mercredi 28 janvier 2009

Les Liaisons Dangereuses - Société Richard III - Salle Fred-Barry

Par Yves Rousseau

La Société Richard III présente une adaptation du roman épistolaire « Les Liaisons Dangereuses » de Choderlos de Laclos. Cynisme mur à mur, décadence, libertinage tragique sur fond d'années folles et de burlesque chaplinesque...


Rappelons, approximativement, les grandes lignes de cette histoire, parmi les plus connues et les plus populaires de la littérature française :

Quand une intrigante et un dandy (Valmont) tous deux brillants, raffinés, narcissiques, libertins, cyniques, blasés et désillusionnés n'ont plus que d'abjectes manigances et vengeances comme moteur existentiels et motif de leur relation, voilà le résultat : la Marquise de Merteuil, laissée jeune et riche par un veuvage précoce, s'avère être une experte en manipulation et duperie, allant même jusqu'à poser comme confidente et amie envers ses ennemis, pour ne mieux que pouvoir, sous son apparente bonne réputation, les avilir à sa guise. En quelque sorte féministe avant l'heure, et libérée de la tutelle d'un mari, la voilà pourtant désireuse de se venger d'un de ses amants, le comte de Gercourt, ayant commis l'affront de lui préférer une autre. Pour ce, sous promesses de récompense charnelle, elle charge une ancienne flamme avec qui elle tient un sordide pacte d'amitié, le Vicomte de Valmont , de séduire et perdre la jeune promise de Gercourt, Cécile de Volanges, une jeune adolescente pure et naïve.

Mais Valmont cherche plutôt à rajouter à son tableau de chasse (tout en relançant Merteuil) la chaste et vertueuse Présidente de Tourvel qui se trouve chez sa tante, Madame de Rosemonde. De Merteuil subjugue Mme de Volanges afin qu'elle se rende séjourner chez la tante, créant la situation parfaite afin que Valmont puisse compromettre et Cécile, maintenant éprise de son jeune professeur ayant défroqué pour elle (le Chevalier Danceny), et Madame de Tourvel. Après sa réussite, Valmont éprouve peut-être peut-être, surprise, de véritables sentiments pour Tourvel, qui s'est complètement donnée à lui, mais il consent pourtant à l'abandonner, à partir d'une odieuse lettre élaborée par Merteuil, ultime condition pour obtenir les faveurs promises par cette dernière (et aussi pour entretenir cette rixe de défis), qui entre-temps, elle, a réussi à séduire Danceny!

Tout se précipite : Merteuil ne tient pas parole et nargue Valmont. C'est la guerre avec Valmont, qui se battra en duel avec Danceny, le pantin de Merteuil. Valmont pourrait n'en faire qu'une bouchée, mais paraît presque se suicider par personne interposée, précipitant l'issu du combat. Ce dernier confie avant de mourrir les lettres révélant les manigances de Merteuil à Danceny, qui lui réalise trop tard le prix terrible à payer pour ses errances. Tourvel, atterrée, perd la raison, puis à la nouvelle de cette mort, meurt, pendant que Cécile, sous le coup de l'outrage, prend le voile. Bientôt tous connaissent les lettres, et pour la Marquise de Merteuil, c'est le début de la fin...

Crédit: Luc Lavergne
Le Chevalier Danceny, puis en flou, le Vicomte de Valmont et Cécile de Volanges

Si on peut la dévoiler, c'est que ce que l'histoire, dans cette version, est peut-être plus importante par ce qu'elle permet de révéler de la substance humaine des protagonistes, que par son intrigue, ses détours intriqués et foisonnants. Point de manichéisme dans la construction et la dimension psychologique des personnages, mais plutôt un tableau impressionniste des côtés clairs et sombres inhérents à la personnalité. La Marquise de Merteuil par exemple est une belle composition sensible de Catherine Hamann qui ici ne dépeint pas une unilatérale méchante de service, mais met plutôt en exergue peurs, carences et blessures qui emmènent la motivation, voir nécessité de ce mode de vie de manigances, l'ensemble comme mécanisme de défense existentiel : sans pourtant chercher à excuser. Idem pour Valmont (superbe jeu de L.-O. Mauffette), avec en plus la vanité sardonique de celui qui ne sait que trop bien ce qu'il est, vivant dans la parfaite conscience de ses choix (à ce propos notons d'ailleurs cette brillante idée d'en faire le témoin universel invisible, toujours en scène avec ce rictus machiavélique). Même les personnages des victimes échappent au monolithisme : Mme de Volanges n'est-elle pas coupable, par sa vanité et son désir morbide d'accession sociale, de s'être laissée aveugler par son désir de s'associer à la belle société, une Marquise, vous pensez bien, ma chère; Danceny ne succomba-t-il que trop facilement, selon les faiblesses de la race, aux charmes de la Marquise de Merteuil, lui qui tout à l'heure jurait amours toujours à la belle Cécile? Puis cette vieille tante, qu'on pense débonnaire et gâteuse ne se révèle-elle pas être en fait bien trop expérimenté des choses de la vie pour ne pas avoir vu venir tout ce qui se tramait?

Cette belle direction du jeu se trouve appuyée par une certaine pureté scénographique. Pas de flafla. Quelques chaises et accessoires sur fond noir, avec une semi-transparence centrale pouvant révéler un espace en arrière plan souvent utilisé pour suggérer une juxtaposition ou alternance de temps et de lieux.

À cette sobriété de décor s'oppose une véritable orgie de costumes, surtout pour les tenues féminines, riches, variés et dans tous les tons de l'extravagance de l'entre-deux-guerres, époque pour cette adaptation de l'oeuvre , qui se déroule originalement au dix-huitième siècle. À ce titre, l'approche permet de donner vie, dynamise, avec par exemple de nombreuses insertions d'airs et danses du temps, mais amène aussi quelques incohérences quand les personnages font référence à certains comportements qui même au début du vingtième siècle étaient déjà anachroniques.

Pour sans doute offrir une bouffée d'oxygène au public face à un texte et un univers assez, disons, intenses, de nombreuses insertions burlesque furent intercalées. Ainsi, la tante est incarnée par un comédien _travesti, offrant le spectacle d'une de ces chaplinesques bonnes femmes à la nature particulièrement débordante, avec l'avantage de déclencher l'hilarité de la salle, en complète rupture de ton. Si le stratagème burlesque se prête bien à certaines scènes plus anodines (comme le papotage de la tante au jardin, au sujet de ses rhumatismes) et permet parfois d'atteindre certains contre effets intéressants en mettant en relief le drame, on peut peut-être avoir une certaine réserve lorsqu'il est réemployé à répétition avec d'autres personnages utilitaires grotesques déclenchant le ricanement du public, semblant prendre le premier plan de scènes réputées dramatiques, occultant partiellement ce qui vraisemblablement devait être mis en relief à partir des caractères principaux du tableau.

Finalement, au stade précoce de cette première représentation, on remarque peut-être quelques latences, surtout en première partie, peut-être pourrait-on resserrer un peu. Normal après seulement un ou deux enchaînements complets.

À quelques réserves près, la pièce se révèle certes très intéressante, particulièrement du fait d'une adaptation (atypique) bien incarnée et découpée, contournant le piège du linéaire épistolaire, et de belles prestations mettant en lumière la complexité des personnages dans les eaux troubles des turpitudes humaines.

Fascinant voyage.


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Les Liaisons Dangereuses, une production de la Société Richard III

Texte original de Pierre Ambroise François Choderlos de Laclos
Adaptation, mise en scène et costumes par Daniel Paquette

Comédiens:
Pierre-Yves Cardinal David----- Chevalier Danceny
Isabelle Duchesneau-----Mme de Tourvel
Chantal Dumoulin-----Mme de Volanges
Frédéric-Antoine Guimond-----Mme de Rosemonde
Catherine Hamann-----Marquise de Merteuil
Louis-Olivier Mauffette-----Vicomte de Valmont
Milva Ménard-----Cécile de Volanges

Éclairages et régie par Audrey Wyszinski

Du 27 janvier au 14 février 2009
Saison itinérante de la salle Fred-Barry
Lieu: Caserne Letourneux, 411, avenue Letourneux (angle Notre-Dame Est)
Métro Pie-IX, autobus 139 sud jusqu’à Notre-Dame.
Billetterie : (514) 253-8974






dimanche 25 janvier 2009

Coeur de Chien - Groupe de la Veillée - Théâtre Prospero

Par Yves Rousseau


Téo Spychalski et le Groupe de La Veillée proposent une adaptation du roman Coeur de Chien, de Mikhaïl Boulgakov : la représentation du réalisme magique au théâtre comme défi...


Pas étonnant que Boulgakov se fût attiré les foudres du régime stalinien : la charge (datant de 1925) est immense, et emprunte tous les sentiers de l’ironie et surtout, de la dérision. Si on dit que le ridicule ne tue pas, il s’en fut de peu : si l’auteur échappa aux purges qui touchèrent plusieurs de ses collègues, on peut dire que c’est non seulement son œuvre, mais sa vie entière qui fut mise à l’index.

La thèse politique est potache et délirante : ancien bourgeois confronté au bolchevisme, le professeur Transfigouratov vit entouré de quelques vestiges (appartement plus vaste, majordome, bonne) de son ancienne classe. Dans le cadre d’expérimentation sur le rajeunissement (obtenir l’homo soviéticus idéal?), il greffe quelques portions cérébrales et des_testicules humains (le nom du cadavre donateur évoquerait en russe Staline…) sur un cabot gentil recueilli en pleine rue. Mais plutôt que de rajeunir, l’animal s’hominise, se met à penser, parler, et revêt progressivement les tares de ses donateurs. Rapidement, le voilà fat, menteur, lâche, hypocrite, râleur, alcoolique, et surtout opportuniste : s’alliant par à-plat-ventrisme au comité révolutionnaire de l’immeuble et gardien de la révolution, d’absurdes, grotesques et kafkaesque technocrates disputant au docteur chaque mètre carré de son appartement, le voilà devenu un véritable petit capo, collabo de première du comité, abjecte et répugnante petite frappe tentant avec ses nouveaux amis de confondre le professeur comme étant un ennemi du régime…

Crédit: Maïa Castegnier-Norriega
Les médecins et la brave bête reconnaissante, avant la transformation...

Si le pamphlet de Boulgakov ne laisse aucun doute sur son point de vue sur un régime de technocrate, de délateur où pour se tailler une place il faut se transformer en profiteur chien humain rampant à _couilles staliniennes, il ne faudrait pas s’imaginer que les autres protagonistes représentent la solution, où l’idéal : chacun et chaque idéologie porte sa propre absurdité, des prétentions bourgeoises aux lubies socialistes. C’est non seulement une charge contre système bolchévique de l’époque (l’œuvre date de 1925) – mais tous les systèmes d’une humanité sans issue dans tous ses drames et déchirures, montrés sous la loupe du grotesque. Fatalisme certes, mais sous grande fête joyeusement triste, le paradoxe de la plus grande désillusion envers un monde, une société risible et sans espoir, mais dans un grand éclatement de dérision caricaturale exutoire. On rit et on pleure (presque) en même temps.

Crédit: Maïa Castegnier-Norriega
Kafkaesque technocrates disputant au docteur chaque mètre carré de son appartement

Et l’approche? Une couche satellitaire de paradoxal, de mystique (personnages énigmatiques à l’évolution lente et chorégraphiée, avec poses et accessoires symboliques : trombe tibétaine, lampion, miroir, divinité égyptienne de Anubis) gravite à contre sens autour d’une couche non pas de surréalisme, mais plutôt de tourbillon en pseudoréalité carnavalesque. La farce potache sauce commedia dell’arte de Bouboulov le chien et sa compagnie, est mis en opposition comme révélateur réciproque avec une autre dimension, tragique et dramatique (personnages « sérieux » des médecins à pseudoscience et officiers) avec d’occasionnelles surimpositions de grandes arias existentielles shakespeariennes. L’ensemble lui-même orbite, bien sûr, autour du brûlot sociopolitique, et est complètement englobé dans une superbe trame sonore mantra-esque, véritable vortex d’une onirique continuité.

Et comment cela se matérialise-t-il? Sur scène, centrale, une pyramide en quatre blocs (voir photos), disjointe, on y passe, on s’y cache par quelques portes dérobées. En avant scène une table et un fauteuil de bois suggèrent le lieu de vie du médecin, alors qu’en périphérie on trouve l’aura mystique du bric-à-brac d’accessoires. L’action enchevêtrée est une tornade d’entrées et de sorties, de poursuites, de chants, de parades et d’empoignes, souvent au sol, en alternance avec des éclats dramatiques : la voix omnisciente de la sagesse, au sommet pyramidal.

Crédit: Maïa Castegnier-Norriega
Une vue complète de la scénographie

Denis Gravereaux, en professeur bourgeois précieux, cynique, harassé et résistant au changement à sa façon offre une superbe présence culminant par de grandes et puissantes envolées théâtrales, en particulier avec certains extraits issus du « Maître et Marguerite », un autre roman de Boulgakov. Paul Ahmarani (en quasi polichinelle) est tout simplement incroyable en vil cabot débonnaire, délicieuse prestation particulièrement incarnée, physique, juteuse, truculente, jubilatoire. Le reste de la distribution complète de façon très correcte les rôles qui plutôt que de mettre en exergue l'interprète, participent plutôt de ce magma dramatico rocambolesque.

Une très belle soirée de théâtre!



« O. Dieux! Dieux! Comme la terre est triste le soir! Et que de mystères dans les brouillards qui flottent sur les marais! Celui qui a erré longtemps dans ces brouillards, celui qui a beaucoup souffert avant de mourir, celui qui a volé au-dessus de cette terre en portant un fardeau trop lourd, celui-là sait. Celui-là sait, qui est fatigué. Et c’est sans regret, alors, qu’il quitte les brumes de cette terre, les rivières et les étangs, et qu’il s’abandonne, le coeur léger, dans les bras de la mort en sachant qu’elle — et elle seule — lui apportera la paix. »

Le Maitre et Marguerite : passage que dicta à sa femme Boulgakov en 1940, mourant.

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Une production du Groupe de la Veillée

D’après le roman de Mikhaïl Boulgakov
Conception et mise en scène par Gregory Hlady, assisté de Fabien Fauteux
Adaptation de Téo Spychalski
Décor, lumières et costumes de Vladimir Kovalchuk
Montage sonore par Dmitri marine
Comédiens: Paul Ahmarani, Annie Berthiaume,
Denis Gravereaux, Frédéric Lavallée,
Sergiy Marchenko, Sacha Samar,
Nadia Vislykh.

20 janvier au 14 février 2009
Théâtre Prospero
1371, rue Ontario Est
Montréal (Québec) Canada
Billetterie : (514) 526-6582







Petits Fantômes Mélancoliques - Pigeons International - Usine C

Par Yves Rousseau



Dans Petits Fantômes Mélancolique, Louise Bombardier explore une intériorité difficile, celle d'un certain autisme, sous les couleurs belles de l'enfance, dans la vulnérabilité abusée. Voyage en eaux troubles...



Immersion. Induction. Déconstruction. Dissociation. Isolement. Douleur. Indicible solitude. Bleu, ciel. Cerf-Volant, rire d'enfant. Rêve, innocence. Brisée...


Voyage intérieur. Pas de compromis. Du point de vue des petites, la voix. Une vision du monde, autistique. Par induction, impressionniste, dantesque et évanescente. La quête dans la fuite-prison. Déséquilibre, rupture.


Crédit: Pierre Crépô


Vignettes d'éclats de vie, paroles de candeurs dans l'horreur de l'abus. Turpitudes. Dur, dur, dur. Froideur brûlante, en plein coeur.

Impeccable dire de lumière, parole de vérité, dans la grande obscurité une voix s'élève et nomme, donne image. Dans les gestes d'elles, en détour de vie, la danseuse d'âmes éclatantes et sensibles; dans les miasmes de la plaie infligée, lui. Vingt-et-une fenêtres de vies et presque autant de destins. Les costumes en peaux d'êtres, là autour, à même le sol. Quelques lampes, âmes phares dans les clairs-obscurs de l'espace solitude. Puis une trame sonore spleenétique, méditative et subtile, comme révélateur de non-dits.

C'est touchant, ça fait réfléchir, et ça « fesse » en même temps.




« Quand les mots ne vont pas avec les visages vides,
que l'on n’habite nulle part dans une armoire de peine,
quand, sous son lit, on préfère disparaître la plupart du temps,
se lever est une énigme, dîner avec les gens, un mystère;
travailler, jouer, c'est plus simple quand on est seul,
et que les lois du monde sont des casse-tête
à se frapper la tête contre le mur! »

Extrait, Petits Fantômes mélancoliques, par Louise Bombardier (éd. Les 400 coups)

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Une production de Pigeons International

Idée originale, textes et conception par Louise Bombardier
Comédiennes : Louise Bombardier
Danseurs : Louise Bédard, Paul-Antoine Taillefer
Conseiller à la mise en scène: Claude Poissant
Musique par Hélène Bombardier
Lumières par Étienne Boucher

22 au 31 janvier 2009 à 20 h

Usine C

1345, avenue Lalonde, Montréal
Billetterie : 514 521-4493




mercredi 21 janvier 2009

Rafales - Théâtre Incliné et Théâtre populaire d’Acadie - Usine C


Par Yves Rousseau



Dans Rafales, des trépassés nous parlent de vie, du temps, de la mémoire. Magnifique métaphore en jeux d'ombres, marionnettes, spectres humains et superpositions sonores de musique vivante et bruitisme iconoclaste.



Avec le temps...
avec le temps, va, tout s'en va
on oublie le visage et l'on oublie la voix
le coeur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller
chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien


Léo Ferré


Le mantra lancinant des vagues d'une évanescente éternité berce d'une langueur spleenétique le destin d'âmes spectrales sous le vent chagrin d'une océanne solitude. De ce côtier cimetière, les ressacs de colère jettent dans la grande mer de destinée les terres d'existences, les cendres de vie, les squelettes d'identités sous l'implacable érosion de l'immensité du temps, de l'espace et de l'oubli.

Crédit: Robert Etcheverry
Vanitas vanitatum omnia vanitas

« Je suis la dernière à me souvenir de moi, je ne suis dans aucun livre, d'aucune descendance, on ne peut nommer mon nom » de s'exclamer une âme de la tribu des morts : ce qui fut terrestre, vie, petit à petit s'efface, brouillard, écume des jours. Avec le temps...

Crédit: Robert Etcheverry
Les grands cordages de l'oubli sous les voiles du temps

Poétique, éclectique, hypnotique voyage onirique et impressionniste, des trépassés qui peignent la vie qui tient à son petit fil, son tout petit fil fragile. Vortex sonore fantastique, en mouvements symphoniques, en effluve d'émotions, organique en flottements existentiels du témoignage: la brise marine nous caresse les cheveux et l'ai salin nous pique le nez, puis, en phase de mouvances, lorsque la mort se fait espièglerie, jeu, potache, et iconoclaste , la chaleur des vents et cuivres comme le cri de vie d'une fanfare tsigane.

Crédit: Robert Etcheverry
La mort se fait espièglerie et jeu

Pantins de porcelaines aux riches costumes sur gestes d'identité désarticulée, dans les clairs-obscurs de l'être et les petits éclairs de temps morcelés, évocations célestes des ombres dansantes sur les grandes voiles du navire de la quête de soi, valse macabre triste et joyeuse, dans une temporelle forêts de surréelles sculptures en esquif d'imaginaire.

Crédit: Robert Etcheverry
Évanescente et lunaire mémoire: sic transit gloria mundi

L'incarnation fabuleuse porte l'hère harassé de modernité criarde et froide hors de son souci, glissant sur les flots scintillants d'un ailleurs qui parle de maintenant, de ceux qui traversèrent un temps d'être, nés de la croix ou du grand oiseau sacré, des enfants de la terre, d'une terre d'Acadie ou d'ailleurs, de ceux qui furent jadis dans les yeux et les souvenirs. Pour que nous puissions être ?

Exceptionnel !

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20 janvier au 7 février 2009 à 18 h

Une création du Théâtre Incliné et du Théâtre populaire d’Acadie, en coproduction avec L'USINE et Marionnettissimo (France).

Texte et mise en scène par José Babin
Librement inspiré des nouvelles maritimes de Maurice Arsenault, José Babin, Albert Belzile, Brigitte Harrison, Alain Lavallée, Christianne St-Pierre.
Comédiens : José Babin, Julie Duguay, Alain Lavallée, Claire Normand
Lumières, ombres et marionnettes par Alain Lavallée
Scénographie par Morgan Nicolas (sculptures scéniques) et Luc Rondeau (toiles)
Costumes de Luc Rondeau
Musique et bruitisme par Nicolas Letarte
Masques Claude Rodrigue
Conseiller à la dramaturgie Maurice Arsenault
Assistance à la mise en scène Nadine Walsh
Son in vivo par Benjamin Proulx
Régie par Geneviève Gagnon

20 janvier au 7 février 2009 à 18 h
Usine C 1345, avenue Lalonde

Billetterie: 514 521-4493






Zeppelin Was A Cover Band - Théâtre Sans Fond - Centaur

Par Yves Rousseau

Le Théâtre sans Fond reprend « Zeppelin was a cover band », version anglaise du spectacle original « Zeppelin c’t’un cover band» présenté au Festival Fringe de Montréal en français en 2007, puis en anglais en 2008. La dissection des fondements d'un groupe légendaire...


Certains airs de vieux standards de blues et airs folk européen, maintenant accessible facilement parce que techniques de restauration et internet, vous disent quelque chose, un air de déjà-vu, ou enfin disons plutôt de déjà entendu? Voilà à quoi s'attaque le brûlot éditorial de Cédillot : tracer la genèse d'oeuvre que nous avons tous tendance à attribuer de facto à certains groupes: gratter le verni, décaper l'historique, et, surprise...

Que l'entertainment commence...


Si à l'écoute la parenté musicale semble même pour le néophyte parfois assez évidente pour certaines chansons, comme pour entre autres Killing Floor (repris par _Led_Zeppelin) enregistré originalement par nul autre que_Howlin' Wolf (et crédité à Chester Brunett, son nom véritable) sous la prolifique étiquette Chess, la démarche de l'auteur semble procéder d'une démonstration systématique de ce qu'on suggère presque être, disons, hum, d'élégants emprunts à partir de plusieurs oeuvres dont les crédits initiaux, eux, se sont vraisemblablement plus ou moins perdus dans les dédales du temps...

Le procédé ne se contente pas de tabler sur un vaste échantillonnage d'extraits d'oeuvres originales, datant parfois des tout débuts de l'industrie du disque, et immédiatement mis en relation avec les versions Led Zeppelin : c'est en fait un véritable voyage où, partir d'une contextualisation historique étalant sources et influences musicales, on pénètre dans la chimie du cerveau (pour les groupes des années 60, c'est le cas de le dire...), dans la personnalité des protagonistes Led_Zep, mis en étroite relation avec le contexte du moment, et son évolution :_Sex, drug and Rock and roll dans la grande messe contre-culturelle pétée des sixties, incarnation coïtale en cri de guitare impertinente d'une animalité existentielle et viscérale pour le groupe dont on dissèque la substance sonore et visuelle. Tout cela à partir de l'analyse de ces mêmes sources musicales, originales et historiques: d'une précision entomologique dans son illustration méthodique.

Et ça se concrétise comment sur scène? Le personnage, un grand adolescent trentenaire, jeans, gaminet rock sur espadrille, le pote cool, la potache tronche omnisciente typique de la section rock du disquaire, avec intonation et langage très « on the road », « hey, cool man », complètement halluciné par le sujet, accompagnant les extraits de grands gestes maladroits typiques des simagrées corporelles « air guitare ». On ne s'enfargera pas dans les fleurs du tapis question description scéno: une chaise, une table, un verre d'eau. C'est un choix...

L'être en question, avec sa collection d'albums de Led Zeppelin


Le ton et l'approche empruntent au conte fiévreux, grivois, espiègle, buzzé, avec surenchère du mot du quatre lettres et quelques autres sacres, bien franco-québécois ceux-là; au stand up, avec le « régisseur » en voix hors champ, qui s'élève au rang de « straight man » à partir de ses commentaires grotesques (un humour parfois un peu facile) sur lesquels on peut ensuite tabler pour dérider la salle; mais aussi un peu à la rigidité de la conférence.

Si l'ensemble semble en général captiver l'auditoire, on sent un certain glissement en partie médiane, lorsque le procédé s'éternise un peu de répétitions d'extraits comparés traitant parfois de groupes autres et de « steppettes » d’« air guitare ». L'expression, qui sans être totalement monolithique, pourrait également être plus élaborée, variée, sans évidemment trahir la substance du caractère, qui lui est paradoxalement vraisemblablement sympathique par ses défauts : à ce niveau, la musicalité vocale du personnage, même si de modulations stéréotypées, reste plausible, mais emmène peut-être parfois une certaine lourdeur.

La soirée est intéressante, la qualité du propos, de la manoeuvre, de l'assertion musicologique (en réparation historique) sublime en bonne partie certaines limites, un ensemble qui sans rebuter l'amateur de théâtre passionnera peut-être plus particulièrement les aficionados du rock et de Led Zeppelin.

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Une production du Théâtre Sans Fond

Texte et mise en scène de Stéfan Cédilot et Ben Kalman
Direction musicale par Ben Kalman
Lumière par Philippe Desjardins

Comédiens: Stéfan Cédilot, avec l'apparition de Karine Chartrand (caméo du machiniste)


Zeppelin Was a Cover Band
Centaur Wildside Festival 2009
13, 17, 20 et 25 janvier - en anglais
Théâtre Centaur : 514-288-3161

samedi 17 janvier 2009

Cendres sur les mains, de Laurent Gaudé — Théâtre de l'Ingérence — Bain St-Michel

Par Yves Rousseau


Avec Cendres sur les mains le Théâtre de l'Ingérence explore tout les aléas de la banalisation de l'horreur, avec la mémoire et la transmission comme ultime résistance, en cri de vie.


Guerre. Exactions. Épuration. Ethnique? Comme la blafarde et triste luminescence prévisible de réverbères scande le parcours autoroutier maudit d’une funeste voiture, encore un dantesque halo génocidaire sur la grande autobahn vers nulle part de la sanglante histoire humaine : l’horreur se poursuit, encore, et encore. Routine. No speed limit...

Oui, routine. Comme quand l’indicible devient quotidien. Des camions, des livraisons, des monceaux corps à brûler, des âmes à retirer de l’universelle mémoire. On suppute, évalue, cherche l’efficience, comme s’il se fut s’agit de poulets condamnés.

Comme pour ces deux olibrius de ce centre de crémation. Dans l’insalubrité des corps putréfait, sous la fumée irritante causant une vive et insupportable grattelle, ces quasi-clowns sont plus obnubilés par leur prise de bec portant sur l'intendance, comme ces sacs de chaux qui n'arrivent pas, ces récriminations sur la façon d'opérer efficacement le centre que les supérieurs ne considèrent pas: perpétuelle obstination de potaches technocrates, ouvrier du néant complètement aliénés plutôt que vraiment méchants, dissocié de tout aspect éthique ou moral. On rentre, on poinçonne, et voilà un emploi comme un autre. Ça pourrait être au Kosovo, ou n’importe quel autre exemple du genre.

Crédit : Frédérique Ménard-Aubin
Les deux funestes zigotos...

Puis en voilà une, là, dans le tas, encore vivante. Hésitations. On n'ose l'achever. Et on risque beaucoup en la cachant. Alors, prétendre en avoir fait une esclave. La voilà, comble de l'horreur, qui transporte et brûle les siens.

Crédit : Frédérique Ménard-Aubin
Encore vivante...

N'aurions-nous jamais été si nous n'eussions existé un instant dans le regard et la mémoire des autres? Pour contrer l'outrage du grand oubli, la jeune femme donne vie et histoire à ces êtres, à ces visages. Elle les apprend par coeur. Leur ferme les yeux, leur donne dignité. Pour pouvoir en témoigner. Pour la suite du monde...

Crédit : Frédérique Ménard-Aubin
Pour contrer l'outrage du grand oubli: une belle composition par Catherine Lavoie

L'approche, le choix de traitement surprend, en totale et volontaire schismes, dichotomies : le contre-effet de ton que constitue l'altercation (un peu burlesque) perpétuelle des deux andouilles versus la gravité sans nom des gestes perpétrés, comme une danse ridicule et burlesque sur les cendres fumantes d'un autre Dachau, tout cela met en exergue, en malaise, la facilité déconcertante de la race à se dissocier de l'état de son prochain. Une ironie sans nom, cynique, cinglante : et pourquoi pas ! après la grande promesse du « plus jamais » d'après l'holocauste, n'est-ce pas une humanité tout entière qui contemple la répétition de l'horreur, quotidienne, là, au petit écran, dans la plus grande indifférence? L'histoire se répète. Schismes et dichotomies au pluriel, puisque l'errance du caractère féminin, tout en lumière, humanité, douleur et espoir, est également en mis opposition et avec le ton des deux imbéciles, et avec la laideur du désespoir, du nihilisme.

À ce niveau le texte recèle de grandes beautés, comme lorsque la survivante dans sa façon d'évoquer sa mémoire de cet amoureux qui voulait la parcourir, la connaitre par coeur, s'offre, se donne et prête la même approche à ceux qu'elle veut accompagner et donner souvenance pour l'ultime passage. Dignité.

L'ensemble se matérialise de façon particulièrement habitée dans l'espace minéral que constitue le Bain St-Michel, tout en colonne et en tuiles. Dans la fosse de l'ancienne piscine, côté profond, une déclinaison gigantesque de valises, vêtements empilés, comme évocations des corps. L'essentiel du public, étroitement impliqué (dès l'accueil, mais je n'en révèle pas plus...) est situé dans cette même fosse, qui est ceinte de clôtures aux fils barbelés. Tel un évanescent spectre de douleur et d'évocation, la jeune femme erre et traverse parfois la foule, flottant dans d'évocateurs clairs-obscurs. Le pourtour sert de déambulatoire, une porte avec rouge lumière et fumée évoque la salle de crémation, et le plateau naturel formé par la surface du côté jardin est meublé de caisses et d'artéfact évoquant la misère. L'espace total est investi par le jeu. Immersion.

Outre l'appréciable travail d'éclairage (un très gros effort de moyens pour une jeune compagnie), une musique parfois flottante et spleenétique alterne avec, entre autres, un tonitruant beethovenesque martial. Les costumes ouvriers, et surtout les maquillages (pour le troisième balcon) de music-hall d'une autre époque des deux énergumènes, ajoutent une couche supplémentaire de fard cynique dans le rimmel dégoulinant de l'abjection.

Outre les indices induits précédemment, on remarque un aplomb certain dans la performance des jeunes comédiens, chacun offrant de beaux moments d'expression et une recherche du personnage en bonne progression. La mise en scène et l'adaptation ont préconisé un niveau de langage québécois, mais non joualisant, mais est-ce la musique parfois peut-être légèrement trop forte, ou est-ce l'acoustique particulière de ce lieu écho, il arrive parfois que certaines répliques se perdent légèrement : la diction au tiers primal pourrait peut-être paraître légèrement plus liée, et celle du tiers médian, là ou l'action et le rythme se corsent, pourrait paraître débouler de façon plus articulée, ce au niveau des caractères masculins (je dis paraître, car l'effet acoustique peut être l'élément de distorsion, je remarque que ce problème a eu lieu essentiellement lors des scènes sur le déambulatoire face à la régie). Léger ajustement.

L'ensemble constitue une charge on ne peut plus pertinente contre l'inertie, avec un texte qui réserve de superbes moments, le tout dans un style contextuel et impliquant pour le public, une esthétique et forme d'engagement qui semble en voie de se définir comme étant la signature, l'identité de cette jeune compagnie. La démarche est belle, et la croissance artistique, sur le bon chemin, se poursuit.

Certainement une belle soirée.

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Une production du Théâtre de l'Ingérence

Texte Laurent Gaudé mise en scène Mathieu Marleau

Comédiens : Jean-Sébastien Courchesne, Étienne Jacques, Catherine Lavoie
Costumes et accessoires Julie Emery
Conception sonore Josiane Fontaine-Zuchowski
Vidéo et éclairages Eddie Rodgers



Bain St-Michel
5300, rue St-Dominique, Mtl
angle Maguire (Métro Laurier)

13 au 31 janv. 2009
mardi au samedi à 20:00
Billetterie 514 750.4308