vendredi 15 janvier 2010

Théâtre d'Aujourd'hui - Simon a toujours aimé danser - Abat-Jour Théâtre

Par Yves Rousseau

Originalement présenté avec succès au Fringe 2007 de Montréal dans une prometteuse première version, puis retravaillé dans cette toute nouvelle mouture peaufinée, Simon a toujours aimé danser peint de toutes les couleurs contrastées de la douce ironie, la grande fresque existentielle belle et sensible de la vie, du destin, et de la différence.



Crédit : Carolyne Scenna



Intimiste, personnel, sensible, la pièce est un récit de vie dans un tendre clin d'oeil espiègle mâtiné d'autodérision, où les zones sombres s'illuminent de nécessaires rêves d'évasion pour ceux qui, dans l'antichambre de la différence, à coeur vibrant, mais blessé, durent trouver leur chemin.

De forme éclatée, dans une subtile superposition de niveaux de réalité et d'existence, la vie du petit Simon se matérialise par flash-back en sept stations. Le profane croise le sacré, l'absolu le relatif, l'illusion, la réalité, et le rire la meurtrissure. Mais la petite flamme vibrante, espiègle, elle survit : comme vol de liberté, comme ce coeur qui est oiseau de Michel X. Côté, au-delà du bullying, du jugement et du regard d'autrui, Simon danse, il danse et danse encore, la vie. Et s'envole.


Crédit : Carolyne Scenna

Un être sensible, artistique, en jeunesse membre du cœur de l'église de son village,  puis ayant une admiration sans bornes pour Whitney Houston et... Jean-Sébastien Bach. Un univers où on trouve, juxtaposés à sa vie, les mondes musicaux  et destins de ces deux derniers, sur fond judéo-chrétien (iconoclaste et d'une ironie candide) avec la crucifixion du sport comme métaphore d'un formatage imposé à un être différent, avec les étapes de vie comme stations : tenter d'être un joueur de hockey alors que la danse et le chant nous appellent,  pour essayer de « fitter » dans le moule. Muer à douze ans directement sur la scène de l'église de la petite communauté locale pendant une importante chanson, perdre un beau timbre vocal pour en acquérir un nasillard, traumatisme et chemin de croix, deuil, et voilà, on passe à la danse. On ne cherche plus autant sa voix que sa voie, sa place, une façon de vivre sa différence, sa particularité dans un environnement pas évident.

La vie se croise alors de théâtralité, avec cette existence qu'on aimerait crapahuter sous une lyrique musique de film : et si la vie était toujours comme une lyrique musique de fin de film sous le générique de la destinée?

À partir d'une mise en scène qui de rectangulaires pointes  (version 2007) a évoluée ici en plan latéral frontal, le propos mâtiné d'envolées poétiques quasi biographiques, de potache chorégraphies paradoxalement révélatrices, d'oniriques fantasmagories existentielles, et de lipsyncs rigolos, mais tout aussi révélateurs, procède d'un langage incarné dans un geste et une parole riche du sens de l'acte raté, et du non-dit, où silence, hésitations, gestes retenus, parlent. Les flashs rétroactifs tablent sur l'utilisation de la vidéo, avec à jardin une station télé où archives familiales croisent technotroniques figures identificatoires télévisuelles animées — la télé, la gardienne de toute une génération. La métaphore religieuse et la sainteté relative rêvée par un enfant qui se martyrise de sa particularité bafouée et coupable se conjuguent au chemin de croix, en expiatoire prix à payer pour la divergence, et les bleus au corps et à l'âme se bercent d'un recueillement et d'une prière sous le Miserere de Gregorio Allegri. Les premiers émois dans le sens unique du rejet, de la solitude et de l'incompréhension voyagent sur le soliloque désespéré de la Voix Humaine, de Cocteau. Le spleen méditatif et torturé du tout petit et fragile fil de vie papillonne sur l'évanescente brise d'espoir du devenir, bercée par le Spiegel im Spiegel d'Arvo Pärt.

Le choc du formatage viril se matérialise avec tristesse surmontée d'humour iconoclaste sous la métaphore du hockey, avec cette patinoire aux arabesques manœuvre de fuite : là, au mur, sur le croquis de cette aire de jeu surmontant le banc de toutes les ruminations, se dessine le plan de match de la grande évasion, où l'âme captive de l'armure du joueur s'envole vers des horizons de liberté. Après la métaphore de la crucifixion, tracée à la craie au mur côté cour, voici la renaissance, la résurrection. Simon danse sur les horizons sans fin de la musique du verbe, en paroles de liberté.


Crédit : Carolyne Scenna

Certes une belle maturation de la forme, et du propos, beaucoup plus intégrés, et équilibrés.

Un texte très humain, rafraîchissant, authentique, porté avec naturel par S.B. qui possède une belle diction, la profondeur de l'authenticité, et un ton très évocateur : dans l'humilité dénudée du vrai, du témoignage dans la survivance de ce qui nous unie a la vie, de la flamme, de ce qui bat, là en nous : le cœur !  

Bravo !


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Production Abat-Jour Théâtre

Texte, jeu, direction de production et collaboration à la mise en scène par Simon Boulerice
Mise en scène de Sarah Berthiaume
Régie : Tania Perno-Viau

Du 12 au 30 janvier
À la Salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui
3900 rue Saint-Denis

Billetterie : 514 282 3900