Par Yves Rousseau
Avec Romances et Karaoké, le Théâtre Le Clou examine avec humour cette particulière et très adolescente quête de soi, sous le parfum des premiers émois amoureux.
Sur la scène, une série de paravents en voilures d'un turquoise bariolé domine trois pôles principaux : coté jardin, la station bureau-conférence; centrale, la station vierge Marie et complaintes, avec cette statue; puis côté cour, la musicale station mère indigne, avec un petit chariot à escalier muni d'un karaoké donnant sur un praticable à tapis rouge. Deux microphones latéraux, dont on fera grand usage, complètent. Pas de quatrième mur, dès l'entrée le coloré personnage de la mère joue à l'hôtesse, circule et nous accueille.
Quatre adolescents y ergotent et glandent de leurs hésitations en forme de nulle part existentiel, dans cet hiatus typique de l'âge avec l'abyssale vacuité des personnages comme miroir du passage à vide de l'adolescence où on se cherche en jouant à être autre. Et cette vacuité de l'errance identitaire promène sa substance empruntée par éclats et contre-coups, dans une kaléidoscopie de dérives intriquées venant ponctuer leur risible ordinaire.
Coin bureau, Éric, un petit surdoué habillé en tronche, interrompt à contretemps les persiflages décousus de flottements traînards et de prises de bec puériles de ses comparses, en piquant à Gauvreau la verve éructante et bien poivrée de son refus global, et en plaquant de la substance littéraire de Carson McCullers ces relations en dialogues de sourds traduisant le contemporain cul-de-sac relationnel, tout cela prenant la forme d'impromptues petites conférences audio-visuelles de pacotille avec bruitisme artisanal. Johanne, en costume de collégienne, timide, inhibée, cherche à s'affirmer et changer le monde, par récurrentes complaintes, juchée sur chaise en statuesque pose virginale, sous la symbolique statue. Tanguay, coiffure rasta et chandails pas de manche, est, apparemment, un « bum » impulsif au quotient intellectuel de géranium. Julie, la fille cool, la rockeuse à la dynamique affective t-fal, promène angoisse, révolte à cinq sous et quête de nouveaux horizons d'une pseudo fugue à l'autre face à sa mère débonnaire, pastiche et légèrement indigne, qui elle, miss karaoké, réagit en meublant les excès de noirceur guignolesque de chacun par intermèdes de musique kétaine 70's dans toute une série de rocambolesques costumes, perruques et chorégraphies de même facture, tout en prescrivant de la bière à la jeunesse en épisode spleenétique...
Éric, complexé, suit des cours de drague avec Tanguay, et sous ses conseils se transforme en yo surfait , et utilise la poésie de Gaston Miron afin de conquérir Johanne, qui, elle subit une semblable démarche de transformation dirigée par Julie : Johanne devient (aussi) une grébiche au look emprunté de bar chromé. Tanguay, dans sa rivalité avec le sensible, mais volontaire Éric, se conscientise, écaille sa carapace et dévoile une sensibilité (et intelligence) essentielle à la conquête de Julie, dont la capacité à se laisser atteindre point. Chacun, après s'être pris pour un autre finit par apprendre à être lui-même, le ridicule ne tue pas : les idylles alors se cristallisent, et la McCullers-esque damnation est évitée.
Coin bureau, Éric, un petit surdoué habillé en tronche, interrompt à contretemps les persiflages décousus de flottements traînards et de prises de bec puériles de ses comparses, en piquant à Gauvreau la verve éructante et bien poivrée de son refus global, et en plaquant de la substance littéraire de Carson McCullers ces relations en dialogues de sourds traduisant le contemporain cul-de-sac relationnel, tout cela prenant la forme d'impromptues petites conférences audio-visuelles de pacotille avec bruitisme artisanal. Johanne, en costume de collégienne, timide, inhibée, cherche à s'affirmer et changer le monde, par récurrentes complaintes, juchée sur chaise en statuesque pose virginale, sous la symbolique statue. Tanguay, coiffure rasta et chandails pas de manche, est, apparemment, un « bum » impulsif au quotient intellectuel de géranium. Julie, la fille cool, la rockeuse à la dynamique affective t-fal, promène angoisse, révolte à cinq sous et quête de nouveaux horizons d'une pseudo fugue à l'autre face à sa mère débonnaire, pastiche et légèrement indigne, qui elle, miss karaoké, réagit en meublant les excès de noirceur guignolesque de chacun par intermèdes de musique kétaine 70's dans toute une série de rocambolesques costumes, perruques et chorégraphies de même facture, tout en prescrivant de la bière à la jeunesse en épisode spleenétique...
Éric, complexé, suit des cours de drague avec Tanguay, et sous ses conseils se transforme en yo surfait , et utilise la poésie de Gaston Miron afin de conquérir Johanne, qui, elle subit une semblable démarche de transformation dirigée par Julie : Johanne devient (aussi) une grébiche au look emprunté de bar chromé. Tanguay, dans sa rivalité avec le sensible, mais volontaire Éric, se conscientise, écaille sa carapace et dévoile une sensibilité (et intelligence) essentielle à la conquête de Julie, dont la capacité à se laisser atteindre point. Chacun, après s'être pris pour un autre finit par apprendre à être lui-même, le ridicule ne tue pas : les idylles alors se cristallisent, et la McCullers-esque damnation est évitée.
Non linéaire, complètement éclaté, la pièce promène son ironie en montagne russe de rythme, de risibles scènes végétatives en arias et dérives portant cette thématique quête de soi, sous une esthétique iconoclaste qui atteint son équilibre par opposition d'excès. Excès de ton un potache, bonbon; excès de grotesque, tant dans les textures des caractères, que dans les costumes et le climat; excès de dérision littéraire, avec ce texte riche de sous-texte, qui paradoxalement parle parfois plus de ses non-dits et où la satirique maigreur bavarde qui déborde de verbe explosif et épicé rencontre la lumineuse envolée; excès de contrastes, par choc de caricatures antagonistes, tous des bouffons maladroits, mais en perpétuels contre-effets mutuels; excès de procédés de déconstructions et de blends stylistiques, créant pourtant le nécessaire climat de flottement et de tourbillon liés à ce temps de vie et portant l'ironie relative à cette folie conceptuelle; et tutti quanti.
Dès lors, l'ensemble devient une farce à contretemps qui à partir d'un certain naturalisme affecté chez les personnages, bascule dans l'exutoire portrait lucide grossissant avec rigolade les aléas de cette époque de la vie, le tout paradoxalement examiné avec la verve d'un humour sensible et humain, et surtout, très ludique et festif. Le gros y rencontre alors le paradoxe de la subtilité , du deuxième niveau et du sens dans le non-sens.
Dès lors, l'ensemble devient une farce à contretemps qui à partir d'un certain naturalisme affecté chez les personnages, bascule dans l'exutoire portrait lucide grossissant avec rigolade les aléas de cette époque de la vie, le tout paradoxalement examiné avec la verve d'un humour sensible et humain, et surtout, très ludique et festif. Le gros y rencontre alors le paradoxe de la subtilité , du deuxième niveau et du sens dans le non-sens.
Bien sûr on joue avec le feu, et avec le racolage, mais sans trop s'enfarger du fait d'un ensemble embrassé par ce clin d'oeil de folie iconoclaste s'auto-récupérant de sa propre mécanique actancielle, mais avec tout de même quelques débordements verbaux qui auraient facilement pu être évités et peut-être pas essentiels en théâtre jeunesse. Mais, à partir d'un jeu très maîtrisé à l'intérieur de ces procédés iconoclastes et non esthétisants, on se rattrape certes avec cette incroyable façon de peindre aux couleurs de la vie, de la fête tout en dédramatisant et sans psychologiser, cette étape sensible de l'existence et de la construction identitaire.
Le message est rendu de superbe façon, la jeunesse semble beaucoup s'y reconnaître et les rires fusent.
Le message est rendu de superbe façon, la jeunesse semble beaucoup s'y reconnaître et les rires fusent.
Un spectacle qui plaira particulièrement au public adolescent (14+) auquel il est destiné, plus qu'à tout autre public.
___________________________________________
Texte : Francis Monty
Mise en scène : Benoît Vermeulen
Interprétation : Marc Beaupré, Mathieu Gosselin, Catherine Vidal, Sylvie Gosselin, Sandrine Bisson
Assistance à la mise en scène : Benjamin Lafleur
Décor et costumes : Raymond Marius Boucher
Éclairages : Mathieu Marcil
Musique originale : Sylvain Scott
Maquillages : Florence Cornet
Conseillère aux chorégraphies : Manon Oligny
du 1er au 12 décembre 2009
Théâtre d'Aujourd'hui
3900 rue Saint-Denis
Billetterie : 514 282 3900
