Avec Isberg, le Théâtre le Clou aborde le sujet du deuil et de la résilience face à la mort chez les jeunes, avec une-pièce sensible, amusante, espiègle et cocasse.
Crédit: spinprod.com
Nous sommes aujourd'hui, ici. Trois adolescents à la petite vie normale doivent faire face à la perte de leurs parents, morts accidentellement. Comme ça, comme ça arrive toujours, bêtement, brusquement, sans préparation ni avertissement. Passé le choc initial, puis l'épreuve du salon funéraire, chacun doit faire l'apprentissage d'une nouvelle vie, d'un nouveau quartier dans une banlieue typique, habitant le sous-sol qu'une famille d'accueil a mis à leur disposition : pas question de s'éparpiller dans des chambres aux étages, être ensemble est tout ce qu'il leur reste, et le défi est de demeurer uni coûte que coûte.
Certes le deuil et la peine font leur chemin, mais chacun y répond en construisant son propre espace de résilience, et s'y bat à sa façon, en chocs et en éclats envers les autres, mais aussi envers la vie : il y a la petite sœur, onze ans, taquine, attachante et marginale, pour qui le conflit se matérialise dans l'art sculptural, avec d'iconoclastes figurines et objets réalisés à partir de matériaux recyclés qui constituent son monde refuge, son propre art thérapie; puis le plus jeune des deux frères, individualiste, planant et fuyant, avec sa guitare électrique, qui met tout cela en musique et paroles et s'amuse avec une morbidité ironique à recueillir dans les médias et lire des histoires de morts particulièrement rocambolesques , sous le mécanisme de défense du cynisme et de la dérision; et finalement, l'aîné, le sportif volontaire et physique , harassé par le poids de sa responsabilité nouvelle de quasi chef de famille et tentant d'éviter le schisme, de gérer les inévitables conflits, un fardeau difficile à porter sur ses jeunes et frêles épaules, avec un trop plein qui s'éclate parfois de bagarres face à la dysfonctionalité normale, banale et quotidienne de l'école, la mesquinerie routinière des pairs et les rivalités animales de clubs sportifs ou il tente de se tailler une place.
Un spectacle sur la mort, la perte et le deuil, certes, mais qui n'est pourtant pas habité par la tristesse. Pas de morbidité, mais plutôt le quotidien dynamique, cocasse d'une fratrie, dans un espace poétique qui symbolise le conflit, et l'expose aux couleurs belles, éclatantes de l'espoir, et de la vie : mettre des mots, nommer, illustrer avec délicatesse certains aspects cruels de l'existence, comme cordages, piolets et crampons permettant d'escalader la grande montagne de la vie.
Et cela prend quelle forme, tout cela? Étonnamment ludique! D'abord une magnifique métaphore scénographique : comme un îlot de glace à la dérive sur les courants d'une vie océanne, l'évocation du sous-sol néo kitsch procède d'une angularité surréelle : un quai en escarpement en « L » ceint de murs est surmonté d'une toiture-voilure. L'ensemble, intéressant, devient fabuleux lorsqu'il se conjugue à la présence des créations (assemblées par le personnage de la cadette) d'animisme sculptural postindustriel formant de quasi-personnages, une fantastique réalisation de l'artiste Nathalie Trépanier.
Les personnages apparaissent initialement en avant scène, dans des costumes évocateurs (parfois de même ton que les sculptures), isolés, dans un halo lumineux, avec une exposition musicale yéyé un peu « sixties » endiablée, et, par la suite leurs prises de bec rocambolesques sur fond de persifflages ironiques seront rythmées et découpées par plusieurs de ces dérives mélodiques pop sous un mineur tonal légèrement spleenétique (et un peu mélo en finale) et des paroles d'intériorité : celles-ci avec peut-être un petit côté éditorial éducatif de circonstance avec thématique aux coutures visibles, juste un peu trop affectée.
Le jeu et l'occupation de l'espace procèdent du même éclatement angulaire que la scéno : sous la puissance exutoire et évocatrice de la musique, le tissage anecdotique des petits bouts de fils de vies en contrechoc de douleur sublimée compose la grande tapisserie iconoclaste tordue et emmêlée d'émotions agies en éclats d'espoir dans une vie qui continue, malgré tout : l'ensemble rejoignant, en étant englobé dans le ton (peut-être parfois juste un peu trop juvénile?), le côté chaleureux et potache des artéfacts existentiels sculptés. L'interprétation plus qu'honorable des comédiens est parfaitement bien au service de la pièce.
Une œuvre avec un cœur grand comme ça, amusante, espiègle et cocasse, qui à partir de la mort parle surtout de la vie, de demain et d'espoir, avec l'importance de dire, de nommer et de partager les choses, puis de se réaliser dans toutes nos différences. Un propos rempli de tact, et d'intelligence, très interpelant.
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Isberg, une production du Théâtre le Clou — (65 minutes)
Texte de Pascal Brullemans
Mise en scène de Sylvain Scott
Comédiens (présentation du RTA) : Maxime Laurin, Philomène Lévesque-Rainville, Guillaume Tellier
Assistance à la mise en scène par Dominique Cuerrier
Interprétation : Marie-Ève des Roches, Alexis Lefebvre et Sébastien Rajotte
Costumes de Linda Brunelle
Lumières par Martin Gagné
Musique de Yann Perreau
Scénographie de Nathalie Trépanier
Environnement sonore et réalisation de Nans Bortuzzo,
La Maison des arts de Laval
1395 boul. de la Concorde Ouest
Billetterie : 450-667-2040.
Présentation de Isberg en tournée :
L’Assomption
29 avril 2009 — 11 h 10
29 avril 2009 — 14 h 20
30 avril 2009 — 10 h
1er mai 2009
Théâtre Hector-Charland
450 589-5583
Terrebonne
4 mai 2009 — 10 h
4 mai 2009 — 13 h
Théâtre du Vieux-Terrebonne
450 492-5514
Joliette
12 mai 2009 — 13 h 30
13 mai 2009 — 13 h 30
Centre culturel de Joliette
450 759-6202
Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec
27 mai 2009 — 13 h 15
Théâtre des Deux-Rives
450 358-0065




















