dimanche 24 janvier 2010

Les mauvaises herbes, de Jasmine Dubé - Théâtre Bouches Décousues

Par Yves Rousseau

Avec le texte de théâtre jeunesse Les Mauvaises Herbes, Jasmine Dubé aborde avec intelligence,  sensibilité et poésie, le sujet délicat de l'enfance blessée et carencée, dans une touchante œuvre humaniste.


Crédit : Rolline Laporte


La métaphore est magnifique : Flore, une jardinière, la femme-arbre, accueille dans son havre de paix et d'acceptation inconditionnelle les enfants-plantes de la différence, du rejet, et de l'abandon. Mis en pots dans un sol transitoire, elle les arrose d'amour, de compréhension et de lumière, dans l'attente d'une terre d'enracinement : le départ de l'adoption. Entre chaque crise, entre chaque résurgence de blessures, Flore veille, console et réconcilie imperturbablement, toujours là pour ses Mauvaises Herbes.


Crédit : Rolline Laporte

Il y a Lina Perçue, frêle et florale âme (Vesce Jargeau) qui semble, du fait d'une estime et d'une confiance absente, hésiter à vivre; Momo, le pissenlit espiègle, maladroit, inhibé, incompris, qui jongle pourtant avec les mots en cabriole de sens impressionniste; puis Tatou, automutilatoire, qui brise pour ne pas être brisé,  torturé de peur d'abandon dans l'évitement perpétuel du contact,  cela pour éviter d'avoir mal. Trois déclinaisons du manque d'amour, de la carence affective et de l'abandon.


Crédit : Rolline Laporte

Sur le plateau, outre les magnifiques costumes floraux, une scénographie dans des couleurs éclatantes à la Miyuki Tanobe comprend un arrière-plan en semi-transparence à cour, et le cagibi de la dame à jardin, tous peuplés de symboliques lainages roulés ou étalés en myriades d'éclats de vie : ils serviront aux colorés tricots existentiels que Flore offre à ses protégés. Au centre, trois gigantesques pots d'argile verront émerger les protégés. Une musique pianistique intimiste, douce, sage et profonde, voletante d'émotion comme papillons de fleur en fleur, caresse et souligne le propos.


Crédit : Rolline Laporte

Le geste, la chorégraphie du mouvement définitssent étroitement les personnages, et parlent de leurs conflits, de leur état d'âme, en parfait dialogue avec le texte : le concept est très intégré, et surtout équilibré. En effet, si certes les gens oeuvrant auprès de la jeunesse en difficulté  y reconnaîtront une réalité tout à fait familière, il ne faut pas croire que cette pièce soit didactique, psychologisante, affectée : absolument rien à voir avec le psychodrame ou le théâtre d'intervention thématique.

En fait, l'oeuvre distingue par sa finesse, son équilibre dans cette façon de traiter pour un public jeunesse d'une réalité très délicate, très interpellante, et d'en faire quelque chose de beau qui dans un magnifique langage imagé parle d'enfance blessée avec sagesse, dosage et éclectisme : loin de s'enliser dans la lourdeur, l'opus occupe étonnamment les zones de la vie, de la lumière, et de l'espoir, et se sublimes-en quelque chose de tout à fait recevable pour les petits, et bien sûr aussi les grands, en suscitant de surcroît une fine réflexion.

C'est bellement interprété, une belle heure de théâtre jeunesse (7-12 ans) !

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Texte : Jasmine Dubé – Mise en scène : Benoît Vermeulen
Assistance à la mise en scène et régie : Marie-Andrée Lemire
Comédiens : Vincent Bolduc, Monia Chokri, Jasmine Dubé, Hubert Lemire
Décor et accessoires : Jasmine Catudal
Costumes : Marc Senécal
Éclairages : Erwann Bernard
Conception musicale : Anne-Marie Levasseur
Sonorisation : Caroline Turcot
Collaboration aux mouvements : Caroline Laurin-Beaucage
Maquillages : Angelo Barsetti

20 au 31 janvier
Maison-Théâtre
245, rue Ontario Est
Billetterie : (514) 288-7211 poste 1