Par Yves Rousseau
Qui ne connaît pas la Ligue Nationale d'Improvisation? Présente depuis plus de trente années, elle offre toujours un superbe espace d'imaginaire en forme de patinoire dont les règles d'arbitrages sont calquées sur celle du hockey. Pour notre plus grand plaisir, la tradition se poursuit.
Tous entonnent l'hymne solennel (Crédit : Frédéric Blais-Bélanger)
Mondialisée et omniprésente avec moult ramifications entre autres en milieu scolaire, la LNI est dans les multiples formules qui s'en inspirent ou la reproduisent souvent la première source d'exposition à la pratique théâtrale pour toute une jeunesse : ce formatif et civique espace d'humanité offre un lieu d'épanouissement et de croissance, tremplin à bien des vocations artistiques. Si les ligues d'improvisations amateur sont au hockey mineur ce que ce que la LNI est à la Ligue Nationale, le but ultime de tout joueur émergeant est donc d'y être repêché et... d'y rester!
Le lundi 15 février avait donc lieu le lancement de la 32e saison de la LNI, relogée pour la première fois depuis 1997 (au 1225 St-Laurent) suite à la récente fermeture du Medley. Le match inaugural fut remporté au compte serré de 5 à 4 par l'équipe des Oranges, qui après avoir outrageusement dominé la première moitié de la soirée jusqu'à mener 3-0, virent l'équipe des jaunes procéder d'une belle remontée avant de s'incliner, après une enlevante égalité de fin de partie.
Une effervescente joute, en montagne russe de rythme et d'écoute, où de sublimes constructions en pure synergie (surtout en courte forme) côtoyèrent certaines constructions intéressantes mais parfois légèrement plus laborieuses, au jeu gros, et certainement cabotines : un premier bris de glace procédant de quelques rodages et où quelques pénalités, entre autres pour confusion, furent de part et d'autre parcimonieusement distribuées.
Une atmosphère de kermesse rigolarde sous assourdissante musique, colorés effets d'éclairages et festive animation chauffait la salle, créant de facto un climat délirant parfaitement propice aux improvisations dans toutes les couleurs de l'humour mordant, satirique et parodique, en toute opposition à la texture dramatique essentiellement envisagée (quand présente) comme manœuvre de contre-effet au service d'un rire grinçant, néanmoins souvent très lucide.
Anne-Élisabeth Bossé (Crédit : Frédéric Blais-Bélanger)
Les constructions dyadiques initiées étaient fréquemment articulées autour de la notion de couple dans toutes ses déclinaisons et post-modernes dérives. Parmi les meilleurs moments de la soirée, on trouve :
En introduction, dans une improvisation mixte de huit minutes à la David Mamet, une lecture particulièrement vive et savoureuse de la thématique « La Crise du Mâle », où la crise identitaire se mâtine d'une parodie de la confusion des rôles en redéfinition, homme rose contre femme masculinisée, un puissant et savoureux délire où la guerre des sexe et l'éclatement du couple se symbolise d'une... décapitation à la hache.
Marie-Soleil Dion et Réal Bossé (Crédit : Frédéric Blais-Bélanger)
Plus tard, fin deuxième période, l'équipe des oranges se signale dans une comparée ayant pour thème « Entre la vie et la mort », superbe dialogue vaudevilliste entre Simon Boudreault et Laurent Paquin dans une savoureuse maîtrise du rythme et du « one-liner ». Boudreault y incarne la mort, débordée et confuse, qui rend visite à un Paquin trépassé incarnant l'absurde bonne poire : la mort sonnant à la porte d'une voix caverneuse de s'exclamer « ton heure a sonnée », puis la poire de répondre « mais c'est vous qui avez sonné... », et tutti quanti dans une zanniesque suite en action-réaction déchaînée...
En fin de match, « Dernière chance pour l'Amérique » (7 minutes) matérialise un savoureux voyage dans l'imaginaire surréel et absurde de symbolisme, où deux cloches traversant l'atlantique en chaloupe croisent l'espace d'intériorité d'un auteur dont l'œuvre est contenue par le bouquin tenu par une statue de la liberté...
Laurent Paquin et Patrick Drolet (Crédit : Frédéric Blais-Bélanger)
La nouvelle salle, nettement plus intimiste, offre des conditions de proximités hautement conductives du flux dramatique, presque troublantes.
Intéressante soirée initiale où la relève eut la chance de révéler un redoutable potentiel, mais qui fut parfois plus nettement soutenue par les vétérans, avec une certaine maturité d'écoute et de construction. C'est très prometteur, et il y à la sans aucun doute toute la matière, après une normale courte période de calibration relative à la salle et aux équipes nouvelles, pour une solide saison.
Les trois étoiles du match furent, Laurent Paquin, Anne-Élisabeth Bossé et Anaïs Favron.
À voir!
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Les Jaunes : Benoît Chartier (entraîneur), Jean-François Aubé, Luc Senay, Réal Bossé, Florence Longpré, Anne-Élisabeth Bossé et Maryvonne Cyr
Les Oranges : Sébastien Rajotte (entraîneur), Simon Boudreault, Laurent Paquin, Patrick Drolet, Ève Duranceau, Marie-Soleil Dion et Anaïs Favron
Musicien : François Therrien
Arbitre : Alexandre Cadieux
Maître de cérémonie : Jan-Marc Lavergne
Informations et billetterie : www.lni.ca



