Par Yves Rousseau
Brillant, totalement lumineux et vivant, le dernier opus du Cycle Américain du Théâtre de L'Opsis est une charge éminemment lucide, riche d'un mordant humour mais aussi empreint d'un profond amour et d'une sensible humanité face à un territoire d'existence vibrant de tous les paradoxes et errances de toutes nos américanités.
Crédit : Suzane O'Neill
Devant vous, sur sobre fond de de scène sombre, trois chaises au motif de drapeau américain trônent sur un transversal praticable étroit. Quelques microphones, puis deux autres praticables en avant-scène. Cinq auteurs, cinq plumes, cinq univers et cinq réalités convergentes se matérialiseront par alternance parfois quasi performative, en chassé-croisés très découpés, rythmés, par simples conventions territoriales et climatiques transitions lumineuses, transitions parfois soutenues par l'interprétation en chorus de chansons engagées issues des auteurs-compositeurs Martin Léon (I'm a Toy, I'm a Toy), Émilie Proulx (Les États) et Richard Séguin (In god we trust), en parfait écho de la thématique.
Mais quelle thématique? Après avoir exploré les divers temps d'être de l'américanité, le Théâtre de l'Opsis conclu son cycle américain avec humour noir et bien grinçant nous propulsant à la post-moderne ère Obama : d'une part, celle de relents de conservatisme de l'Amérique profonde sur progressiste utopie condamnée du « Yes we can », dans une déliquescence désabusée du rêve américain déchu, sous l'aftermath du 11 septembre et apothéotique écrasement économique des figures de proue de l'ancienne économie; d'autre part, les dérives sur l'américanité et le rêve brisé américain sont mises en parallèle avec notre propre rêve national avec tableaux sur la québécitude dans toute sa satellitaire, dilemmique et schismatique identité face à l'américanité (et l'américanisation), schizophrénie existentielle bellement résumée par les paroles de la chanson de E. Proulx (...Américain, pis pas pantoutte... j'aime les états, je les haïs).
Mais quelle thématique? Après avoir exploré les divers temps d'être de l'américanité, le Théâtre de l'Opsis conclu son cycle américain avec humour noir et bien grinçant nous propulsant à la post-moderne ère Obama : d'une part, celle de relents de conservatisme de l'Amérique profonde sur progressiste utopie condamnée du « Yes we can », dans une déliquescence désabusée du rêve américain déchu, sous l'aftermath du 11 septembre et apothéotique écrasement économique des figures de proue de l'ancienne économie; d'autre part, les dérives sur l'américanité et le rêve brisé américain sont mises en parallèle avec notre propre rêve national avec tableaux sur la québécitude dans toute sa satellitaire, dilemmique et schismatique identité face à l'américanité (et l'américanisation), schizophrénie existentielle bellement résumée par les paroles de la chanson de E. Proulx (...Américain, pis pas pantoutte... j'aime les états, je les haïs).
Crédit : Suzane O'Neill
Ainsi, la mosaïque continentale se matérialise par fragments, une kaléidoscopie riche et puissante, remplie de verve espiègle, mais aussi de toutes les blessures du temps : sans trop en révéler, voici quelques pistes...
Dans un délirant pastiche bien senti basé sur la série originale de « Batman » (impliquant tous les acteurs), François Archambault propulse dans la déchéance des super héros ringards et dépassés : pour une Amérique post onze septembre ébranlée qui ne se croit plus vraiment dans sa mythologie, et qui s'en cherche une nouvelle, une quête de bigger and better réactionnaire aux changements de ses fondements et à la montée Obama...
Avec une satire incroyable du carriérisme, du consumérisme et de la vacuité d'un « american way of life », Michel Marc Bouchard oppose deux cadres d'ici largués par leur entreprise et qui se cachent avec leur fille dans leur sous-sol pour prétendre prospérité et voyage prestigieux : complètement brainwashé par les corporatifs dogmes de quête du succès et de l'image, leur discours étale dans toute sa rigolote tristesse tout le dérisoire de la globale banlieue aux voisins gonflables, en l'opposant à sa conséquence, une jeune ado complètement formatée par le consumérisme et la sursexualisation. Tordant (De Léan, Rousseau, Thibault).
Crédit : Suzane O'Neill
Avec l'esprit décapant et acide qu'on lui connait, Catherine Léger oppose deux sœurs qui par leur propos polarisent un discours sur l'identité québécoise, et sur moult errances face à la question nationale : la plus jeune, fleur bleue, rêve encore au pays, se marie, encore, fait des enfants, encore, sous les assauts désillusionnés et sarcastiques de l'aînée. Cyniquement lumineux, richement éveillé, le discours éclaire un état des lieux d'une épouvantablement délicieuse luminescence révélatrice où tout y passe, de l'identité au couple (de Léan, Thibault). Scalpel.
Finalement, Pierre-Yves Lemieux matérialise une tribune populaire où les cancans en témoignages isolés de villageois américains « qui aiment que les gens se mêlent de leurs affaires » tissent toute la substance réactionnaire d'une certaine Amérique profonde bien pensante et riche d'ataviques conflits. Puissante induction, étalage de sens des non-dits, grattage du vernis social et exposition paradoxale d'une certaine laideur dans la beauté, de la petitesse dans la grandeur.
Brillant, profondément intelligent, mais totalement accessible, bellement joué dans de subtils dosages du potache et de la caricature festive, totalement lumineux et vivant, le dernier opus du Cycle américain est une charge éminemment lucide, riche d'un mordant humour mais aussi empreint d'un profond amour et d'une sensible humanité face à un territoire de vie et d'existence vibrant de tous les paradoxes et errances de toutes nos américanités.
À voir absolument!
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Textes de François Archambault, Michel-Marc Bouchard, Jasmine Dubé, Catherine Léger, Pierre-Yves Lemieux, Martin Léon, Émilie Proulx et Richard Séguin
Mise en scène de Luce Pelletier
Comédiens : Catherine De Léan, Jean-François Nadeau, Benoit Rousseau, Marie-Hélène Thibault
Assistante m.e.s : Claire L' Heureux
Scénographie : Olivier Landreville
Costumes : Daneil Fortin
Éclairages : Jocelyn Proulx
Conception sonore et direction des chœurs : Catherine Gadouas
Du 23 février au 13 mars 2010
Au Théâtre Prospero
1371 rue Ontario Est
Billetterie : 514-526-6582


