Par Yves Rousseau
Pour sa cinquième édition de courte forme, le Théâtre Tout Court offre à de jeunes comédiens un idéal-cadre d'expérimentation en mise en scène, écriture et jeu.
De courts textes de quelques minutes chacun, une scénographie symbolique, et le jeu à l'avant-plan dans un crescendo d'effets directement au service du punch : efficacité obligatoire, pas de marge de manœuvre. Succès, on garde, échec on jette et après tout ce n'était que quelques minutes : parfait cadre pour originalité et prise de risques ?
Sept numéros, que voici :
De Jocelyn Roy, Tendres Triplettes, un vaudeville où trois sœurs pratiquement identiques se disputent un garçon pas très futé : quand le pseudo alexandrins trafiqué en jeu de sonorité joual d'Homa rencontre l'esthétique du Archie comics, de ses cocottes et la pop bonbon dans un clin d'oeil potache, et frivole, dans une interprétation parfaitement dans le ton. Amusant et coloré.
De Carole Fréchette, Serial Killer : une banale histoire de rupture d'un petit couple pop-corn sous la phobie de l'engagement, et une belle qui assassine son sentiment amoureux. Intéressant exercice de style narratif et de construction climatique, ou le caractère participe de l'escalade en se plaçant séquentiellement en dehors du récit, avec une Geneviève Boivin Roussy, un jeune talent prometteur, qui offre de beaux moments incarnés devant un partenaire qui trébuche sur son texte avec le conséquent patinage.
De Martin Plouffe, Trois, quatre shots de Jameson précipite le ciel sur la tête d'un auteur fat et taciturne sur qui l'univers se déchaîne après qu'on eu découvert son exploitation effrontée de la vie de ses proches afin de construire son œuvre. Monsieur Plouffe y offre un jeu naturel et incarné, face à une réplique principale parfois appuyée, mais autrement de belle expression, et le presque tragi-comique tombe dans la farce, néanmoins truculente du point de vue vaudevilliste. La construction est intéressante, et l'escalade entre deux frères de tempérament complètement opposés et liés à la même fille est bien sentie et amusante.
Avec l'Amour selon Socrate, de Simon Boulerice, voilà une satire d'une consultation rocambolesque d'un jeune homosexuel avec la sexologue de sa polyvalente. Léger et facile, l'humour grivois joue avec la valse clichée de l'embarras adolescent dans la parodie de films adultes vintage mêlant culture antique et onanisme face à une fonctionnaire légèrement coincée qui alimente l'embarras en nommant scrupuleusement toute chose pudiquement éludée par le garçon. Joué sur le ton de la comédie potache et appuyée, pour une œuvre très mineure de l'auteur.
Dans Le messager, de Mathieu Quesnel, un pauvre hère ne demandant qu'à boire sa bière, écouter le Canon de Pachelbel et lire son bouquin, voit sa vie anéantie par une série de messages de répondeur en crescendo de désastre. À partir des cocasses messages originaux, l'effet repose essentiellement sur l'excellente prestation d'Alexandre Morin, qui arrive même à faire passer la maladroite chute en deus ex machina pour un conte urbain somme toute assez scolaire et aux références parfois faciles et racoleuses.
Dans Crime de Crime, François Bernier nous entraine dans une loge de concierge de centre d'achat où deux jeunes assassinent le père Noël, après une verbale rixe de rivalité amoureuse. L'écriture y est alambiquée, lourde et éparse, et la construction scolaire et maladroite, mais les comédiens, en forçant la note, arrivent à récupérer de rires le rocambolesque de l'ensemble.
Finalement, avec Trois dindons qui attendent les épis, de Don Nigro, trois dindons (chandail brun, casquette rouge et collants oranges) gloussent de leurs désirs respectifs, dans une prise de bec absurde et surréelle. C'est amusant, mais la traduction laisse parfois filer l'effet, vraisemblablement émoussé d'idiomatiques paraphrases.
Des textes qui, surtout chez les jeunes plumes locales, explorent les préoccupations de stade de vie, ici essentiellement l'objet amoureux et autres pulsions gastro libidinales, beaucoup dans les jeux de rejets anti-attachement et les délires cynico-ironiquo-dérisoires avec des caractères au narcissisme très senti. Parfois plus maîtrisé dans le processus que dans le contenu, avec un certain conservatisme de forme gravitant autour de l'anecdotique et du conventionnel sous l'obligation de la rigolade, dans une formule qui pourtant devrait faciliter le théâtre d'essai véritable et l'expérimentation éclatée, comme le texte de Fréchette, nettement le mieux construit de la soirée.
Certes, semble-t-il, les rires fusent : du sublime au ridicule, la tentative dans toutes ses inégalités.
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Tendre triplettes, texte et m.e.s. de Jocelyn Roy : avec Delphine Bienvenue, Isabelle Bossé, Jessica Lupien et Christian Baril
De Jocelyn Roy, Tendres Triplettes, un vaudeville où trois sœurs pratiquement identiques se disputent un garçon pas très futé : quand le pseudo alexandrins trafiqué en jeu de sonorité joual d'Homa rencontre l'esthétique du Archie comics, de ses cocottes et la pop bonbon dans un clin d'oeil potache, et frivole, dans une interprétation parfaitement dans le ton. Amusant et coloré.
De Carole Fréchette, Serial Killer : une banale histoire de rupture d'un petit couple pop-corn sous la phobie de l'engagement, et une belle qui assassine son sentiment amoureux. Intéressant exercice de style narratif et de construction climatique, ou le caractère participe de l'escalade en se plaçant séquentiellement en dehors du récit, avec une Geneviève Boivin Roussy, un jeune talent prometteur, qui offre de beaux moments incarnés devant un partenaire qui trébuche sur son texte avec le conséquent patinage.
De Martin Plouffe, Trois, quatre shots de Jameson précipite le ciel sur la tête d'un auteur fat et taciturne sur qui l'univers se déchaîne après qu'on eu découvert son exploitation effrontée de la vie de ses proches afin de construire son œuvre. Monsieur Plouffe y offre un jeu naturel et incarné, face à une réplique principale parfois appuyée, mais autrement de belle expression, et le presque tragi-comique tombe dans la farce, néanmoins truculente du point de vue vaudevilliste. La construction est intéressante, et l'escalade entre deux frères de tempérament complètement opposés et liés à la même fille est bien sentie et amusante.
Avec l'Amour selon Socrate, de Simon Boulerice, voilà une satire d'une consultation rocambolesque d'un jeune homosexuel avec la sexologue de sa polyvalente. Léger et facile, l'humour grivois joue avec la valse clichée de l'embarras adolescent dans la parodie de films adultes vintage mêlant culture antique et onanisme face à une fonctionnaire légèrement coincée qui alimente l'embarras en nommant scrupuleusement toute chose pudiquement éludée par le garçon. Joué sur le ton de la comédie potache et appuyée, pour une œuvre très mineure de l'auteur.
Dans Le messager, de Mathieu Quesnel, un pauvre hère ne demandant qu'à boire sa bière, écouter le Canon de Pachelbel et lire son bouquin, voit sa vie anéantie par une série de messages de répondeur en crescendo de désastre. À partir des cocasses messages originaux, l'effet repose essentiellement sur l'excellente prestation d'Alexandre Morin, qui arrive même à faire passer la maladroite chute en deus ex machina pour un conte urbain somme toute assez scolaire et aux références parfois faciles et racoleuses.
Dans Crime de Crime, François Bernier nous entraine dans une loge de concierge de centre d'achat où deux jeunes assassinent le père Noël, après une verbale rixe de rivalité amoureuse. L'écriture y est alambiquée, lourde et éparse, et la construction scolaire et maladroite, mais les comédiens, en forçant la note, arrivent à récupérer de rires le rocambolesque de l'ensemble.
Finalement, avec Trois dindons qui attendent les épis, de Don Nigro, trois dindons (chandail brun, casquette rouge et collants oranges) gloussent de leurs désirs respectifs, dans une prise de bec absurde et surréelle. C'est amusant, mais la traduction laisse parfois filer l'effet, vraisemblablement émoussé d'idiomatiques paraphrases.
Des textes qui, surtout chez les jeunes plumes locales, explorent les préoccupations de stade de vie, ici essentiellement l'objet amoureux et autres pulsions gastro libidinales, beaucoup dans les jeux de rejets anti-attachement et les délires cynico-ironiquo-dérisoires avec des caractères au narcissisme très senti. Parfois plus maîtrisé dans le processus que dans le contenu, avec un certain conservatisme de forme gravitant autour de l'anecdotique et du conventionnel sous l'obligation de la rigolade, dans une formule qui pourtant devrait faciliter le théâtre d'essai véritable et l'expérimentation éclatée, comme le texte de Fréchette, nettement le mieux construit de la soirée.
Certes, semble-t-il, les rires fusent : du sublime au ridicule, la tentative dans toutes ses inégalités.
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Tendre triplettes, texte et m.e.s. de Jocelyn Roy : avec Delphine Bienvenue, Isabelle Bossé, Jessica Lupien et Christian Baril
Serial Killer de Carole Fréchette, m.e.s. et adaptation de François Morin : avec Mathieu Quesnel et Geneviève Boivin Roussy
Trois, quatre shot de Jameson de Martin Plouffe, m.e.s. de Gabrielle Néron : avec Martin Plouffe, Nicolas Chabot et Gabrielle Néron
L'Amour selon Socrate, texte et m.e.s. Simon Boulerice : avec Jessica Lupien et Christian Baril
Le messager, texte et m.e.s. de Mathieu Quesnel : avec Alexandre Fortin
Crime de Crime de François Bernier, m.e.s. Sarah Desjeunes : avec Mikael Lamoureux et Marc-André Brunet
Trois dindons qui attendent les épis, de Don Nigro, traduction et m.e.s. de Serge Mandeville : avec Serge Mandeville, Marianne Lavallée et Nicolas Chabot
20,21, 27 et 28 novembre
Espace La Risée
1258 Bélanger Est
Billetterie : 514-452-0697