mercredi 15 juillet 2009

Rituel - Compagnie Nuits d'Encre

Par Yves Rousseau

Avec "Rituel", la compagnie Nuit d'encre pose une couche de vernis aux reflets de comédie sur une fresque illustrant quatre petites tragédies féminines de la vie ordinaire, dans le monde éclaté du troisième millénaire.

Crédit: Josiane Fontaine-Zuchowski

Sur la scène, un ameublement récupéré bigarré composé de fauteuil, table et divan recouverts de courtepointes psychédéliques évoque le salon d'une résidence d'été. Une semi-transparence parfois tendue en avant-scène permet de suggérer le mur et le perron extérieur. Simple et efficace.

Pause. Time off, éclatement, ressourcement. Un petit moment pour soi. Loin. Loin de tout. Surtout. Là, dans cette cabane campagnarde isolée. Les retrouvailles rituelles. Juste oublier, juste être ensemble, encore une fois. C'est que dehors, tout « spinne » de plus en plus vite. Tout éclate. Le boulot, la vie de fou, le temps qui défile à toute allure, les couples aux mille espoirs et aux mille déceptions qui se font et défont, consumérisme relationnel du 21e oblige. Y'a plus grand-chose qui tient, le monde éclate, et il est si facile de perdre pied. Mais parfois, il reste toujours les potes. Les bons vieux potes, perchés dans notre destin comme d'immuables blocs erratiques. Ou les copines, comme c'est ici le cas. Dans le brouhaha existentiel, la gang de filles se retrouve. Un petit moment pour elles toutes seules, un repère dans le temps.

Crédit: Josiane Fontaine-Zuchowski

De la gnole, de la bibine, beaucoup. Du trop-plein, à ras le ponpon, qui s'éclate. On n’arrive pourtant pas à dire. On essaye. On tente. En bribes, les blessures s'éludent, se contournent, s'induisent. Les regards se croisent, s'évitent, et chaque ballon-bouée de confidence rebondit sur le mur de la folie éthylique exutoire. La fête en fausse joie avec le nœud dans la gorge. Mais même fausse, on en a besoin. Par ici la boisson. Les lendemains de veille sont difficiles.

Crédit: Josiane Fontaine-Zuchowski

Quatre solitudes se conjuguent. Seules ensemble, libérées du fardeau de l'image, de moule restrictif de la féminité attendue, sans œil témoin gênant, les âmes se lâchent lousse, et se croisent, parfois, par bribes timides s'évaporant de calembours et de grivoiseries, promenant leur féminité selon le même type de retenue émotive pudique tout en contournement et paraboles, et avec une dynamique d'occupation de l'espace et de langage corporel empruntant étrangement à ce qu'on retrouve normalement chez un groupe d'homme, en voyage de pêche, par exemple. Est-ce directement lié à une intention d'écriture d'une jeune femme de la nouvelle génération, aux intentions de cette mise en scène masculine, toujours est-il que le tout, par osmose, semble souffler un certain air du temps? La différence s'exprime.

Loin les réunions de filles typiques des 70's, en cris joyeux et en confidence sensibles, réunis autour d'une tâche ou d'un événement prétexte : depuis la Révolution tranquille, et cette première génération à quitter rôles traditionnels et maternité atavique, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Quarante ans et deux générations plus tard chez ces jeunes urbaines célibataires — que ça soit pour l'avocate fausse poupoune et son blingbling vestimentaire BCBG, la généreuse nature pâtissière en devenir, puis les deux sœurs, la rockeuse garçonne qui tripe sur les bums, et la sportive professionnelle tribadique endeuillée par la mort de sa conjointe — la famille comme principale préoccupation et conversation et certitude de continuité a fait place au boulot, à la carrière et l'argent avec l'instable quête de l'autre dans le spleen incertain et mouvant des valeurs réinventées dans une époque au tissu social évanescent.

Et tout cela, avec un certain cynisme, est dans le discours des caractères. Comme avec ces magazines féminins en eldorado clinquant de féminitude préfabriquée, et de sur sexualisation suggérée, dans lesquels on semble ne plus se reconnaître. Comme cet hypothétique autre, que l'on se convainc pouvoir trouver, sans trop se croire, presque pour la forme. Comme le fait d'avoir un enfant, un projet vague et lointain qu'on assume sans illusion devoir supporter seule, en soulevant le fait que les unions ne durent plus guère que quelques années, et encore. Comme cette bouffe santé, et l'obsession (et l'esclavage) de l'image et du poids. Avec cette identité à fabriquer dans l'absence de modèle, les personnages errent dans le fonctionnalisme moderne aliénant, cherchent de rares parcelles d'humanité, et se cherchent. Roméo est mort, Juliette aussi, et le moule est brisé. Une étourdissante liberté.

Certes, si on se maintient au premier niveau, voilà une comédie légère, où on ricane et on s'amuse, mais qui autrement s'attaque plus par ce qu'elle suggère que par ce qu'elle dit aux sous-réalités précitées, intégrées de façon intéressante à même la substance des personnages. Oui, c'est une jeune écriture, oui il y a parfois redondance et stagnation entre autres d'effets comiques, mais l'ensemble reste assez animé, agréable, et prometteur, car ayant non seulement le mérite de l'audace iconoclaste, mais aussi celui de s'attaquer à la notion de changement et d'identité en nous propulsant directement dans l'humanité des personnages archétypaux et emblématiques, bien résumés par leurs costumes.

Le jeu est intéressant, particulièrement dans la proxémique et les gestus, même si parfois on en fait peut-être juste un peu trop, et à ce titre le niveau de projection (et de léger sur-jeu) du personnage de la phobique pourrait être légèrement recalibré.

Crédit: Josiane Fontaine-Zuchowski

L'utilisation de projections n'est pas invasive, mais insuffle une touche de nostalgie Tchekhovienne avec cette dérive présentant les protagonistes au temps_béni de l'enfance, filmés en vieux super 8 courant hilares et heureux sur une plage. Tempus fugit, mais le rituel, avec grande beauté, résiste au temps. La trame sonore modulée et climatique emprunte à The Doors, Hendrix, mais aussi au spleen du Velvet Underground et Nico, en passant par le blues suggestif de Buddy Guy, avec parfois d'astucieux mixages, par exemple l'évocation de Western Spaghetti pour la scène de beuverie duelique.

Il y a une grande beauté triste et touchante dans tout cela.

Certainement une jeune compagnie à surveiller, une substance prometteuse, un féminisme réinventé.



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Texte de Marie-Claude Garneau
Mise en scène de Daniel Desparois
Comédiennes : Marie-Hélène Brousseau, Brigitte Laniel, Janie Pelletier, Amélie Robitaille
Assistance à la mise et régie par Camille Hébert-Boisclair
Assistante costumes et décors : Camille Paris
Scénographie et costumes de Daniel Paquette
Éclairages par Josiane Fontaine-Zuchowski

Du 4 au 26 juillet, au Café culturel de la Chasse-Galerie
1255, rue Notre-Dame, Lavaltrie

Billetterie : (450) 887-1035 ou (514) 544-5190

jeudi 9 juillet 2009

I AM I - Dancing Monkey Theatre

Par Yves Rousseau

Avec « I am i», la compagnie « Dancing Monkey » déconstruit forme théâtrale et mythe amoureux en passant par les chemins tortueux
et contradictoires de la voix intérieure.

Crédit : Antoine Yared

Entrons dans le Player's Théâtre, une petite boîte noire de 114 places à plafond bas. Les estrades y occupent deux pans, formant ainsi un « v » ouvert vers l'aire de jeu, elle-même s'étalant à partir de l'angle supérieur de ce losange. Dans cette pointe ouverte vers le public se trouve un monticule rouge valentin haut de quarante centimètres,  dont la crête est ornée de tubercules censés représenter des fraises. Derrière cette chose trône un guitariste-objet et son mac aux accompagnements faisant bellement planer  en étroite symbiose avec les variables climats, des modulations sonores d'une urbanité post-moderne aussi éclatées que le propos et la forme. Quelques tabourets complètent cette scénographie minimaliste encadrée par le décor naturel des murs sombres et dépouillés du lieu.

Là, sur le plateau,  une voix intérieure, la conscience , s'extériorise en stéréophonie :  cette petite voix obsessionnelle, harassante et omnubilante, celle qui analyse, suppute, blâme, critique, en  omniprésente autodispute devant le défi de la Rencontre de l'objet de désir, un événement vécu sous toutes ses promesses d'hypothétiques dénouements, mais aussi sous toute la force de la crainte de l'échec, du rejet. Le grand défi de l'homme du post-féminisme et de la femme nouvelle, une quête amoureuse mille fois réinventée, ici envisagé selon  une théâtralité tout à fait particulière : deux voix, deux hommes pour une âme, exposant peurs, remords, hésitations, une interaction de la portion évoluée et relationnelle de la passion versus l'animalité atavique de la race humaine. La raison rencontre l'instinct.

Prises de bec, obstinations, rixes verbales, comme un « ça » et un « surmoi » modulables, s'interpénétrent d'influence et se transformant l'un en l'autre, dans une valse-hésitation identitaire d'un moi unifié dans de perpétuels morcellements de névroses autocanibalisantes, en éclatements exutoires et auto-destructions coupables. Tous les paradoxes de l'âme humaine au temps des amours domestiqués dans l'évanescence de l'autre sous la déliquescence des certitudes, références et appuis issus de l'éclatement sociétal.

Et comment ça se matérialise cette poursuite? À partir d'une ponctuation d'éclats de rencontres galantes entrecoupées des errances d'intériorités schizoïdes et interrogatoires des deux larrons. On construit l'intrigue en déconstruisant la mécanique de la relation, un Woody Allenesque regard lucide et poignant sur elle et lui dans l'intemporalité de leurs grandes constances sur fond du grand défi urbain et bourdonnant de la postmodernité. Des rencontres avec la belle, en errances dilatoires, voilà un tango d'avancées et de reculs.

Et le jeu de déconstruction se poursuit : les personnages tentent de sortir de leur trajectoire, se placent à l'extérieur du propos, puis toujours en restant ce qu'ils sont, remettent en question le texte, le cadre du jeu, la forme théâtrale , le moule relationnel, et poursuivent en en se volant leurs répliques, brandissant leur script en bravant continuité textuelle et relationnelle , se défiant de ne pas tomber dans le soap-opératique aux rires pré-enregistrés et autres lieux communs des effets de scène. Captif de l'héréditaire, on cherche l'échappée.

Un métaregard sur le théâtre et la culture de masse, sur la vie, sur l'amour ou enfin ce qu'il peut en rester aujourd'hui. Le jeu, la forme et le procédé créent un vortex climatique particulièrement allumé, cruellement lucide, très 21e siècle, dans un ballet occupationnel de l'espace rythmé, punché.

Une véritable pièce d'acteur qui ne pardonne pas, demandant une présence incarnée, dans une mise en abîme perpétuelle, et à ce titre on remarque la performance très intense et habitée de Tristan D. Lalla et George Bekiaris jouant les portions torturées, portions mises en opposition avec une féminitude un peu cocotte, un principe de contraste intéressant, mais qui pêche peut-être un peu par l'inégalité du caractère qui paraît un peu désincarné.

Certainement une écriture très palpitante de Mike Czuba, dont la verve éclatée a trouvé écho dans cette mise en forme éclectique et étourdissante de Larry Lamont.

Stimulant, ironique, dynamique et d'une vision sans compromis, l'éternelle recherche humaine de l'Autre, le miroir de la postmodernité dans la petitesse du temps.

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Texte de Mike Czuba
Mise en scène par Larry Lamont
Assistante à la mise en scène et régie par Allie Smith
Avec Patricia Mckenzie, George Bekiaris et Tristan D. Lalla
Performance musicale sur scène du conception sonore par Tai Timbers
Scénographie et éclairage par Mylène Choquette,
Costumes par Phillip Kadowaki.

Players’ Theatre - 8 au 24 juillet
3480 McTavish
3ême étage

Billetterie :
(514) 369 - 6954

samedi 4 juillet 2009

Santa Mimosa - Théâtre du 450

Par Yves Rousseau

Avec Santa Mimosa, le Théâtre du 450 s'aventure sur le terrain connu d'un certain théâtre d'été


Crédit : Robert Laflamme

L'histoire et la mise en contexte de ce pastiche sont assez simples. Nous sommes dans un feuilleton télévisé kétaine d'après-midi, transposé sur scène. Les principaux personnages? D'abord le domestique obséquieux et muet, puis le gigolo séducteur en série et ses trois conquêtes réunies : la nunuche ménagère ingénue (son épouse) en robe bonbon 50' s, la vedette blasée en grande robe pourpre et bling bling de diva, et finalement la sculptrice en vareuse et béret. Noir, coup de feu ou bruit douteux, et voilà, ciel! le mari_infidèle est assassiné. Dans l'attente du détective Drilden, qui n'en finit plus d'arriver, la panique s'installe et une rixe psychologique entre les trois éconduites s'installe, se lançant la balle dans la quête de la coupable. Trois égéries du cliché, en chorus, presque toujours sur scène: pendant une heure trente, on joue avec l'invraisemblance et le rocambolesque.

La substance comique trouverait en principe sa source dans cette suite d'empoignes verbales visant à trouver la perpétratrice, où, de conseil lié à la recette du succès par la star, en visualisation sculpturale hallucinée de l'artiste, ou encore par l'expression de la quête existentielle de la parfaite ménagère de la nunuche, chacune alterne son aria de flash-back inquisiteurs : alors réintroduit par le domestique, le corps se réanime et meurt à répétition, un chassés croisé étroit avec le temps réel des personnages et les allées venues de leur récit-alibi entre le passé qu'on rejoue et le présent qu'on craint, par simple convention de geste.

Intéressant comme approche de jeux, mais devenant rapidement répétitif et prévisible, et certains effets burlesques galvaudés repris ad nauseam, comme le bruit de vaisselle fracassée lorsqu'un personnage est éjecté de la scène vers les coulisses, n'aident en rien. Si le texte offre certains moments cocasses, avec certains jeux de mots rocambolesques donnant lieu à des surenchères, par exemple lorsque l'actrice donne un quasi-cours de jeu à partir du simple mot tonneau, ces moments semblent reposer essentiellement sur une maîtrise particulière du rythme et du jeu d'expression, et paraissent ici pas encore tout à fait au point. Bien sûr il s’agit d'un texte léger, une comédie d'été, mais même à l'intérieur de ces limites et même sous le couvert d'une parodie de « soap », la substance et le ressort nécessaire au genre se laissent chercher. Après trente minutes, on a épuisé le mince filon, et on redonde.

Il en resterait peut-être un intéressant exercice de style où à partir de ces personnages plus qu'archétypaux, on expérimenterait le jeu volontairement caricaturalement outré, gros, en grande pâmoison affectée et simagrées dramatisantes selon les caractéristiques « psychologiques » parfaitement convenues des personnages, tout cela comme ultime forme d'ironie face au genre d'insipidité télévisuelle en valse clichée dont on se moque.

Mais les comédiens, maintes fois vus dans d'excellentes prestations, on ici fort à faire tellement l'ensemble de l'oeuvre pourrait pour plusieurs paraître scolaire et prévisible. Les acteurs ont beau se débattre, chercher la pose affectée ou l'effet qui pourrait élever la caricature à un deuxième niveau parodique, mais peu d'idéations où de principes de mise en scène originaux ne semblent leur offrir appui, hormis des enchaînements hyper conventionnels. Une scénographie kitsch, réaliste, sans métaphore aucune ne sublime rien.

Un texte datant de plusieurs années d'un jeune auteur dont l'écriture a depuis vraisemblablement beaucoup évolué, avec d'actuels véritables petits bijoux.

Faut-il absolument que le théâtre estival soit du « théâtre d'été », dans le sens consacré du terme?

Le présent ensemble de talents confirmés permet pourtant certes d'infinis horizons créatifs...

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Texte de Marc-Antoine Cyr
Mise en scène de Jean Belzil-Gascon, assisté d’Andrée-Anne Garneau

Comédiens : Francesca Bárcenas, Christian Baril, Evelyne Fournier, Véronique Pascal et Ronny Prévost

Conception sonore : Pavel Maximytchev

Du 2 juillet au 22 août 2009
(jeudis, vendredis et samedis soirs, à 20 h)
Chapelle Saint-Antoine
130, rue Grant, Longueuil (Qc)
Information et réservations : 450 646-6435
ou theatredu450@videotron.ca



mercredi 1 juillet 2009

Les Aventures de Lagardère - La Roulotte

Par Yves Rousseau

Depuis 1953 La Roulotte sillonne les parcs de la ville et offre des spectacles de théâtre gratuits joués par de jeunes finissants du Conservatoire d'art dramatique de Montréal, et de l'École nationale de théâtre. La tradition se poursuit.


Devant vous, dans ce parc, la voilà, cette mythique roulotte. Pourtant, ainsi habillée, point de remorque visible, mais plutôt une surélevée scène principale large d'environ six mètres, et qui avec ses praticables déployés doit au proscenium en faire presque le double. À cour et à jardin, tels des pilastres, deux beiges pyramides tronquées inversées encadrent l'ensemble, arborant des esquisses de faubourgs d'époque. En arrière-plan, une bande supérieure bourgogne traverse horizontalement un univers ( d'une esthétique assez particulière ) imprégné de vert bouteille le tout complété par quelques draperies et pendrioches s'y harmonisant. Toujours dans les mêmes tons, la toiture déambulatoire de l'unité est ceinte d'une massive rambarde elle-même surmontée de cinq aériennes voilures réparties en largeur, en angle ouvert face public. Les nombreux points de fuite sont intensivement exploités, permettant des entrées et sorties à brûle-pourpoint dans une occupation de l'espace intégrale, très éclatée et animée.

L'histoire (adaptée) est simple, directe. Le loyal et preux duc Philippe de Nevers épouse secrètement la jeune et pure Blanche de Caylus, qui lui donne une fille, Aurore. Il s'attire ainsi l'ire de son cousin et unique héritier, le perfide et ignominieux prince de Gonzague qui jaloux, manigance avec son bras droit, l'infâme et ignoble Peyrolles, son assassinat afin de lui prendre fortune et épouse. L'ami de Nevers, le pur, frondeur et courageux Lagardère, orphelin et fine lame élevée par un maître d'armes, le bon et viveur Passepoil, tente de contrer le complot. Mais Nevers est lâchement assassiné, de dos. Laguardère, réussi à marquer cet agresseur masqué à la main afin de pouvoir le retrouver, avant de devoir prendre la fuite avec le bébé, Aurore, poursuivit et traqué par Peyrolles, et ses sbires. Accueilli par une troupe ambulante, il s'y cache et y devient même comédien, et ce jusqu'à ce que la petite atteigne ses dix-huit ans. Sonne alors l'heure de la vengeance et de la vérité, pour Gonzague, qui, fin parleur, vise à épouser la convoitée Blanche , lui faisant croire à la mort tragique et fortuite de son époux et de sa fille. Survient alors un mystérieux bossu, puis les têtes commencent à tomber...

Par le ton et la forme, sur la scène en gentille bonbonnière (mais beaucoup plus sobrement que pour d'autres années) aux couleurs pour le moins atypiques, se transpose une substance théâtrale qui emprunte certes à l'épopée fantasque, romanesque et héroïque du roman de cape et d'épée, mais aussi au climat potache, en clin d'œil complice et bon enfant du guignol : le plateau comme un grand castelet pour marionnettes vivantes. L'influence de la Commedia dell'arte est omniprésente, mais dans une version épurée de ses grivoiseries. Ainsi, pour les caractères masqués, le bon Passepoil et l'infâme Peyrolles, semblent grosso modo évoquer Arlecchino et Brighella, avec parfois une touche d'Il Capitano; l'astucieux et rusé bossu a tout du caméléon de Pulcinella; puis les pleutres soudards sont, bien entendu, des zannis d'une incommensurable bêtise. À partir de la prémisse idyllique entre le duc Philippe de Nevers et Blanche de Caylus les amoureux (bien sûr non masqués) Lagardère et Aurore-la-jeune-femme prennent le relai et développent l'habituelle romance des jeunes premiers.

Finalement, la troupe ambulante de comédiens servant de refuge à Lagardère offre de colorés moments de théâtre dans le théâtre, et ajoutent à la présence narrative ambiante , très soulignés afin de faciliter le suivi. S’il y a certes de nombreuses scènes de combats à l'épée offrant de belles chorégraphies, on élude la violence à partir de systématiques élans de dédramatisation : les tués « meurent » en éclats clownesques complices, et même parfois, s'enfuient en épouvante et reviennent un instant plus tard incarner d'autres de leurs semblables. De plus, comme choix d'approche, la convention théâtrale est aussi autrement exposée, car la pièce, très rythmée dans une succession fiévreuse d'entrées et sorties, oblige les cinq comédiens à de nombreux changements de costumes et de caractères, et si certains peuvent se faire commodément par un tour éclair en coulisse, d'autres par obligation se font directement sur scène, exposant la mécanique théâtrale en offrant une saveur encore plus rocambolesque et cabotine. On touche même parfois au burlesque, avec, entre autres, agonies et fausses morts répétitives « rembobinées » et rejouées en variation.

Si cette précision et ce rythme nécessaires semblent encore légèrement en rodage, l'ensemble atteint déjà un niveau plausible, plus rarement échevelé, avec un palpable compromis pour accommoder un public familial en fonction d'une double contrainte: ne pas perdre ou ennuyer les petits avec une adaptation pour les grands, et conserver l'attention des adultes : certains pourront se demander à quel tranche de public cela s'adresse. La pièce est en train de trouver son ton et son dosage entre vraisemblable versus déconstruction et clin d'œil, puis entre effet comique contre surcharge et cabotinage. La taille de la fresque reste imposante, et le défi relevé, de taille.

Si les personnages sont particulièrement archétypaux, et rendu avec ce jeu grossi typiquement adapté à la spatialité du spectacle en plein air, le caractère d'Aurore est ici éminemment émancipé, volontaire et moderne : elle se bat à l'épée et défait plusieurs vilains, et vend chèrement sa peau. À l'intérieur des règles du genre et des frontières du concept (jouant avec la valse-cliché), les jeunes comédiens font preuve d'une intarissable énergie et d'aplomb en défendant les personnages (dans ce qu'ils permettent) avec festive verve, et expression d'une énergie marquée.

Les costumes et masques sont magnifiques et vivants, avec parfois une touche caricaturale, comme ces blanches perruques vertigineuses d'un synthétique quasi psychédélique qu'on enfile au vu en même temps que le personnage. La musique en jazz manouche Django Reinhardt-esque ponctue efficacement les scènes et se marie parfaitement au rythme.

Une amusante œuvre en progression, intéressante, et qui s'adresse à tous.
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Du 30 juin au 20 août , le spectacle se promène dans les parcs de Montréal, un total de 49 représentations


Comédiens: Patrick Dupuis, Alexandre Landry, Stéphanie Massicotte-Germain, Alice Pascual et Francis-William Rhéaume.

Adaptation et mise en scène par Frédéric Bélanger
Assistance à la mise en scène par Annie Lalande
Conception des décors par Loïc Lacroix Hoy
Conception des costumes par Lindsay Westbrook
Conception des masques par Louise Lapointe
Conception de la bande sonore par Olivier Gaudet-Savard