lundi 22 février 2010

Chronique de la relève : Douleurs fantômes, de Mireille Mayrand-Fiset - École Nationale de Théâtre

Par Yves Rousseau

Avec Douleur Fantôme, la post-moderne solitude des lendemains qui déchantent d'une tranquille révolution, croise existentielles errances, terreur, violence et mort, comme se peint vanité : vanitas vanitatum, omnia vanitas...

  Marilyn Castonguay et Simon-Pierre Lambert (Crédit : Maxime Côté)


Dans une mayenburgesque climatique qui scénographiquement et même globalement rappelle un certain théâtre contemporain allemand, plane une inquiétante atmosphère et un lapointesque mystique climat glauque et dantesque sous cathodique luminescence hypnotique, pour un puissant texte tordu d'un memento mori halluciné de post-moderne solitude. Voyage au pays de la mort.

 Catherine Audet et Marie-Anne Dubé  (Crédit : Maxime Côté)
Trois réalités en apparence indépendantes exposées en alternance construisent par bribes une seule et même histoire : un certain 20 octobre, il y eu mort d'homme. Il y a, un hôpital et une jeune femme amnésique qu'on interroge; la soeur et la meilleure amie de l'amnésique; puis un policier manchot épris de Fanny, la belle sans mémoire, puis son collègue barbu avec son épouse dépressive dans le cauchemar de leur enfant jadis noyée, lire suicidée. Puis il y a le spectre de Bastien, l'ami trépassé de Fanny.

 Marilyn Castonguay (Crédit : Maxime Côté)

Enquête policière, dérives d'intériorité mâtinée d'au-delà : évanescent, surréellement hagard et errants, les âmes d'existences ectoplasmiques et possédées planent dans l'univers éclaté et morcelé d'un récit en flash-back fragmentés, où tryptique d'existentialités se superposent en peignant le panorama éclaté d'une humanité perdue sur une terre de Caïn.

Marilyn Castonguay et Mickaël Gouin (Crédit : Maxime Côté)

Sur le plateau, sous des éclairages et jeux d'ombres de modernes angles et d'urbaines teintes en clair-obscurs funéraires, se trouvent trois zones conventionnelles dont les frontières sont délimitées par un squelettique et plafonnier système de tuyauterie anti-incendie volontairement révélé : côté cour, la zone salon télé, celle de la réminiscence déchirée d'une mère vautrée de dysthymie dans une causeuse, zappant sa douleur d'une chaîne à l'autre; en centre scène, civière, soluté jouxtent un mortel tunnel aux allures de conduites d'égout; finalement à jardin, quelques accessoires représentent la chambre sororale et amie. Un central panneau en jeu de réflexion et de transparence révèle l'invisibilité, et en supporte l'errance fantastique, avec projection en caméra de vision nocturne : Fanny prend le tunnel et visite  Bastien au royaume des trépassés.

 Marilyn Castonguay (Crédit : Maxime Côté)

Dans la terreur anxieuse de la salle d'attente de la vie, les personnages prisonniers promènent leur nihilisme obnubilé dans un zombiesque existence en forme de rêve éveillé, où une quête de l'autre surfant sur la vague de l'amour triste où violent, s'échoue sur les désertiques plages de la contemporaine urbaine solitude de l'ego-prison. Sous morne postmodernité sur dérisoire rêve de Californie en mantraesque chant récurent de désillusion dans les miasmes putrides des lendemains qui déchantent d'une tranquille révolution avortée, l'étonnante poésie dark et existentialiste de Mireille Mayrand-Fiset trouble et séduit par sa subtile puissance. Prometteur.


E. Blanchette, M. Gouin et M. Castonguay  (Crédit : Maxime Côté)

Les jeunes comédiens portent bellement les surréels personnages déréalisés, dans une belle cohésion atmosphérique dont la palpable signature climatique méphistophélique et psychoïde sous contemporain éclectisme du munchesque cri est parfaitement naturelle au propos.

Écrire sur la mort, comme de la vie se peint vanité : vanitas vanitatum et omnia vanitas...

Voilà certes un exercice des plus formateur, et révélateur de belles promesses.

NDLR – Les spectacles d'école de théâtre sont couverts sous forme d'une chronique, car les comédiens sont toujours en formation.

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Deuxième pièce des finissants de la promotion 2010 de l'ENT 


Texte de  Mireille Mayrand-Fiset
Mise en scène : Christian Lapointe

Avec : Catherine Audet, Étienne Blanchette, Marilyn Castonguay, Marie-Anne Dubé, Mickaël Gouin, Rachel Graton et Simon-Pierre Lambert

Équipe de conception et de production : Cynthia Bouchard-Gosselin* (conception d'éclairages), Julien Brun (assistance à la mise en scène), Mylène Caya (conception sonore), Mylène Chabrol (conception du décor et des costumes) et Guillaume Simard (direction de production).

16 au samedi 20 février 2010
Monument National
1182, boul. Saint-Laurent