Par Yves Rousseau
D’abord une scénographie passe-partout : un immense mur-étagère asymétrique crade garni d'artefacts du vingtième siècle, comme ces téléviseurs, qui parfois restitueront, in vivo, les témoignages de fiévreux visages. Ensuite, quelques meubles et accessoires facilement escamotables: on les extrait, puis range dans les anfractuosités du décor. Finalement, une aire de jeu polyvalente, dégagée.
Une équipe passe-partout constituée se sept comédiens se charge de ce baroque assemblage bigarré. L’œuvre, est divisée en deux portions, « A » et « B » : on peut les voir à la suite certains soirs (plus de trois heures), sinon il faut compter deux visites. Même si on passe par tous les états dramatiques, chacune des deux portions semble avoir sa propre tendance.
La portion « A », semble à la base tragi-comique, surfant sur les vagues de l’ironie potache et du cynisme iconoclaste. Globalement, des textes généralement assez substantiels. La situation ancre, revenant de façon récurrente, en transitions, est une tragédie grecque potache et grandiloquente qui s’échoue dans ce casse-croûte, chez Zorba patate, et ses épouvantables personnages acariâtres: l’habituelle verve éclatée d’Olivier Choinière. Puis, plusieurs petites perles, on remarque entre autres : Evelyne de la Chenelière, qui explore l'impossibilité de l'héroïsme dans le pays du confort de l'indifférence; Louise Bombardier plongeant dans l'univers de la carence affective, de la peur enfantine et de la folie; Geneviève Billette qui questionne la folie des télé-réalités et hallucine un rocambolesque et hilarant concours télévisé de naissances compétitives en direct; Simon Boudreault exposant la divine quête de sens de vie d'une chenille et d'un arbre; Marilyn Perreault qui parle d'enfance, de dédales d'innocences et de merveilleux sur cruauté de la mort. Les comédiens , dans cette portion, tirent bien leur épingle du jeu, malgré la multiplication des intentions d’écriture, et l’hallucinant foisonnement d’incarnations.
La portion B semble être constituée d'écritures plus inégales (et parfois inconnues) et/ou peut-être moins bien appréhendées. Plus de comédies brouillonnes, et est-ce à cause de fréquents flous d’intentions, en matière de jeu, on semble se rabattre un peu plus sur l’esprit burlesque, le gros, comme si certains textes plus maladroits étaient plus difficiles cerner pour la troupe. L'ensemble semble moins lié par un concept, plus laborieux, moins intégré. Tout de même de beaux éclats intercalés entre les longueurs : entre autres, on remarque une tragédie surréelle et complètement délirante par Isabelle Leblanc; Dominick Parenteau-Lebeuf démontre que castelet, marionnettes, féminisme et rire peuvent cohabiter; Eugénie Gaillard fait valser césures et hémistiches sous le despotisme en culottes courtes de l'enfance et des carrés de sables.
Globalement on ne peut que souligner le courage des comédiens qui se démènent comme des diables dans l'eau bénite et parviennent à offrir de nombreux bons moments avec ce défi complètement casse-gueule! Et sans doute quel casse-tête pour la metteur en scène, autant d'univers à cerner et conceptualiser, et autant de scènes, avec toute l'organisation que cela comporte, s'enchaînant frénétiquement, au pas de charge!
L'ensemble rafraîchissant, est un bel échantillonnage de talents, mais dans une forme et un assemblage complètement atypique et échevelé, et selon une déferlante qui survole souvent les univers, plutôt que de s'y poser, plus particulièrement pour les contenus dramatiques qui par leur nécessité de profondeur et de développement se prêtent peut-être moins bien à l'ultra court.
Un condensé des deux portions regroupant les meilleurs textes eu sans doute constitué une soirée inoubliable. Dans sa forme actuelle, l'ensemble recèle certes de nombreux moments savoureux, mais la commande n'est-elle pas un peu grosse, ambitieuse pour une seule équipe, même de la meilleure mouture? Je pose la question.
Pris comme tremplin littéraire, laboratoire du beau risque ou justement on peut se permettre d'essayer, tenter, l'entreprise se révèle pourtant comme une essentielle vitrine, un formidable souk d'échange, une plate-forme de communion théâtrale intergénérationnelle, un surréel fourre-tout aux idées bouillonnantes : la parfaite démonstration du rôle essentiel du court qui par sa souplesse permet aux vétérans de s'évader, et aux nouveaux, d'apprivoiser et tâter le terrain.
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Textes : Simon Boulerice, Olivier Choinière, Julie Vincent, François‐Étienne Paré, Josée Plourde, Vincent Bolduc, Dominick Parenteau‐Leboeuf, Anne‐Marie Savoie, Marie‐Christine Lê‐Huu, Philippe Robert, Hugo Bélanger, Isabelle Doré, Eugénie Gaillard, Geneviève Billette, Isabelle Leblanc, Louise Bombardier, Marylin Perreault, François Bernier, Alexandre Goyette, Évelyne de la Chenelière, Martin Laroche et Stéphane Allard, Fannie Bellefeuille, Éloïse Corbeil, Simon Boudreault, Maryvonne Cyr, Christian Vanasse, Emma Haché, Emmanuel Reichenbach, Patrick Drolet, Annie Ranger, Jean‐François Nadeau, Sébastien Guindon, Mathieu Gosselin, Mathieu Plante, Marcelle Dubois et Simon Boudreault.
Comédiens : Fabien Dupuis, Marc Beaupré, Annick Beaulne, Annie Girard, Bruno Piccolo, Sarah Desjeunes, Étienne De Santis‐Savoie.
Scénographie de Fanny Bisaillon‐Gendron
Costume par Patrice Charbonneau
Éclairage d'Émilie Proulx‐Bonneau
Musique par Christian Gagnon
Direction de production : Sophie Brosseau
Concepteur vidéo : Alexandre Boudreault
Assistance à la mise en scène : Josianne Dicaire
Au Théâtre La Chapelle
3700, rue Saint‐Dominique
www.lachapelle.org
Réservations : 514 843‐7738
Le spectacle est offert dans son intégralité ou en deux segments :
Version intégrale : 29 mars, 4 et 11 avril à 19 h
Partie A : 25, 27 et 31 mars, et 2, 7 et 9 avril, à 20 h
Partie B : 26 et 28 mars, et 1er, 3, 8 et 10 avril à 20 h














