Par Yves Rousseau
Avec The Daily Miracle, le journaliste David Sherman s'attaque à l'actuelle crise médiatique : une salle de rédaction, puis quatre journalistes et un quotidien en pleine déliquescence face à la concentration de presse et autres post-modernes errances. Actuel, cinglant et passionnant théâtre lucide et engagé.
La scénographie hyper réaliste et imposante transformant de façon ahurissante l'espace du Bain St-Michel en salle de rédaction, par sa nature résume de facto la précarité de la situation : en avant plan, jouxtés de caisses de documents et étagères pêle-mêle, seuls quelques-uns des bureaux arborent l'habituel fouillis de paperasses et d'épreuves sous le clignotement psychédélique des écrans d'ordinateur. Les autres cubicules sont visiblement en train d'être vidés.
Nous somme aujourd'hui, maintenant, en pleine crise médiatique, et la poignée restante de journalistes d'un quotidien, ne sachant même pas s’ils auront un emploi le lendemain, sont à l'affût de la moindre nouvelle issue du conglomérat à concentration de presse qui les contrôles : tout cela en tentant toujours désespérément de combler les pages de la prochaine édition, en contournant une mosaïque de contraintes tant personnelles que corporatives. Quatre journalistes dans les miasmes derniers de ce que fut une glorieuse époque survivent au jour le jour , dans une inconditionnelle et paradoxale relation d'amour-haine dépendante envers leur métier.
Nous somme aujourd'hui, maintenant, en pleine crise médiatique, et la poignée restante de journalistes d'un quotidien, ne sachant même pas s’ils auront un emploi le lendemain, sont à l'affût de la moindre nouvelle issue du conglomérat à concentration de presse qui les contrôles : tout cela en tentant toujours désespérément de combler les pages de la prochaine édition, en contournant une mosaïque de contraintes tant personnelles que corporatives. Quatre journalistes dans les miasmes derniers de ce que fut une glorieuse époque survivent au jour le jour , dans une inconditionnelle et paradoxale relation d'amour-haine dépendante envers leur métier.
Elizabeth (Ellen David)
Marty (Arthur Holden)
On pense à Orwell et 1984, et aux prémisses du néo-libéralisme sur montée du corporatisme comme moteur de l'effondrement de la société civile, avec la marginalisation des intellectuels et de la libre pensée, de la liberté de presse : prémisses qui, si étant encore relativement absentes de la vie publique, semblent dans cet opus se matérialiser pernicieusement à l'intérieur des environnements contrôlés d'empire corporatifs. À la différence près que le texte de Sherman ne se veut pas fantaisie, mais vraisemblablement fidèle synthèse dramatisée d'un certain état de fait médiatique, social et démocratique avec charge de dénonciation sur inertie collective.
L'âme du journalisme et de sa glorieuse époque est incarnée par Roland, un ancien typographe canadien-français qui mis au rancart par la technologie, qui a été recyclé en concierge. Son anti-thèse est Benjamin, un chef de pupitre cynique et inerte, gardien de l'odieux secret du devenir collectif, qui face aux idéaux de ses collègues réagi entre autre de ces quelques perles : "we are all whores - you yake the money, you play the game" ; « i work for the news desk, i don't know anything ». Fils déchu d'un ancien journaliste vedette, il est les lendemains qui déchantent du journalisme et sa passivité-agressive inertie fataliste l'oppose à ses collègues : d'abord au correcteur Marty de retour d'un burn-out avec son attirail de pilules, qui manie le cynisme et le sarcasme délirant dans toutes les déclinaisons géniales et lumineuses du beau verbe et de l'humour noir - une occasion en or pour l'auteur de faire, par cette langue métaphorique du ras-le-bol sublimé, passer ses lignes éditoriales; puis sa collègue monoparentale hystérique, cyclothymique et idéaliste, qui entre deux téléphones de sa gardienne, les courses, un accès de fièvre du petit, et trois millions d'appels liés au boulot, tente au travers de son horaire de fou, encore, de faire du journalisme d'enquête et d'élucider les manœuvres interlopes de la compagnie, avec un certain appui de la calme, lucide et charnelle stagiaire férue d'informatique et de nouveaux médias, qui incarne peut-être la perspective des temps à venir dans la métamorphose de l'information.
Benjamin (Howard Rosenstein)
Essentiel, cinglant et passionnant théâtre lucide et engagé et branché sur son époque comme on en voit surtout du côté anglophone de la scène québécoise, et qui se penche sur un des poumons de la démocratie : la liberté de presse.
Une pièce très importante, qui pose d'incontournables questions.
À voir!
NDLR : La pièce est en anglais
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Texte : David Sherman
Mise en scène : Guy Sprung
Interprétation : Arthur Holden (Marty), Ellen David (Elizabeth), Howard Rosenstein (Benjamin), Sheena Gazé-Deslandes (Carrie) et Jean-Guy Bouchard (Roland)
Costumes : James Lavoie
Lumière : Eric Mongerson
Conception sonore : Julien St-Pierre, Kathryn Cleveland
Régie : Michael Panich
Production : Infinitheatre
26 janvier au dimanche 14 février
Billetterie : 514-987-1774
Bain St-Michel, 5300 rue St-Dominique, Montréal
www.infinitheatre.com



