Par Yves Rousseau
Avec Silence Radio, la troupe du Théâtre de la Banquette Arrière expérimente l'écriture collective...
Crédit : Luc Lavergne
Sur le plateau, deux latérales rangées de cinq colonnes serties de bouquets de projecteurs encadrent un espace de jeu ouvert, avec centre pourvu d'un immense motif sphérique. Quelques petites plates-formes à roulette, ici avec quelques gréements suggérant radio pirate, et là avec gigantesque escabeau évoquant stratosphérique élévation, promènent les schizoïdes microcosmes suggérés sur éclatements d'âmes errantes dans la kaléidoscopie d'une futurologique postmodernité au bouillant et aride climat. Le leitmotiv conceptuel : la mobilité, un univers instable où tout s'échappe et se recompose incessamment, et où les réalités morcelées paradent, se croisent sous un hallucinés drill surréaliste dans toutes les solitudes du monde. Dénuement de plateau comme grande vacuité du monde.
Atmosphère dantesque, sonorité spleenétique pour personnages surfaits, improbables et dramatiquement potaches dont l'anxiété existentielle se croise de futiles étourdissements dans une icaresque course nihiliste vers l'absolu : on y trouve entre autres, une astronaute qui, du haut de son escabeau des cimes et coiffées d'un abat-jour directionnel, se perd dans la philosophique immensité spatiale; un animateur de radio underground tout en verve existentielle; une tronche paranoïde obsédée par les diverses théories de complots; un médium charlatanesque utilisant un Theremin; et une ectoplasmique jeune fille gothique qui entre divas en fantôme, s'autoflagelle la vie de morts corbeaux.
Et l'écriture? Collective, en inégalités profondes et en confusions concaténées, du sublime au ridicule, avec de superbes envolées poétiques côtoyant désolants ânonnements de vérités de La Palice et énoncés mystico-béotiens au chamanisme affecté. Comme une œuvre assemblée prématurément en son état d'ébauche, l'approximation textuelle et le flou globalisant des intentions d'écriture diluent les multiples pistes prometteuses, avec des intentions de jeu découlant des mêmes errances : si quelques rôles semblent un peu plus cernés, habités, la plupart des personnages ne semblent pas avoir été trouvés, et une solide équipe de talents confirmés, patauge.
La pièce semble alors procéder d'une fuite vers l'avant, d'un rattrapage périlleux, et la mouvance éclatée de la mise en scène qui tente tant bien que mal de coller les discernables modules et d'en symboliser la substance en la faisant ressembler un tant soit peu à la thématique annoncée (qu'on cherche), ne fait que mettre en exergue les inégalités et la confusion. Certains emprunts, comme d'hitchcockiens oiseaux de morts, semblent assez gros, et insistants de récurrences.
Créer une œuvre collective tient aujourd'hui, pour beaucoup de compagnies, de l'exploit, tellement l'horaire atypique et chargé des artisans rend difficile le travail communal, entend-on souvent dans le milieu. Et c'est exactement l'impression que donne Silence Radio : un travail vraisemblablement opéré par sous-groupe, fragmenté, avec certes plusieurs morceaux de choix, mais dans un assemblage alambiqué - écriture pas assez mûrie pour définir personnages, offrir ancrage aux comédiens, mettre en exergue la substance annoncée, et supporter les éclectiques éclatements d'une mise en scène qui ne pouvait faire de miracle.
En résulte une œuvre qui semble maladroite, et dont les intentions d'écritures originales se perdent.
Atmosphère dantesque, sonorité spleenétique pour personnages surfaits, improbables et dramatiquement potaches dont l'anxiété existentielle se croise de futiles étourdissements dans une icaresque course nihiliste vers l'absolu : on y trouve entre autres, une astronaute qui, du haut de son escabeau des cimes et coiffées d'un abat-jour directionnel, se perd dans la philosophique immensité spatiale; un animateur de radio underground tout en verve existentielle; une tronche paranoïde obsédée par les diverses théories de complots; un médium charlatanesque utilisant un Theremin; et une ectoplasmique jeune fille gothique qui entre divas en fantôme, s'autoflagelle la vie de morts corbeaux.
Et l'écriture? Collective, en inégalités profondes et en confusions concaténées, du sublime au ridicule, avec de superbes envolées poétiques côtoyant désolants ânonnements de vérités de La Palice et énoncés mystico-béotiens au chamanisme affecté. Comme une œuvre assemblée prématurément en son état d'ébauche, l'approximation textuelle et le flou globalisant des intentions d'écriture diluent les multiples pistes prometteuses, avec des intentions de jeu découlant des mêmes errances : si quelques rôles semblent un peu plus cernés, habités, la plupart des personnages ne semblent pas avoir été trouvés, et une solide équipe de talents confirmés, patauge.
La pièce semble alors procéder d'une fuite vers l'avant, d'un rattrapage périlleux, et la mouvance éclatée de la mise en scène qui tente tant bien que mal de coller les discernables modules et d'en symboliser la substance en la faisant ressembler un tant soit peu à la thématique annoncée (qu'on cherche), ne fait que mettre en exergue les inégalités et la confusion. Certains emprunts, comme d'hitchcockiens oiseaux de morts, semblent assez gros, et insistants de récurrences.
Créer une œuvre collective tient aujourd'hui, pour beaucoup de compagnies, de l'exploit, tellement l'horaire atypique et chargé des artisans rend difficile le travail communal, entend-on souvent dans le milieu. Et c'est exactement l'impression que donne Silence Radio : un travail vraisemblablement opéré par sous-groupe, fragmenté, avec certes plusieurs morceaux de choix, mais dans un assemblage alambiqué - écriture pas assez mûrie pour définir personnages, offrir ancrage aux comédiens, mettre en exergue la substance annoncée, et supporter les éclectiques éclatements d'une mise en scène qui ne pouvait faire de miracle.
En résulte une œuvre qui semble maladroite, et dont les intentions d'écritures originales se perdent.
Impeccables ingrédients, mais pâte pétrie trop rapidement pour lever.
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Texte : Le collectif de la Banquette
Mise en scène : Geoffrey Gaquère
Assistance : Stéphanie Capistran-Lalonde
Distribution : Amélie Bonenfant, Sophie Cadieux, Rose-Maïté Erkoreka, Mathieu Gosselin, Patrick Hivon, Jean-Sébastien Lavoie, Anne-MarieLevasseur, Lise Martin, Éric Paulhus
Décors et costumes : Marc Senécal
Conception sonore : Philippe B.
Éclairages : Erwann Bernard
18 fév. au 6 mars
Espace Libre
1945, rue Fullum
Billetterie : 514-521-4191
