Par Yves Rousseau
Avec Les Essais d'après Montaigne, le Loup Bleu nous fait son petit... cinéma.
Crédit : Marco Dubé
En pleine révolution de l'information et des nouveaux médias, alors qu'écrits et pensées circulent en accéléré, on assiste plutôt qu'à un dialogue, à un clivage entre discours fondamentalistes, entre autres religieux. Belle description d'aujourd'hui vous pensez? Que nenni : nous sommes au début de la renaissance, et même paradoxe, pendant que l'imprimerie de Gutenberg décloisonne la circulation des écrits et propulse celle des idées, la France se déchire de guerres entre huguenots et catholiques. Comme l'histoire se répète...
Ainsi, après Voltaire, la Bible et Descartes, c'est ici un Montaigne modéré d'humanité traversant ces troubles années gravitant autour du Massacre de la Saint-Barthélemy que visite notre Loup-Bleu national, dans un survol éclectique et rocambolesque d'une époque dont les errances d'alors parlent de celles d'aujourd'hui, avec parfois de troublantes concordances ici mise en exergue de façon assez engagée. Solide d'une grande tradition d'occidentale philosophie (Aristote et compagnie), la pensée de Montaigne, par son humanisme éclairé et par la lucidité du regard qu'il porte sur une époque en germe de modernité, s'élève contre un clivage idéologique qui n'est souvent que résultat de lutte de pouvoir, et prône ouverture, tolérance, justice et droits humains.
Ainsi, après Voltaire, la Bible et Descartes, c'est ici un Montaigne modéré d'humanité traversant ces troubles années gravitant autour du Massacre de la Saint-Barthélemy que visite notre Loup-Bleu national, dans un survol éclectique et rocambolesque d'une époque dont les errances d'alors parlent de celles d'aujourd'hui, avec parfois de troublantes concordances ici mise en exergue de façon assez engagée. Solide d'une grande tradition d'occidentale philosophie (Aristote et compagnie), la pensée de Montaigne, par son humanisme éclairé et par la lucidité du regard qu'il porte sur une époque en germe de modernité, s'élève contre un clivage idéologique qui n'est souvent que résultat de lutte de pouvoir, et prône ouverture, tolérance, justice et droits humains.
Crédit : Marco DubéPlutôt que par le théâtre, c'est par une soirée de cinéma muet sonorisé par un accompagnement performatif avec musique et répliques in vivo que se matérialise le propos. Sur le plateau déshabillé du théâtre d'aujourd'hui, écran central et microphones accueillent quelques comédiens qui, dans un relatif statisme du geste, observent un moniteur afin de faire plus ou moins concorder les répliques avec les mouvements des guignols : en quelque sorte un peu comme pour une séance de doublage. Aux voix amplifiées s'ajoutent les effets de bruitisme et quelques interventions à tendance musicale (fanfare guitare et batterie) aussi ironiques, espiègles et potaches que l'ensemble.
Les pérégrinations historiques et technotroniques de Montaigne, filmées sous quelques pastiches de signatures stylistiques, sont bien sûr un trésor de trouvailles : s'y déchaînent figurines, marionnettes à gaine et à tige, avec variation de style et de pratique, surréels jeux de décalages et d'anachronismes, puis moult mises en abîme par des caractères s'échappant parfois du cadre et envahissant l'espace de création.
Oui, c'est délirant et lucide, oui c'est ludique et rigolo, oui l'organique des voix vivantes a (heureusement) un impact certain (malgré l'amplification) : du vidéo enrobé d'une certaine théâtralité ? Le côté incarné (par l'osmose habitée du manipulateur in vivo) semble éludé par la distanciation vidéo, et toutes ces abracadabrantes trouvailles avec manipulations extravagantes de maquettes et de décors sur jeu marionnettique, semblent privées du périlleux équilibrisme vivant unique à la présence totale, de cet espace contra-technologique plein d'une humanité véritable du théâtre vivant. Ici, est-ce le vidéo qui accessoirement supporte le jeu, ou est-ce le jeu qui complète l'image?
Original, prolixe et engagé, la joyeuse, mais hautement révélatrice proposition du Sous-Marin Jaune éclaire notre trouble humanité de ses éternelles errances récurrentes, selon une approche où minutieuse recherche et substantiel texte évitent pourtant totalement tout didactisme par le rire qui instruit, mais dans une forme hybridée d'un média qui versus le théâtre est déjà bien hégémonique...
De la cinématographie originale, sous satellitaire théâtralité... instrumentalisée ?
___________________________________
Texte : Loup Bleu, Michel Tanner
Mise en scène et interprétation : Jacques Laroche
Interprétation : Antoine Laprise, Béatrix Ferauge, Guy Daniel Tremblay, Annie Darisse
Décor : Christian Fontaine
Marionnettes : Isabelle Larivière, Marie-France Larivière
Caméra et montage : Marco Dubé
Costumes : Isabelle Chevalier
Éclairages : Christian Peuckert
Musique : Éloi Baudimont
16 février au 6 mars 2010
Théâtre dAujourd'huii
3900 rue Saint-Denis
Billetterie : 514 282 3900

