Par Yves Rousseau
Avec Terrorisme, les frères Presnyakov et le Théâtre du Grand Jour jettent un regard ironiquement cruel et aiguisé sur cet univers pressurisé où la post-moderne bête humaine traquée d'agressions de barbarie civilisée rencontre ses plus basiques et viscérales pulsions de survie. Portrait d'une époque?
Comment pourrait-on transposer dans notre américanité à nous cette écriture des Russes et contemporains frères Presnyakov, profondément ancrée dans cette nouvelle réalité postpetroiska? Née dans l'oppression de la pauvreté, de la nécessitée de la débrouille, du marche ou crève littéraire lui-même mis en marge par la néo-libéralisante domination télévisuelle versus le théâtre, c'est en survolant la tragédie du quotidien sans l'embrasser, que par l'absurde et l'iconoclaste verve sardonique au sombre humour, ils écrivent cette vie de la survivance individualiste où chacun, dans la déliquescente du tissu social, les oreilles rabattues protège de ses crocs exhibés et ses grognements menaçant sa petite parcelle de territoire de vie dans cet espace psychologique et humain saturé, mouvant et sauvage de l'éclatement du deuxième millénaire : certes donc une palpable notion de clivage comportemental, comme lorsqu'à un certain niveau de rétrécissement expérimental de leur espace, des animaux sociaux captifs commencent à présenter des comportements paradoxaux, cannibalisant, et pervertit de rage et de peur. Et cela ne ressemble pas à l'Amérique d'aujourd'hui?
Outre le climat précité, ici cette persécution territoriale poussant les êtres les uns contre les autres en chocs d'auto tamponneuse s'ancre dans la notion de terrorisme qui est est explorée par biais de la petite histoire, celle de l'individu dans son quotidien, où l'identité tente de survivre à l'asphyxie de l'anonymat des masses. En six tableaux hétéroclites pourtant subtilement liés, voici le terrorisme dans tous ses états : au sens propre, comme cet homme coincé dans un aéroport du fait d'un appel à la bombe, mais aussi et surtout le terrorisme au sens figuré , dans ces espaces de vie à la territorialité de plus en plus étouffante de ces post-modernes existences de fous.
Outre le climat précité, ici cette persécution territoriale poussant les êtres les uns contre les autres en chocs d'auto tamponneuse s'ancre dans la notion de terrorisme qui est est explorée par biais de la petite histoire, celle de l'individu dans son quotidien, où l'identité tente de survivre à l'asphyxie de l'anonymat des masses. En six tableaux hétéroclites pourtant subtilement liés, voici le terrorisme dans tous ses états : au sens propre, comme cet homme coincé dans un aéroport du fait d'un appel à la bombe, mais aussi et surtout le terrorisme au sens figuré , dans ces espaces de vie à la territorialité de plus en plus étouffante de ces post-modernes existences de fous.
Comme ce territoire de couple, qui explose dans l'adultère, et des amants qui implosent de fantaisies grotesques en cataplasmes de vacuité dans une animale résurgence pulsionnelle malsaine et psychoïde; comme cette collègue qui craque et se pend dans les toilettes d'un bureau à l'atmosphère concentrationnaire dans un espace captif avec chef de bureau très kapo (peut-on trouver plus actuel en cette ère de performance mesurée et de délation planifiée: le boulot-bagne...); comme ces deux vieilles sur un banc de parc fomentant l'assassinat par empoisonnement lent d'un gendre qui menace leur petite parcelle de survie dans un cadre familial surpeuplé de géronto-profiteurisme; comme cette explosive rixe d'espace de dominance dans le vestiaire de policiers militaires (qu'on pourrait transposer ici comme pompiers) qui explose d'un bouc émissaire; comme ce terrain de l'imaginaire où flux de terreur et d'angoisse peuple une intériorité en délire de panique, avec, là, dans l'avion, un pauvre hère entouré d'amis imaginaires...
Le ton tragi-comique procède d'une grande maîtrise de l'absurde, de l'humour grinçant et iconoclaste. Les poses ahuries, torturées et éclatées dans la surréelle (et très riche) occupation de l'espace hébété, empruntent au symbolisme situationnel, et à la déréalisation, comme si ces réalités étaient évoquées dans une limbique errance d'une conscience fragmentée. Légèrement potache d'expression, les caractères promènent leur anxieuse impuissance, leur viscérale rage, leurs imprévisibles et hésitantes perversions dans des renfrognements d'incertitudes en personnalité borderline, ou encore leurs affolements hystériques dans nulle par existentiel pressurisé et antisocial.
La scénographie (voir photos), toute de bois naturel, est composée de chaises, de quelques tables, de casiers sur roulettes pouvant former fond de scène, ou encore mobilier ou vestiaire, le tout complété par des bas praticables réagencés au besoin en trottoir périphérique ou en surface centrale évoquant caserne ou parc. La mécanique théâtrale est exposée, dans un panorama mouvant où les éléments sont introduits et souvent manipulés en changement de perspective, et ce, parfois à l'intérieur du même tableau. À cet espace éclaté de luminosité climatique, s'ajoute une musique aussi imprévisible que colorée et saugrenue, comme cette pop russe néo-Trad, qui participe de ce climat délirant, tordu et dépaysant avec un brin de réalisme magique.
Le ton tragi-comique procède d'une grande maîtrise de l'absurde, de l'humour grinçant et iconoclaste. Les poses ahuries, torturées et éclatées dans la surréelle (et très riche) occupation de l'espace hébété, empruntent au symbolisme situationnel, et à la déréalisation, comme si ces réalités étaient évoquées dans une limbique errance d'une conscience fragmentée. Légèrement potache d'expression, les caractères promènent leur anxieuse impuissance, leur viscérale rage, leurs imprévisibles et hésitantes perversions dans des renfrognements d'incertitudes en personnalité borderline, ou encore leurs affolements hystériques dans nulle par existentiel pressurisé et antisocial.
La scénographie (voir photos), toute de bois naturel, est composée de chaises, de quelques tables, de casiers sur roulettes pouvant former fond de scène, ou encore mobilier ou vestiaire, le tout complété par des bas praticables réagencés au besoin en trottoir périphérique ou en surface centrale évoquant caserne ou parc. La mécanique théâtrale est exposée, dans un panorama mouvant où les éléments sont introduits et souvent manipulés en changement de perspective, et ce, parfois à l'intérieur du même tableau. À cet espace éclaté de luminosité climatique, s'ajoute une musique aussi imprévisible que colorée et saugrenue, comme cette pop russe néo-Trad, qui participe de ce climat délirant, tordu et dépaysant avec un brin de réalisme magique.
Le jeu paradoxal, superbe, et superbement dirigé, repose sur une équipe de comédiens chevronnés et mêle intentionnellement pseudo-incarnation dans le clin d'œil affecté,volontairement espiègle et surfait en relative dramatique bouffonne et glauque, et la distanciation dosant sentiment outré et obséquieux de rage et angoisse sur dépersonnalisation dans l'hypnotique flottement du danger , par déclamation de grande comédie (noire) sardoniquement trafiquée de torves pulsions. La dramatique caricature devient porteuse, évocatrice, sous un aiguillage minutieux et précis.
Voilà certes du théâtre innovateur sous contemporaine esthétique en écho de l'état des lieux : très actuel opus, pertinent, brillant et mordant, autant dans sa portée, que dans sa façon de brasser la cage de nos réalités et cela tout en verve satirique ne reniant certes pas les vertus du rire... jaune.
Éclectique, lucide et savoureux rendez-vous.
À voir!
________________________________________________________________________
Texte : les frères Presnyakov
Traduction : Anne-Catherine Lebeau
Mise en scène : Olivier Coyette
Interprétation : Fabien Cloutier, Christian Crahay, Sharon Ibgui, Jacques Laroche,
Monique Miller, Mani Soleymanlou, Nicole Valberg, Benoit Van Dorslaer
Scénographie : Fabien Teigné
Éclairages : Xavier Lauwers
Musique originale : Larsen Lupin
Costumes : Romain Fabre
Maquillages : Suzanne Trépanier
Assistance à la mise en scène et régie : Jean Gaudreau
24 novembre au 12 décembre 2009
Mardi au samedi, à 20 h
Théâtre Aux Écuries
7285, rue Chabot Montréal
Billetterie : 514-ÉCU-RIES (328-7437)
Voilà certes du théâtre innovateur sous contemporaine esthétique en écho de l'état des lieux : très actuel opus, pertinent, brillant et mordant, autant dans sa portée, que dans sa façon de brasser la cage de nos réalités et cela tout en verve satirique ne reniant certes pas les vertus du rire... jaune.
Éclectique, lucide et savoureux rendez-vous.
À voir!
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Texte : les frères Presnyakov
Traduction : Anne-Catherine Lebeau
Mise en scène : Olivier Coyette
Interprétation : Fabien Cloutier, Christian Crahay, Sharon Ibgui, Jacques Laroche,
Monique Miller, Mani Soleymanlou, Nicole Valberg, Benoit Van Dorslaer
Scénographie : Fabien Teigné
Éclairages : Xavier Lauwers
Musique originale : Larsen Lupin
Costumes : Romain Fabre
Maquillages : Suzanne Trépanier
Assistance à la mise en scène et régie : Jean Gaudreau
24 novembre au 12 décembre 2009
Mardi au samedi, à 20 h
Théâtre Aux Écuries
7285, rue Chabot Montréal
Billetterie : 514-ÉCU-RIES (328-7437)


