vendredi 27 février 2009

La grande machinerie du Monde - Théâtre PÀP - Espace Go

Par Yves Rousseau


Une amitié de gars. Puis les prémisses de la fin d'une ère, d'un siècle, le vingtième. Ensuite, Léonardo Da Vinci et la quête de la grande mécanique du monde de la renaissance. Et, évidemment, une fille, une histoire d'amour. Enfin, le temps qui vrille et éclate en cercles concentriques. Regard kaléidoscopique sur la vie, regard sur une époque.


Nous sommes aujourd’hui, ici. Richard, tombe par hasard sur une installation artistique contemporaine et croit y reconnaitre une représentation de son meilleur ami Christian, décédé à la fin des années 80. L’artiste n’est nulle autre que la fille de ce dernier, Eli, qui jamais ne connut son père de son vivant et n'en découvrit l'existence quà l'année de ses huit ans lorsqu'elle rencontra ses grands-parents paternels pour la première fois. Témoin privilégié de l’histoire d’amour atypique qui ne dura que quelques mois entre Kate, la mère d’Eli, et son meilleur ami Christian, Richard raconte. Rencontre. Échange.

Crédit: Marie-Claude Hamel
Kate, Christian et Richard: éclat de vie sur bord de fleuve...

Un récit alterné de flash-back (1989, année du décès de Christian) sur spleenétique flottements musicaux, du vieux Pink Floyd 67 à 71 planant (genre Careful with that axe Eugene, Bike, Remember): comme les derniers flottements agonisants du 20e siècle. Une époque de laquelle tous on déménagé, sauf Christian, qui l’habite (pour) toujours: un décrocheur au look vaguement sixties qui vit dans l’ici et le maintenant, le concret. Pusher, polytoxicomane, magouilleur errant de désintoxication en réintoxication en passant par des phases de mystiques délires, en cercles vicieux : et pourtant sympa, d’une candeur inculte, et d’une humanité sincère. Comme si sa quête hédonistique hallucinée d'incertitude tranquille faisait du bien à ses improbables amis, beaucoup plus instruits et articulés, et leur donnait ce qu’il ne pouvait trouver ailleurs, et les ramenaient à l’essentiel de la vie : des morceaux de Vrai, le ici, l’ensemble, le maintenant, l'intensité. Time-out existentiel.

Crédit: Marie-Claude Hamel
La rencontre

Dans la grande barque de la vie, sur la grande mer du questionnement, chacun cherche son phare, un sens, même Christian, parfois. Richard, le bon gars typique, plutôt rangé, curieux, politisé, sans histoire est fasciné par l’actualité : nous sommes en 89, c’est Tian'anmen, la chute du mur de Berlin, le monde change, une ère s’éteint et une autre commence, ça, tout le monde le sent, et Richard veut se rendre là où ça se passe pour prendre le pouls de la vie. Kate, étudiante en histoire de l’art, mi anglo-européenne, mi-nord-américaine, d'une désinvolture raffinée et précieuse, s’intéresse à une autre période de transition capitale : elle est fascinée par la renaissance (le sujet de sa thèse) et sa quête de proportion, d’équilibre, sa recherche de perfection dans la grande mécanique du monde, sous l’essor scientifique du moment, est une passion qui se crystalise par une fixation pour les étapes de passations existentielles d'individus, celle de l’avènement, le moment précis ou le destin bascule, plus particulièrement ici celui de Léonardo Da Vinci qui à 16 ans se vit confier la tâche de peindre un ange dans une fresque, par son maître Verrocchio : cet équilibre, cette grâce, cette perfection, cet ange de renaissance qu'il créa, elle le cherche, et Kate croît l’obtenir narcissiquement et probablement plus ou moins consciemment par la maternité, avec le géniteur choisi, Christian, impossible père qu’elle largue rapidement. Pendant que Richard est en Europe, Christian s'échoue, et peu après, il est retrouvé mort dans un hôtel de Vancouver…

Crédit: Marie-Claude Hamel
La rupture

Le grandiose s’ancre dans le quotidien. La petite vie des protagonistes est mise en lien avec l’actualité, le global: cycles de vie sur cycles d’histoire. De la fin des sixties à la chute du mur en 89, comme un chant du cygne du vingtième siècle (symbolisé par Christian?), un regard nostalgique et incrédule sur la puissance du temps qui passe, et sur le sens de nos vies. Mais aussi regard d’espoir – cette vie, symbolisée par Eli le millénaire, la fille de Kate, renait toujours de ses cendres, on continue, comme on peut…

Il faut dire que la scénographie se prête particulièrement bien à ce ballet, un carrousel de surimpositions intriquées de moments de vie et de concepts historiques. Elle est essentiellement composée d’un cube d’environ quatre mètres d’arête, sis sur une portion circulaire, rotatoire et centrale d’un large praticable couvert de sombre tapis industriel. Les parois latérales en toile blanche permettent les jeux d’ombres et projections : chacune d’entre elles fixée par son centre peut nom seulement pivoter sur elle-même, mais peux de plus être déplacée en circulant sur les axes supérieurs périphériques ainsi qu’un axe central, qui forment des rails. Le dispositif permet d’obtenir d’infinies configurations angulaires murales, les changements étant en partie faits par les comédiens. Quelques spartiates meubles et accessoires insérés in vivo pendant les transitions musicales liant les tableaux suggèrent, parfois, les lieux, contextes.

Crédit: Marie-Claude Hamel
Richard: à la recherche du temps perdu ?

Cette réalité physique, comme un espèce de monolithe intemporel, semble exister en soi, comme si un scéno n’avait pas été greffée au propos, mais plutôt un propos adapté à une scéno vivante, qui elle-même semble n’exister que pour donner vie à divers effets d’éclairages et de perspective, métaphoriques et recherchés. Un contexte physique comme, en partie du moins, prémisse. Les situations narratives se font en avant-scène, avec un éclairage générique, neutre. Le cube, avec son effet giratoire, devient une grande roue du temps, faisant apparaître les effluves du passé, d’abord comme d’évanescentes ombres d’histoire, avec des effets d’éclairages d’unicité variables, séquentiels (pour les jeux d'ombres tansitoires) ou dissociés (pour isoler les temps et créer les climats des flashback), dans des teintes allant de la black-light (le buzz) au rouge bad-trip (l'éclatement); puis la rotation du cube se fixe un instant, révélant un tableau de réminiscences matérialisées par le jeu, avec toujours un seul éclairage central omniscient, une ampoule au bout de son fil-axe symbolique, offrant un effet d’intimité; finalement, dans une cyclique récurrence concentrique, la rotation se poursuit, l’éclat de temps s’évade, en miasmes spectraux. Sous ce ballet expressionniste , l’inconscient, le non-dit, les intentions se révèlent : par exemple, lorsque Kate fait son exposé de thèse, Christian apparaît tel l'homme de Vitruve de Da Vinci. Les transitions sobrement chorégraphiées se font avec grâce, les comédiens passant avec aisance d'une séquence et d'un temps à l'autre.

Certes le dispositif, d'une simplicité compliquée, est brillant parce qu'il permet de juxtaposition de références et de jeu de perspectives, même si parfois, à la longue, la giration conceptuelle, même sans être trop intellectualisante, peu laisser perplexe. Mais si à un niveau la pièce se signale, c'est bien dans cette façon d'explorer le passé avec un regard déchiré, mais résolu, là où la passation historique et grandiose rejoint la vie courante, le grain de poussière humain individuel dans l'immensité de l'histoire et de la collectivité; là où des moments charnières se pointent, à l'échelle de l'être et des émotions; là où on sait (ou peut-être pas encore...) que rien ne sera plus pareil après, que la vie nous réserve un nouvel éclatement. Comme des étapes de vie, une plaque... tournante. Nous gardons tous en nous le souvenir de tels moments, presque mystiques, magiques . Pour les protagonistes, c'est peut-être cette nuit étoilée de bamboche, le feu, les pétards fumés, les grandes interrogations et discussions, mais surtout, le « ensemble », encore, oui encore pour un petit moment, avant que tout ne bascule, là entre les ponts sur le bord de l'eau, à Québec. Avec un sentiment de rage, d'urgence de vivre.

À ce titre, le jeu des comédiens, épuré, sobre, offre de beaux moments de grâce, comme s’il y avait un grand endossement du propos et des intentions, une complicité sur cette ligne de texte d'une sensibilité particulière. Sophie Cadieux hérite d'une partition complexe, elle incarne trois rôles féminins (la mère de Christian, Kate et Eli) avec des changements très serrés et une suggestion de caractères reposant essentiellement sur la force de l'expression, avec très peu d'accessoires : le personnage de Kate étonne par son quasi-surréalisme d'un exotisme improbable légèrement vamp et son accent fabriqué, alors qu''Eli est abordée avec un côté humble dépouillé , par une retenue qui catapulte l'émotion directement dans les estrades plutôt que de la consumer. Alexandre Goyette se glisse dans la peau de Christian comme une main dans un gant : animal-enfant du here and now buzzé et halluciné. Finalement Stéphane Franche, qui doit ici basculer de la narration (présent) à la représentation (du passé) constamment, compose bellement un personnage jetant sur son passé un regard serein, avec peut-être encore un peu de culpabilité, dans une quête du pourquoi.

Une belle pièce d'une grande humanité, de facture étonnante, déstabilisante, qui nous renvoit à notre propre destin, bref, un puissant et troublant regard sur la vie.

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Texte et mise en scène Patrice Dubois
Co-idéation Martin Labrecque

Comédiens:
Sophie Cadieux - Kate, Eli, Lise.
Stéphane Franche - Richard
Alexandre Goyette - Christian

Assistance à la mise en scène et direction de production: Catherine La Frenière
Scénographie: Olivier Landreville
Éclairages: Martin Labrecque
Conception sonore: Larsen Lupin
Costumes: Caroline Poirier
Maquillages: Florence Cornet
Accessoires: David Ouellet

Du 24 février au 21 mars 2009
Théâtre Espace Go
Billetterie: 514 845-4890

mercredi 25 février 2009

Tshepang - Lara Foot Newton (Afrique du Sud) - Théâtre La Chapelle


Par Yves Rousseau



Fait divers, Afrique du Sud 2001 : une enfant (Tshepang) âgée d'à peine quelques mois est victime de_viol. La commotion médiatique qui s'ensuivit eu l'effet d'un véritable révélateur en mettant à jour phénomène aux proportions épidémiques : dans ce pays, plus de 20 000 occurrences par années! L'auteur et metteur en scène engagée Lara Foot Newton, après avoir visité et étudié la petite communauté ou eu lieu le délit initial afin de tenter de comprendre et de cerner les raisons ayant pu mener à de telles dérives, dresse un portrait sans concession du quotidien blessé d'un peuple, avec les effets cuisants
d'une historique spoliation. Douloureux tableau.



Bafoués, méprisés, ostracisés, et pourtant, et pourtant! La force tranquille du grand fleuve de la vie coule, comme le sang noir d'un peuple meurtri sur une terre mouillée de larmes. Là dans ce petit village au milieu d'un champ de cicatrices et brûlures, au milieu de l'alcool d'oubli, là dans l'aftermath de l'ultime spoliation sur les cendres encore fumantes de l'apartheid, là où les jeunes_filles à peine_adolescentes s'offrent déjà_maîtresse pour le gîte et le couvert, là, pourtant, les couleurs éclatantes de la petite vie ordinaire, dans les joies et peines du quotidien.

Crédit: Ruphin Coudyzer
Mncedesi Shabangu et Constance Didi


Par la bouche de ce grand naïf dégingandé, avec ses babioles à touristes, ici sur la place, par la parole de ce conteur (Simon), de ses yeux et sa mémoire de témoins, son récit truculent et imagé peint les couleurs belles et sordides sur la grande toile d'un épisode de vie marquant pour une communauté, dit-il, « ou il ne se passait jamais rien ».

Triptyque tableau, concerto dantesque en trois mouvements pour conteur et orchestre. Primo, la texture sociale, comme une toile du verbe de Miyuki Tanobe, une perspective colorée en vibrato de rires d'enfants, un allegro de visages connus, familiers et aimés, spiccato épars de petits moments d'existences et d'anecdotes iconoclastes, parfois amusantes, pittoresques et joyeuses, ...pour un moment. Mais voilà, secundo, un adagio dramatique d'orage existentiel point, le vernis s'écaille, la douleur suinte : les conséquences éthyliques et hallucinées de substances, le tissu social aliéné: le produit d'une ultime spoliation. Puis la souffrance. Au tableau Tanobe-esque fait suite l'étalement du caché : le climat affectif s'obscurcit, prend des teintes sordides, comme si on voyait se profiler tel un requiem atmosphérique L'île de la Mort, de Boecklin. Tertio, allegro d'éclatement, horreur la plus crue des lendemains damnés de l'abandon, fardeau éternel au relent expressionniste avec une fin à vous couper les jambes, « The Scream » de Judith Mason.

Ruth, porte sur son dos un lit. Comme celui ou sa petite âgée de neuf mois, Tshepang dormait. Comme celui où la petite se vit subir le plus vil des_outrages, pendant qu'elle la laissa pour aller boire, pour oublier une abjecte existence de fille-mère entretenue à charge de triste offrande charnelle. Comme celui où elle se tailla les veines. Et fut découverte à temps par son ancien mec, le conteur Simon : « the last time she ever spoke ». Odieux sur odieux, c'est que d'abord on crû que l'indicible crime fut commis pas six hommes externes à la communauté. Les analyses démontrèrent qu'il s’agissait d'un proche. Sous le regard indifférent d'une autre proche qui le surprit, et ne fit que sortir de la chambre. Sans rien faire, ni dénoncer.

Revenue de la mort, le cri éteint de Ruth est terrible. Abusée, trahie, coupable. Un cri du silence, du trop tard.

La scénographie offre un puissant support métaphorique. D'un lit grandeur nature, côté jardin émergeront les figurines styles art africain pour touristes, portant lunettes. Elles serviront de support représentatif au conteur et deviendront les âmes vivantes du village. Ce lit! Comme celui miniature que Ruth a sur son dos. Comme celui se trouvant dans une des maisonnettes (la maison de Ruth), côté cour, avec chacune un mat portant multiples âmes-lunettes. Au centre, en arrière-scène, un immense tas de sel sur lequel se trouve Ruth. Accroupie, prostrée en cercles compulsifs de culpabilité et d'anéantissement, elle pétrit de ses mains le sel, creuse sa propre mine de chagrin, sous cet indicible mantra créé par le frottement.

Un rôle exigeant pour Constance Didi, sans texte : l'émotion doit être entièrement corporalisée. Pas facile en répétions rapportait-elle : le propos est déchirant, surtout pour une mère. Ne pas éclater, ne pas fondre, tout porter dans le stoïcisme condamné. Le résultat sur scène est probant, puissant. Et, répétons-le, cette fin! que nous ne dévoilons pas, ouf. Brillant Mncedisi Shabangu, avec une diégèse pourtant métaphoriquement imagée, qui même avec un tel sujet offre de beaux moments d'humanité, étonnamment chaleureux et vivant : une performance incarnée, sans manichéisme, avec un personnage qui offre tout les paradoxes de l'être, le bon et le mauvais.

Tristement, l'auteur reporte que, hélas! rien ne serait réglé : profondes inégalités sociales, drogues dures, isolement, pauvreté et chômage endémique, avec un gouvernement faisant preuve de mesures plutôt vaseuses afin de remédier à ce problème de_rapts d'enfants...

NDLR: Notez, la pièce est en anglais.
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Texte et mise en scène : Lara Foot Newton
Assistant à la mise en scène: Leïla Enriques
Interprétation : Mncedesi Shabangu et Constance Didi
Décor : Gerhard Marx
Lumière : Wesley France


24 février au 7 mars, mardi au samedi à 20 h
La Chapelle, 3700 Saint-Dominique, Montréal
Billetterie : (514) 843-7738






jeudi 19 février 2009

Le Filet - Théâtre Populaire d'Acadie - Fred-Barry


Par Yves Rousseau


En Acadie, dans un village de pêcheur crabier, sur fond de conflit lié aux quotas de pêche et au partage de la ressource, dans un petit chalet de pêche, voilà une rencontre coup de poing : trois générations, trois cris, trois destins croisés. Éclatement. Déchirure.

Rarement a-t-on vu ça, surtout dans le confort douillet et molletonné du théâtre montréalais : imaginez une pièce dont le contenu est étroitement lié non pas à de grandes considérations humanistes intemporelles et autres confortantes bonnes intentions de salon, mais à de bouillants éléments concrets d'actualité, là où ça brasse dans la vraie vie, et ce, au point d'être perçue comme subversive et menaçante par certains. C'est que la pièce traite du quasi-monopole de la pêche aux crabes, une des les plus lucratives au monde et dont les quotas avaient été historiquement, pour favoriser l'économie locale, octroyés à quelques familles ainsi devenues très riches et puissantes, sans pourtant nécessairement produire les effets économiques escomptés pour les communautés locales.

Dans le contexte de l'épuisement de plusieurs ressources et de restrictions de quotas pour plusieurs pêches, le magma économique (du crabe) est rapidement devenu explosif: des pêcheurs de poissons dépouillés d'une partie de leurs quotas pour cause de moratoires limitant la pêche de certaines espèces , réclamèrent leur part de crabe. La ressource crabière fut elle-même réduite de 22 000 à 17 000 tonnes annuelles par le gouvernement, et certaines portions de quotas furent redistribués, dont 15 % qui fut réservé aux pêcheurs Amérindiens. En plusieurs endroits la situation dégénéra, avec de violentes émeutes, des grèves sauvages, et la situation culmina à Shippagan (2003) ou l'usine de transformation locale ainsi que des équipements de pêches autochtones furent incendiés. En 2007, lorsque le TPA s'apprêta à présenter sa pièce dans ce même village, la compagnie de théâtre ainsi qu'un comédien reçurent des menaces, les crabiers promirent de perturber le spectacle qui fut tout de même présenté sous protection policière! Les comédiens nous firent part d'un climat tendu : « nous nous demandions si nous n'aurions pas à décamper en catastrophe après la représentation, mais après le spectacle la réception fut plutôt bonne et les choses se calmèrent ».

C'est qu'avant tout, l'oeuvre de Marcel Romain-Thériault parle d'un cuisant drame d'humanité, la tragédie du temps, du changement : comme une antithèse du film de Perreault (Pour la suite du monde), un univers de déchirement, en éclatement, la non-passation. Trois générations, trois réalités, trois niveaux de langage. Le grand-père au parlé acadien typé, riche crabier, oh pas un mauvais homme, mais toujours dans le rêve de perpétuer la tradition, dans le déni des temps qui changent et de la ressource qui s'épuise, avec un seul but : étendre son pouvoir hégémonique, acheter l'usine locale, et faire de son petit fils un pêcheur, un capitaine de crabier. Ce dernier vient de terminer ses études aux HEC, avec des idées altermondialistes sur le partage, la gestion et la protection de la ressource en complète opposition avec son grand-papa : urbain, parlé et pensée montréalisée. Puis l'oncle, le personnage méphitique, profitant de la naïveté du vieillard pour se livrer à certains trafics illicites, mais autrement plus lucratifs, ancien militaire, un peu américanisé, (dans le parlé aussi) fasciné par les armes à feu et expert en explosif : la présence du jeunot, à qui le vieillard le préfère, risque de le spolier d'une partie des son royaume, lui qui a tenu à bout de bras l'entreprise...

Crédit: Maurice Arsenault
Éric Butler, Bertrand Dugas et Robin-Joël Cool

La façon dont le propos éditorial est imprégné, tissé à même le fil littéraire est adroite, avec une tension permanente, car l'action est installée dans un contexte suggéré et omniprésent qui rappelle étrangement les événements liés à la crise du crabe (plus particulièrement à Shippagan...). Cet arrière-plan est lui-même surimposé à cette rencontre, cette friction intergénérationnelle, avec trois personnages qui par leur substance expriment une autre forme d'éclatement, celui de la langue et de l'identité, selon les principaux pôles d'attraction cerclant et confrontant la communauté acadienne.

La mise en scène est particulièrement rythmée, musclée, la rencontre en vague de charges et de retraits est fascinante, comme un véritable thriller social tragique. Le malaise existentiel des caractères est particulièrement palpable, avec des personnages incarnés, viscéralement habités. Dans cette scénographie ultra réaliste, ce théâtre qui l'est tout autant nous maintient sur le bout de notre siège, haletant, captivé, et les quatre-vingts minutes de la représentation s'envolent rapidement. La fin (que je ne dévoile pas...), explosive, pourrait paraître pour certains anti cathartique, une fin en queue de poisson pour ce panier de crabes : mais ne représente-t-elle pas justement une certaine volonté de fidélité envers l'essence tragique , dans l'évocation d'un contexte social encore très tendu, à des lieux du dénouement utopique et heureux? En nous laissant cette impression de stress, de fraction et d'incertitude, la pièce n'évite t-elle pas ainsi la facilité en induisant un état représentatif d'une certaine réalité toujours, disons, très présente et palpable?

D'abord la déchirante pièce Le Pensionnat cet automne (une dénonciation des abus subis par les autochtones dans les internats d'état), puis après l'intermède ludique de ce superbe, truculent et iconoclaste Vie et mort du Roi Boiteux de Jean-Pierre Ronfard, en version abrégée, repris (cette version fut montée en 94 au TNM) au CADM le mois passé , voilà que Michel Monty nous reviens avec, toujours, du théâtre engagé, dérangeant et pertinent. On continue ?

Certainement un bon moment de théâtre.

Notez, deux soirs seulement, mais la tournée se poursuit.

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NDLR: Notez, deux soirs seulement, mais la tournée se poursuit.

Une création du Théâtre Populaire d'Acadie

Texte de Marcel-Romain Thériault
Mise en scène : Michel Monty
Interprètes : Éric Butler, Robin-Joel Cool et Bertrand Dugas
Environnement sonore : Pierre Michaud
Scénographie : Luc Rondeau
Éclairages : Conrad St-Gelais
Régie : Ghislain Basque

18 et 19 février
Saison itinérante de la salle Fred-Barry
Lieu: Caserne Letourneux, 411, avenue Letourneux (angle Notre-Dame Est)
Métro Pie-IX, autobus 139 sud jusqu’à Notre-Dame.
Billetterie : (514) 253-8974

En tournée:
Sainte-Thérèse 22 février
Timmins 4 mars
Hearst 6 mars
Chapleau 8 mars
Kingston 11 mars
BelSil 13 mars
Valleyfield 14 mars








vendredi 13 février 2009

Ombilic - Collectif [dif] Fraction - Théâtre Prospero


Par Yves Rousseau

Avec Ombilic, la jeune compagnie [dif] Fraction accouche d’une œuvre puissante explorant de façon troubla
nte et intense une certaine substance d’être et d’intériorité : paroles de femmes.


Entrons dans la minuscule boîte noire, la salle intime, dans les catacombes. Souterrain. Là, dans la pénombre, ce froid de solitude minérale. Au milieu du dénuement, une chaise, puis, en arrière-plan le glacial électrique d’un mur d’écrans télé, dans l’atmosphère hantée par un sonore mantra d’inquiétude : dantesque et limbique songe hypnotique.

Crédit: Stéphanie Pelletier
Dantesque et limbique songe hypnotique.


Neuf perspectives cathodiques, multi faciès d’éclats de pensées et morcellement d’âme, schizokaleïdoscopiques tableaux existentiels expressionnistes sur néant pastel, capté par des caméras : les milles faces de l’errance, en multiplication de points de vue, comme des dimensions en écho de dédales de pensées. Le présent démultiplié se mêle à l’inconscient, au fantasme, et au cauchemar. Là, une jeune femme au spectral visage se cherche. Labyrinthe de souvenirs sur bribes de vie.

Crédit: Stéphanie Pelletier
Schizokaleïdoscopiques tableaux existentiels expressionnistes sur néant pastel

Par le choc d’une mère morte, comme un océan de peine, tout s’émiette, aux frontières de l’éclatement du moi, de la décompensation. Le « trop à gérer », la surcharge émotionnelle se cristallise dans une grossesse nerveuse. Dans l’abysse viscéral de féminitude animale, une odyssée de quête du soi, dans la fuite, en éclats verbaux d’ambivalence, cherchant équilibre sur le mur de la folie. Intériorité à vif : « je suis perdue dans mon propre cerveau ». Aux écrans, mille bribes d’expression sur visions horrifiques du fruit des entrailles, une poupée damnée attachée à la chaise du destin.

Un mot : déchirure. Oui, certes, cela a déjà été moult fois abordé au théâtre, les méandres de la psyché féminine. Mais comme ça, rare. Ce n’est pas tant les thématiques, que la façon qu’elles sont portées, induites : le ton, avec cette présence, cette fièvre! Troublante Sarah Gravel, qui habite l’ensemble de façon sensible, intense, incarnée.

Crédit: Stéphanie Pelletier
Gynécologie de l’âme en schizo-flash-back

Au travers d’un cauchemar récurent, un voyage dérangeant, fait de désirs, de peurs, de paradoxes, d’errances dans un néant de solitude. Pourquoi? Parce que, elle (le personnage…), vide et pleine d’une naissance factice à la fois crainte et désirée; elle dans de la maternité-envahissement; elle s’adressant à un bébé ou ogre intérieur à qui on dit de s’accrocher, de rester, mais qu’on hallucine voir se pendre, avec le cordon ombilical; elle chagrine et blessée dans l’atavique relation conflictuelle mère-fille; elle en schizo-flash-back d’adolescence, trouble découverte d’animalité femelle, en corps de sang, dans la gynécologie de l’âme, dans le désir, dans la douleur. Entre autres…

Comme un palais des miroirs en myriade de reflets de dédales d’émotions, le dispositif scénique soutient bien la performance, on évite la « bébelisation » théâtrale, même s’il vaut mieux surtout centrer son attention sur la performance vivante et fantastique : le magma pulsionnel existe par lui-même, hors gadgets, hors TV, le texte est enluminé, sublimé par la présence exceptionnelle de l’interprète, qui nous livre ici une performance profondément investie, sans concessions.

Si ici, en terme de mandat (documentation remise) on précise viser par des procédés d’hybridations, de transdisciplinarité, à atteindre « de nouvelles dynamiques théâtrales » de façon à « refléter différentes facettes des femmes contemporaines », on ne peut qu’applaudir ce premier engagement prometteur parfaitement en accord avec les fondements annoncés. Précoce maturité.

Voilà une jeune compagnie à suivre de très près, avec, déjà, une profondeur très intéressante, et une signature, une identité déjà très palpable, unique dans cette façon de refléter, révéler.

On a déjà hâte à la prochaine.


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Une production du Collectif [dif] Fraction

Texte de Geneviève Bouchard
Mise en scène de Stéphanie Pelletier
Comédienne: Sarah Gravel
Éclairages par Marie-Michèle Fillion
Costumes par Amélie Couturier
Conception vidéo par Stéphanie Pelletier
Musique par Robert Éthier et Olivier De Cotret
Régie par Josiane Fontaine-Zuchowski


3 au 14 février
Au Théâtre Prospero, 1371 Ontario est
Billetterie: 514-526-6582

mercredi 11 février 2009

The Be(a)st of Taylor Mac - Théâtre La Chapelle

Par Yves Rousseau

Dans son spectacle solo, Taylor Mac jette un coup d'oeil sur son destin de différences, sur les errances d'une Amérique torturée: théâtre performatif, trash-néo burlesque sur fond de stand-up et de music-hall: grande folie de ... grande_folle...de gle...


Sur la scène, planté au milieu du plateau nu, sans aucun autre décor, comme paravent, voilà un drap douteux et vraisemblablement blanc accroché sur deux trépieds de fortune. Plus tard, le dispositif permettra de faire basculer dans le suggéré, en les dissimulant, certaines scènes qui autrement eussent été scabreuses. Puis un tabouret, un ukulele et un gros sac contenant des vestiges fripés et poussiéreux de vêtements de_drag queen : strass, paillettes, souliers à talons hauts abracadabrants, robes en faux léopard, bref l'habituel attirail du genre, mais ici dans une version qui tend vers la guenille ratatinée.

Crédit: Drew Geracy
Une photo de presse: pas tel que dans le spectacle, mais ça donne une idée...

L'Arte povera du clinquant, mais ça fait partie du pastiche, de l'autodérision du personnage (nous verrons plus loin...) : une version en couleurs de l'arc-en-ciel du travelo gothique du Rocky Horror Picture Show, en collant-bedaine et _mamelon en brillant rouge s'il vous plaît, visage en boule de discothèque multicolore, sans oublier cette affreuse perruque blondasse rasta.

L'énergumène va même jusqu'à s'accompagner, dans ses chants approximatifs, d'un accord (parfois plus ) de ukulele, rien de moins! Sous un éclairage assez statique, l'arbre de noël vivant brille de tous ses feux potaches, dans une gigue existentielle sauce grande folle. À partir de cette lointaine évocation approximative et titubante du music-hall, la prestation semble emprunter essentiellement à la dialectique du stand-up.

La simple vu du personnage fait sourire et déjà, poindre le rire, ne serait-ce que par la valse d'autodérision cynique et psychédélique que porte le caractère, comme un désespéré mécanisme de défense et de survie, une sublimation des affronts et outrages que sa différence (et il en parle abondamment) lui a apporté, un pastiche existentiel (par le récit de vie) complètement débridé, halluciné et iconoclaste. Certes jusque-là amusant, délirant, la salle se bidonne, mais, en toute sensibilité et en tout respect, il sagit d'une thématique, il faut bien l'avouer, omniprésente au théâtre, et régulièrement traitée à toutes les sauces : dramatique, tragique, poétique, _érotique, « name it »: et ce nonobstant le bien-fondé et la valeur de la cause et toute la compréhension qu'on peut vouloir en toute bonne volonté y apporter.

Outre les rocambolesques péripéties dans les lieux les plus révélateurs d'une certaine américanité, disons, profonde, ce qui fait ici l'originalité particulière du propos, c'est que cette tornade de risible sublimatoire sert de sous-couche, de tremplin pour une dénonciation exutoire : l'intolérance. Révolte devant la démagogie et la psychose du terrorisme à saveur de profilage racial ayant suivie le 9-11. On casse du bois sur l'hyperconservatisme, le « red-neckisme », le sexisme, la presse jaune, le gouvernement _Bush. On parle de tous ceux ayant connu la marginalisation, la souffrance. On parle de l'abrutissement de la vie moderne, du consumérisme relationnel, de la vacuité de solitude désespérée noyée dans l'onanisme _pornographique. On parle de la vie...

À sa façon, et avec ses propres armes, l'auteur a perpétué des paroles de résistance qu'il a transporté dans les endroits les plus réactionnaires de son pays, sous le poids d'une double ostracisation : pour cause d'activisme politique (hou, un intellectuel) et d'art engagé, et d'orientation divergente. La résistance dans les plumes et le strass comme opposition en cri de vie, et le tout éclaté dans la franche rigolade influence bitchy-bitchy yayaya « drag-esque! » grivoise !

« Subversion is my troup! », dixit Taylor...

Évidemment, l'oeuvre a le défaut d'être très américano-américaine et dans ses références, et dans le contexte social sous-entendu. On se plaît encore à croire qu'on échappe à cela ici, qu'il y a un certain décalage, un « gap » culturel, une certaine liberté, mais l'auteur sème une certaine inquiétude vraisemblablement fondée en nous rappelant certaines réalités politiques canadiennes récentes, hiiiiii...

La construction modulaires parait parfois découler d'un assemblage d'extraits de diverses oeuvres, ce qui semble obliger une exposition et une mise en perspective qui s'éternise en moitié première. De plus, l'évolution rapide de l'actualité , avec entre autres un changement de gouvernement, rattrapent le propos, qui reste pertinent dans sa portée historique et sociale, mais obsolète dans sa conception. L'interpellation d'un spectateur et son implication dans le spectacle est une tactique parfois efficace d'effet en capital humour, mais peut-être très galvaudé en théâtre: ça a tellement été fait et refait...

Calqué sur "The Revolution Will Not Be Televised" du poète engagé Gil Scott-Heron, la pièce se conclue (presque) sur "The Revolution Will Not Be masculinized", une version (semblant) musicalement et textuellement boiteuse, mais pertinente : on fait ici référence à la culture de la peur, à la vanité, à l'escalade du pouvoir et de la violence. Plume contre canon. Espoir d'humanité.

L'essor de la civilisation occidentale, tel que résumé par Taylor Mac : « Western civilisation : from Shakespeare to Britney Spears »...

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Texte et interprétation: Taylor Mac
Mise en scène: David Drake

En anglais (E.U)

10 -14 février, mardi au samedi à 20 h
La Chapelle, 3700 Saint-Dominique, Montréal

Billetterie : (514) 843-7738

dimanche 8 février 2009

L’Oiseau vert, commedia dell’arte - d'après Carlo Gozzi - Théâtre Tout à Trac - Théâtre Denise-Pelletier

Par Yves Rousseau


Dans cette adaptation condensée en temps (1h45) et en personnages, l'histoire devient presque prétexte à une grande fête de la commedia dell’arte, d'une féérie potache, comique et abracadabrante.



L'histoire : à dix-huit ans, les jumeaux Renzo et Barbarina, trouvés enfants abandonnés et dérivant sur un cours d'eau, apprennent que les vénaux et vils Truffaldino et Smeraldina sont en fait leurs parents adoptifs. Ils quittent le nid rugueux pour une grande quête de vérité : trouver leurs vrais parents. Ils croiseront un mystérieux oiseau vert, qui les guidera au travers de diverses péripéties, et leur permettra de devenir riches. Ultimement, ils apprendront ce que le public sait d'entrée : leur mère, la reine Ninetta disparue depuis dix-huit ans et pleurée depuis ce temps par l'inconsolable roi Tartaglia (leur père) est en fait prisonnière de la perfide reine mère Tartagliona, la sorcière. Et cet oiseau, ne serait-il pas un prince à qui Tartagliona aurait jeté un sort? Comment la belle Barbarina pourra-t-elle bien le libérer? Le bien et l'amour triompheront-ils?

Crédit: Marc-Antoine Duhaime
Smeraldina suppliant Barbarina

Comme dans un rêve, vous traversez le brouillard du temps. Quelque part, comme sur une place d’antan, un tréteau forain. Sur la plate-forme, quelques trappes par lesquelles les personnages feront irruption, puis s’esquiveront, avec en arrière-plan des tourelles de bois qui deviendront perchoirs, donjons, châteaux. Pas de quatrième mur, ici il n’y a ni coulisses, ni machineries théâtrales : les changements se font au vu, la mécanique est exposée, la musique est issue de musiciens vrais, bien en chair. Éclairé des feux de la rampe, comme au temps jadis, avec parfois une lanterne brandie à bout de perche pour « découper » une scène, le regard des comédiens masqués est révélé et brille de toute son expression.

Crédit: Marc-Antoine Duhaime
Tartagliona et Pantalon

Déjà, dès l'entrée, les coquins personnages potaches haranguent la foule. Comme pour toute commedia qui se respecte, le canevas principal de l’histoire (à partir de laquelle les comédiens jadis improvisaient) est parsemé de lazzis, un royaume de décrochages contrôlés et de cabotinages délicieusement impertinents qui impliquent tout ce qui dans l’air du temps peut se prêter à la farce. La grande fête de pitreries est un feu roulant de jeu physique, éclaté et animé, vivant au possible.

Et paradoxalement, rien ne semble laissé au hasard. À quelques libertés près et quelques hybridations, les caractéristiques et interventions des personnages découlent de leurs typologies, étroitement codifiées par la commedia, mais dans une histoire et tradition reconstruites. Cette façon épurée de mettre en exergue la substantielle moelle du genre, tout en la revisitant et en l’alimentant de nouvelles propositions, tout cela dénote non seulement une connaissance, un profond respect, un amour pour cet art, avec une sensibilité et un équilibre artistique hors du commun, mais aussi un désir d’actualiser, personnaliser et (re) donner vie. Sous la fête et la fluidité apparente, le tout repose sur une (importante) recherche évidente, et la précision chirurgicale et entomologique du metteur en scène Hugo Bélanger: et dans les intentions, et dans le geste, le ton, l’expression et enchainement.

Les comédiens, avec brio, se dépensent sans compter, vêtus des magnifiques costumes et masques éminemment descriptifs : par exemple, l’infâme et ignoble reine Tartagliona porte de noires plumes et se déplace et croasse comme un corbeau avec un masque qui évoque une chouette, un crapaud, alors que ce benêt grotesque et ventripotent de Zanni (un Rantanplan humain), avec ses « poésies » ridicules (des paroles, détournées, issues d’airs connus) et sa quête de saucissons arbore un faciès tout en rondeur porcine.

Crédit: Marc-Antoine Duhaime
L'infâme Tartagliona et le nigaud de Zanni

Enchaînement de gag et rebondissements rocambolesques pour une petite histoire simplette qui, presque, ne semble exister que pour donner prétexte au ludisme, avec le personnage rajouté du narrateur, qui au travers de ses propres facéties et calembours nous prend par la main pour nous recentrer sur l’histoire, en cas où nous nous perdrions en route dans ce tourbillonnement. Dans la beauté et la folie du spectacle, tout cela devient tellement secondaire…

Voilà! Le prétexte est beau, et sa suite est un moment d’une belle et théâtrale humanité. Sur le bout de leurs sièges, complètement captivés, voilà une salle essentiellement composée d’une jeunesse du millénaire, la génération de l’internet et du multimédia, en complète osmose avec l’intemporel spectacle rigolard: pas d’effets spéciaux, pas d’animation 3D et autres trucs technos, et pourtant la découverte belle de ce rapport intime et unique que seul cet art vivant peut offrir, et dans sa communion, et dans sa portée.

Et puis, pour les plus âgés, le plaisir renouvelé, avec un cœur d’enfance, de retrouver marionnettes, bons un peu ridicules et vilains risibles, puis tous ces autres petits bonheurs issus de la commedia. Mondibule, Bedondaine, Paillasson, Friponneau et Dame Plume, Giroflée...

Est-ce Robert Lepage qui disait qu’un artiste (et par extension un art) devait se développer non pas dans le plus, le mieux que tel autre art ou artiste, mais plutôt dans l’unique? Comme quoi le théâtre peut exister sans se trahir lui-même, sans se travestir en cinéma ou en télé, offrant justement ce qui fait peut-être le plus défaut à cette époque de fou : un rapport direct, vivant, une (prise de) parole vibrante et… unique!

Toujours est-il que l’assistance en délire a réservé un accueil quasi apothéotique à une troupe ravie, et qui dû même couper court aux incessants applaudissements...

Certainement un excellent spectacle, un ensemble très rodé puisque le spectacle créé à la Salle Fred-Barry en 2004 a beaucoup tourné depuis, passant le cap des cent représentations.

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Une production du Théâtre Tout à Trac

Texte de Carlo Gozzi
Adaptation : Hugo Bélanger
Mise en scène : Hugo Bélanger

Comédiens :

Annick Beaulne: Barbarina et Ninetta
Martin Boileau : Renzo et Tartaglia
Bruno Piccolo: Truffaldino et Pantalon
Carl Poliquin : Oiseau vert, Zanni et Chef de la troupe
Audrey Talbot : Smeraldina et Tartagliona
Patrice d'Aragon : le Musicien
Marie-Noëlle Labrie-Klis: Pompea

Assistance à la mise en scène : Émilie Gagné-Prud’homme et Catherine Vallée-Grégoire
Scénographie et costumes : Véronic Denis
Conception des éclairages : Martin Gilbert
Conception musicale : Patrice d’Aragon
Marionnette et accessoires : Émilie Gagné-Prud’homme et Marie-Line Gilbert
Confection des masques : Philippe Pointard, Louis David Rama et Marie-Pier Fortier

Du 5 au 14 février 2009
Lieu : Salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau
300, Boul. de Maisonneuve Est, Métro Berri-UQÀM
Billetterie : (514) 987-6919

samedi 7 février 2009

Kiss Bill - Pigeons International - Usine C


Par Yves Rousseau

Paula de Vasconcelos propose une vision en négatif photographique de l’univers de Tarantino : de KillBill, le succès technotronique avec sa quête sanglante surréelle à coup de vengeances et combats acrobatiques, on passe ici à une vision qui invite à l’humanisme, la paix, avec une certaine ironie, presque un questionnement face aux choix, au rôle du créateur ramant dans la galère de la recette du succès sur la mer des impératifs commerciaux...


Bien sûr, l’esthétique éclatée de l’univers vidéo-clippé de Tarantino plane, avec ce côté presque pastiche et exutoire sur fond de musique parfois kitsch. Mais pastiche sur le pastiche, Vasconcelos certes a amené cet univers de kata, de chorégraphies inspirées des arts martiaux et d’action rocambolesque, mais ce qui était originalement combat devient ici rixe symbolique, fraternelle et potache, parfois presque de commedia, et la quête de vendetta de la belle devient plutôt une organique invitation à l’humanité pour un cinéaste populaire (un personnage, nous verrons plus loin) qu’on montre comme étant presque captif de son univers conceptuel et des impératifs commerciaux découlant d’une certaine recette du succès.

Crédit: Paul-Antoine Taillefer

Sylvie Moreau

Scéno et costumes BCBG: immense plancher (de danse) sur dantesque paravent en carreaux de papier de soie comme fond de scène (permettant les jeux d’ombres), costumes de jeunes cadres branchés, sobres couleurs. Lui , appelons le Bill (le moi ?), cinéaste, apparaissant d'abord assis de dos, fait face à sa productrice (le surmoi?) qu'il écoute distraitement, une femme froide, cérébrale, obsessionnelle, business business qui l’abreuve de l’interminable litanie des ses rendez-vous, projets, obligations. Comme un artiste peintre qui aurait connu le succès et fait sa vie en maîtrisant particulièrement un concept publicitaire vendeur tout en rêvant des toiles qu’il ne peint plus et d’une certaine authenticité artistique perdue, Bill est sur le spleen existentiel. Captif de sa recette, de son $uccè$. Son esprit cherche à s’évader. Là, pendant que le babillage de la grébiche tombe en fade-out, sur des grands violons de vie, la belle vengeresse (le ça, l’inconscient, le rêve, le refoulé?) apparaît en ombres de vie. La grande exécutrice du faux, la belle révélatrice du beau. Exit le bang bang.

Voilà le principe de base de la pièce : la situation prison du cinéaste s’éclate progressivement de dérive de liberté. Puis, la réalité (scène de bureau) s’émiette, de plus en plus évanescente et se mêle au fantastique. Ultimement, dans un jardin d’Éden (révélé par le retrait des paravents), les éclats oniriques fusionnent avec le réel, le digèrent. On retire ses chaussures, on se laisse aller au pardon et à la vie.

Et ce crescendo d’évasion en tableaux alternés? Complètement éclaté. Une danseuse (la « vengeresse ») comme une Carmen sensuelle, suave et organique et animale brûle la scène, vraiment. Le liant qui gomme l’aspect modulaire. La performance de Natalie Zoey Gauld est tout simplement lumineuse et envoûtante, surtout pour ce fantastique solo en planante musique arabisante. De l’iconoclaste au burlesque, des duels de pistolets imaginaires (avec la chanson récurrente Bang-bang, my baby shut me down, de Sonny Bonno) en jeux d’ombres, en passant par des moustachus potaches crapahutant comme des coléoptères, jusqu'au gigues disco ou encore une évocation flamenco en simagrées ninja, le cliché tanrantinesque déconstruit par l’ironie humaniste vasconcelesque , implique l’équipe de danseurs, avec parfois la soliste, et/ou les deux zoufs névrosés, avec pour ces derniers une légère rigidité du geste soutenant parfaitement la définition de leurs personnages urbains et dissociés , en contraste avec la fluidité des corps chorégraphiques. Une trame sonore recherchée (Debussy, Stravinski, Bernstein en passant par Henri Salvador , entre autres) meuble le tout de climats contrastés.

Vasconcelo semble parfois jouer avec les clichés chorégraphiques en clin d’œil de la même façon que Tarantino joue avec ceux cinématographiques pour en faire quelque chose de nouveau, une ironique exultation paroxystique.

Il fait bon d’aimer détester le personnage de Moreau, particulièrement bien construit, habité par cette triste vacuité carriériste pathétique, avec une sous-couche de vulnérabilité qui se révèle touchante par ce qu’elle révèle d’aliénation, de fonctionnement désincarné et de besoins refoulés lorsque la réalité périclite de son carcan. Goyette offre une présence ténébreuse, physique, de celui un peu désabusé par ce qu’il a dû faire pour parvenir, qui s’est un peu perdu en route, avec de superbes envolées poétiques. Les dialogues offrent une logorrhée verbale (à l’image de cette vie d’activisme et d'étourdissements non-stop) particulièrement cynique et savoureuse.

Même si le magma poétique et existentiel offre une certaine profondeur, l’œuvre demeure avant tout ludique et festive, amusante, colorée et rythmée, avec un regard moqueur sur un certain monde de la branchouille et du divertissement concept mercantile ?

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Mise en scène et chorégraphies : Paula de Vasconcelos
Scénographie par Raymond Marius Boucher et Paula de Vasconcelos
Costumes par Anne-Marie Veevaete et Paula de Vasconcelos
Lumière par Michel Beaulieu
Textes par Alexandre Goyette, Sylvie Moreau et Paula de Vasconcelos
Poème de l’amour : Évelyne de la Chenelière
Comédiens : Alexandre Goyette et Sylvie Moreau
Danseurs : Natalie Zoey Gauld, Laurence Ramsay, Edward Toledo, David Rancourt, Kleber Candido

En reprise, du 4 au 14 février 2009

Usine C

1345, avenue Lalonde, Montréal

Billetterie: 514 521-4493







vendredi 6 février 2009

Body Fragments - Theaterlabor - Théâtre La Chapelle

Par Yves Rousseau

Avec Body Fragments, Theatherlabor matérialise l'univers pictural du peintre Francis Bacon (1909-92) à partir du langage corporel. L'horreur sublimée...


Certes pas des tableaux vivants, oh non! Plutôt l'univers de Francis Bacon, évoqué, induit, mis en chair. Et en corps d'humanité asphyxiée, tordue, souffrante, violente, bestiale, dissociée. En instinct et en cri. En solitude isolée ou communale et schizoïde. La pulsion par l'effet saisissant, par la substance du moment, en jet expressionniste.

Crédit: Tom Dombrowski

L'univers noir, chancelant, les personnages morcelés de Bacon trouvent écho dans l'univers d'art minimal du Théâtrelabor. Sur scène, quatre praticables (au centre de chaque quart de plateau) rectangulaires de la taille de tables de cuisines. Fond noir. Par jeux de miroir, sur mantra surréel, une évolution ectoplasmique, distordue. Puis la laideur éructante, grimaçante, la corporalisation baconienne sur éclat d'âmes en clair obscur. D'un iconoclaste dantesque. Visages découpés de fils. Vestale trash sur cuvette mobile, en plongée statufiée. Personnages en récurrences verbales hoquetantes, scandées, beckettienne comédie infernale, hagard, prisonniers, perdus. Suspendus, torturés, automutilatoire, _maso sur tables-présentoires. Entre autres. Le sang, la haine, la guerre, l'absurde solitude humaine, tout est là.

Comme pour l'oeuvre, l'univers est compact et asphyxiant. Moins d'une heure. Performance complètement atypique : un « blende » existentiel fécalisé par la vomitoire explosion d'un substantiel univers peint, vient hanter la barque de la réalité dans sa traversée d'un Styx artistique, sans compromis. Hermétique.

Très intéressant, déstabilisant, recherché, mettre sur scène un univers sur toile, brillante idée. Particulièrement accessible pour ceux connaissant l'oeuvre du peintre. À ce titre, il peut être intéressant d'examiner la petite exposition et les quelques bouquins dans le petit café du théâtre.

Un passage très rapide, trois soirs seulement.
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Une production Theatrelabor
Mise en scène par Siegmar Schröder
Comédiens: Thomas Behrend, Michael Grunert, Indira Heidemann, Karin Wedeking, Tom Dombrowski
Costumes par Christin Vinke

Du 5 au 7 février 2009
Théâtre La Chapelle, 3700 rue Saint-Dominique, Montréal
Billetterie : www.lachapelle.org ou (514) 843-7738

mercredi 4 février 2009

Cendres De Cailloux - La Société des Anges - Espace Geordie

Par Yves Rousseau

Avec Cendres de Cailloux, La Société des Anges s'attaque à une des oeuvres phares de Daniel Danis: un homme fuit avec sa fille le souvenir d'une mort atroce, celle de sa femme assassinée selon le pire des outrages. Voyage au pays de la douleur humaine...


Sur scène, quatre chaises, quatre témoignages, quatre espaces de solitude. Chacun dans son souvenir. Car Danis l'indique clairement en didascalie : au début de l'histoire, le drame a déjà eu lieu.

Les personnages ont le regard dans l'ailleurs, dans l'avant : l'être moins en présence que dans le souvenir. Révélé tour à tour, en alternance de soliloques en corridor de lumière dans une obscurité de solitude. Quatre points de vue d'un même temps de vie, quatre blessures, chacun étranglé de souffrance. Dans la langue fiévreuse en trajectoire existentielle d'implosions de Danis. Spleen.

Il y a Clermont qui fuit la douleur d'une femme perdue dans un sordide assassinat. Dans le silence du travail assommoir, dans l'intériorité torturée, là, dans cette ferme qu'il vient d'acheter après la fuite urbaine et l'errance de l'oubli, en marge de ce village de Sainte-mémère-du-cancan, qu'il évite comme la peste. Son silence est de roc, on le surnomme cailloux. Puis Pascale, sa fille, qui de ses dix-huit ans regarde l'antérieur : « À onze ans j'ai pris mon courage à deux mains pour laver les fenêtres encrassées avec des guenilles qu'on avait déchiré dans de vieilles serviettes de bain. En lavant, je me disais : je me soigne par en dedans, je lave ma peine, je la nettoie ».

Crédit: Benoît Guérin
Shirley, Coco, Pascale et Clermont (Brigitte Hébert, Steve Pilarezik, Elisabeth Locas, Mario Thibeault)


Ensuite, les locaux : Coco, un bum qui affronte son auto-canibalisante bête intérieure dans une trajectoire de jobbines, de soirées de beuveries au bar avec les amis bouées (dont Shirley), car les amis c'est tout ce qui compte et c'est tout ce qu'il a : « ces photos-là sont avec moi pour toujours, gardées sur moi. Une mémoire de visages que je traînerais pour le reste de l'éternité. Ces photos-là, celle que je montre, les quatre photos, Grenouille, Shirley, Flagos, Dédé, des visages familiers depuis la fin de mon secondaire, jusqu'à mes vingt-neuf-ans d'aujourd'hui, des amis pour la vie. Je les garde dans ma veste de cuir dans une pochette contre mon coeur éteint ». Finalement Shirley, qui de son bar semble être la seule à pouvoir appréhender, mettre en perspective cette vie, et domestiquer ces bêtes unies par cette atavique amitié, avec une souffrance existentielle, un mal être désespéré et une loi du talion villageoise qui les poussent à commettre d'indicibles frasques : « on était en train de faire la peau de la Thibodeau. On avait piqué nos quatre fanaux sur des caisses de bières. J'étais saoule. On peut pas déterrer quelqu'un qui est mort depuis seulement six jours sans se saouler la gueule. On tombait en transe quand on faisait des affaires qui sortaient du bon sens ».

Quand Shirley s'éprend de Clermont, ce dernier renaît, mais la loi tribale du groupe commande son dû, comme pour le prix d'une trahison, et entre un certain bonheur dans l'inconfort de l'inconnu et le risque de la perte, et la solidarité tordue dans l'errance clanique en trajectoire vers nulle part comme seule réalité tangible et connue, mais rassurante, Shirley oscille : un dernier mauvais coup de trop. Éclatement. Tragédie. Noces de sang. Sauvagerie de mœurs sans nom. Destins mutilés. Terrible, je ne vous en dis pas plus...

Êtres spectraux, outre-vie d'outre-tombe, dans une récurrence hallucinée. Terrienne et poétique éructation de passé, dans une voix corporalisée en poses expressionnistes. Parfois dissociés, schizoïdes (comme lorsque l'enfant « slamme» certains passages pour les déréaliser et se protéger), dans un relatif statisme beckettien, en dénuement de solitudes alternées, certainement une approche d'une grande pureté, sans compromis, au service du texte dans son incarnation d'une trajectoire d'intériorité, filtré de toutes distractions, de tout anecdotique.

On sent le texte déjà assez bien en bouche, avec parfois de légères latences dans le rythme assez particulier du verbe de Danis. Élisabeth Locas (Pascale) offre de lumineux et sensibles moments en adolescente blessée; Steve Pilazerik (Coco) compose un « adulescent » d'un débonnaire livré aux turpitudes d'une animalité instinctive, à la fois attachant, touchant, et inquiétant, une vie de « rien à perdre »; Mario Thibeault (Clermont) dans la souffrance de la réclusion sur soi, soulève de bons moments troublants; finalement, Brigitte Hébert (Shirley) compose un personnage (peut-être le plus complexe?) d'une omnisciente conscience tout en paradoxes, la fille de la gang qui sait s'imposer et faire son chemin, mais qui ne peut pourtant échapper à la fatalité d'un certain destin coulé dans une atavique appartenance : déjà correct, mais peut-être encore un peu de travail au niveau de la fluidité des répliques, sûrement quelque travail de direction au niveau de quelques intentions. On parle d'ajustements, pas d'une mauvaise performance, précisons.

Côté éclairages, une soirée plutôt difficile. Si en régie on a réussi à contourner certains problèmes techniques, il reste certes du travail afin d'accorder synchronisation et intensité d'éclairage, un langage très important dans la pièce par sa façon d'isoler, de découper les espaces de vie en climat d'intensité et de rythmer ou conjuguer les prestations essentiellement alternées : on appréhende bien ce travail dans les portions épargnées par la poisse des premières. Avec un temps très court d'entrée en salle, comme c'est souvent le cas en théâtre émergent, question budget, il reste certes un certain rodage technique. La musique, pianistique contemporaine en éclats impressionnistes, soutient à merveilles certains éclats climatiques.

Malgré ces petits ajustements, la pièce est bien intéressante et part sur de bonnes bases, le metteur en scène Luc St-Denis ayant visiblement fouillé, questionné de près l'approche du jeu lié à l'intériorité particulière des caractères, certes une belle façon de matérialiser l'univers de la blessure humaine, quasi-tragique et pas facile de la pièce, avec un texte unique et riche.


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Une production de La Société des Anges
Texte de Daniel Danis
Mise en scène de Luc St-Denis

Comédiens: Brigitte Hébert, Elisabeth Locas, Steve Pilarezik et Mario Thibeault
Scénographie de Geneviève Lizotte et Elen Ewing
Création sonore par Caroline Lavoie
Lumière par André Desaulniers
Direction de production, régie et assistance à la mise en scène Lyne Thériault


Du 3 au 14 février 2009
Espace Geordie, 4001 rue Berri, Montréal

Billetterie 514 721-4880