jeudi 11 février 2010

Splintergroup - Roadkill

Par Yves Rousseau

Avec Roadkill le thriller-spaghetti et le road-movie bédéesque croisent thérémine sur country rock dans milles et une variation autour de la panne automobile sur nocturne imaginaire...

Crédit : Jeff Busby

À bord d'une vieille Corolla rouge datant des années 80, un jeune couple tombe en panne sur une route isolée dans la langueur l'arrière-pays australien. D'abord émoustillé et libidineux de leur isolement, leurs ébats charnels se transforment en surréels crapahutements dans un univers déconstruit et fantasmagorique déformé par la peur, un délire imaginaire introduisant un inquiétant troisième personnage.

Thriller-spaghetti, road-movie bédéesque sous potache horrifique aux sonorités de thérémine sur country rock, Roadkill est un objet ludique tablant sur les jeux de perspectives, d'apparition,  d'espace, de lumière, en multipliant moult délires autour de la thématique de la panne automobile. Les limbiques variations en récurrences jouent avec le cliché de films de série « B » (dont on table sur le climat surfait, en clin d'oeil), du psychopathique habitant imprévisible, en passant par poursuites paniques en crescendo surréel où réalité, loi gravitationnelle s'envolent sur les ailes de ce frénétique imaginaire halluciné, comme lorsque l'esprit s'emballe dans la dantesque solitude nocturne aux bruits inquiétants...

Crédit : Jeff Busby

La spartiate scénographie comprend une voiture à jardin, et une cabine téléphonique au blafard scintillement suggestif à cour, les défilements routiers étant suggérés par quelques accessoires portés au pas de charge, sur effets sonores contextuels, nombreux en l'occurrence.

On déplore hélas saturation : avec une exposition qui s'éternise, puis récurrence du geste sur récurrence thématique, comme d'éternelles variations sur un même thème. La maigreur de la substance théâtrale ne se contrebalance pas toujours de son décharnement par effet de bombance chorégraphique, et quelques numéros bien exécutés tombent rapidement dans le même principe de prévisibilité. Le propos tourne en rond et lasse : soixante-quinze minutes qui paraissent s'éterniser. De la danse-théâtre supposée, que voilà peu de l'un ou de l'autre, sous le mince trait d'union du pastiche cinématographique galvaudé.

Si les voix préenregistrées ou sur-amplifiées peuvent en certaines oeuvres parfois bien servir la force du témoignage, elles plastifient ici l'humanité des personnages, et on se demande pourquoi inclure du texte dans une oeuvre si ses interprètes ne l'incarnent pas in vivo ou si le concept n'en est pas plus porteur : les arts de la scène, et en particulier la théâtralité ne doivent-ils pas être porteur d'une humanité authentique et organique, avec les interprètes comme courroie de transmission?

Roadkill est une oeuvre qui outre le quelques belles images et périlleux mouvements (comme la cabine téléphonique en apesanteur), semble offrir bien peu de matière à se mettre sous la dent, et laisse bien peu de traces.

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Production de Splintergroup, Brisbane Powerhouse et Dancenorth
Création des chorégraphes/interprètes Gavin Webber, Grayson Millwood et Sarah-Jayne Howard

10 au 13 février
Cinquième salle de la Place des Arts
Billetterie : 514.842.2112 ou 1.866.842.2112
www.laplacedesarts.com