqu'au jour où un important match oppose son équipe à celle de son frère...

Crédit : Stéphan Bernier et Jeannot Boudreault

Même si la vision de la figure paternelle semble découler de ce que plusieurs pourraient considérer être une stéréotypale vision ethnique éculée, provinciale et datée, elle donne prétexte à une histoire qui dénonce certaines idées reçues et réactionnaires relatives à la participation féminine aux sports non traditionnels jadis exclusivement masculins, lubies qui indéniablement survivent parfois encore dans de sous-culturels environnements.

La restitution du match est adroite, imaginative, passionnante, mouvante et animée, et table sur une scénographie initialement dépouillée composée d'un simple praticable et central-écran circulaire pour moult jeux d'ombres et projections, mais se peuplant progressivement d'un crescendo d'accessoires tout aussi contextualisant que la trame sonore : encadrés de poteaux de pointage, des praticables en terreuses parcelles de terrain de jeu valsent sous la bondissante chorégraphie animée par de symboliques incarnations des joueurs en théâtre d'objet. Ainsi,  têtes et jambes de formation opposées se mêlent parfois dans une culminante rixe sportive forte de rumeur de foule, de vivats vibrants sous arbitrage par animiste intervention des parlants cartons de pénalité verbalisant toute la symbolique de leurs signifiances exposées.

L'action principale est parfois interrompue de dérives limbiques et ludiques, où rêveries des personnages s'évadent entre autres d'entomologiques papillonnages de merveilleux, plongent d'aquatiques explorations sous chant de sirènes, dans une osmose complétée de colorés jeux d'ombres en jeu de perspectives et d'habiles éclairages sous chatoiement de goboesques motifs scintillants.

Les personnages principaux matérialisés par des marionnettes à prise directe d'environ cinquante centimètres (voir photos) de conception très soignée, croisent en espiègle jeux de mises en abîme contextuelle des manipulateurs en survêtement sportifs dont la présence révélée implique de transitionnelles portions de jeu en écho de réalité, comme ces vivifiants tableaux dansés suggérant sportifs échauffements sur entraînants rythmes de basse et percussion.

Outre les effets sonores, l'onirique trame musicale constitue presque à elle seule un méta-personnage, avec, outre l'électrisant  drum and bass  précité,  des interventions très douces et sensibles à dominance de marimba hybridant les styles latins, mais croisant aussi le pur tango, une continuité sonore qui aide à la vraisemblance du collage modulaire parfois digressif.

Très amusante exploration du clivage identitaire et de la sublimation sportive, avec une conclusion qui semble par contre découler des préceptes moraux télégraphiés ça et là dans le texte et qui paraissent parfois anachroniques de quelques décennies non pas dans leurs légitimes visées égalitaristes, mais dans les temporelles prémisses dialectiques qui définissent leurs oppositionnelles visions de l'équilibre des rapports identitaires dans la substance d'être des genres.

Outre quelques proéminentes coutures, Carton rouge sur carré vert reste une agréable et imaginative production, vivante, animée d'une belle et adroite osmose interdisciplinaire.

On passe un bon moment.

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Texte : Pascale Rafie
Mise en scène : Marc-André Roy
Interprétation : Sébastien Bouchard
Interprétation et manipulation des marionnettes : Vicky Côté, Martin Gagnon, Dany Lefrançois
Scénographie et conception des marionnettes : Mélanie Charest
Éclairages : Éric Asselin
Conception sonore et musicale : Guillaume Thibert
Conseil aux ombres : Alain Lavallée

5 mars au 3 avril
Maison Théâtre,
245, rue Ontario Est

Billetterie : (514) 288-7211 poste 1