jeudi 26 novembre 2009

Je m’appelle Marilyn, de Yonnick Flot - Théâtre Globe Bulle Rouge

Par Yves Rousseau

Avec Je m’appelle Marilyn, le Théâtre Globe Bulle Rouge explore dans une tragicomédie musicale, la genèse d'un mythe, mise en parallèle avec l'américanité dans les prémisses de sa déliquescence.


C'est un rendez-vous dans limbes de l'imaginaire où l'espace d'une chambre et d'un lit se peuple de la substance incarnée d'une intérieure voix Monroesque fabulée. Comme triptyque de l'âme, trois facettes différentes d'une même entité témoignent en métaphore de blessure existentielle, de la fatalité d'un destin, de l'enfance carencée et cruelle, en passant par le triomphe jusqu'à la fin tragique : captive de son image, comme une Amérique qui s'autodigère de son auto cannibalisant mythe surfait et se noie dans la narcissique marre de ses propres illusions. Sans jamais être elle-même, sans jamais atteindre l'idéal de dramatique carrière rêvée, esclave d'une iconique déification, poupée fragile et morcelée dans la perpétuelle et vulnérable quête où valeur et identité ne se reflètent que par le regard de l'autre; funeste destin qui se stigmatisera d'une cruelle blonde et cocotte image précipitée dans les flammes sacrificielles du bucher de l'American Dream, dans le grand cirque romain aux Saints-Martyr du showbizz Hollywoodien : crucifixion pour voyeurisme de masse, plébéien tribu expiatoire pour fausse vierge égorgée sur l'autel des damnées et faustiennes illusions d'un empire de vacuité exultant de son chant du cygne.


Et cette substance est métaphoriquement survolée dans une tragi-comédie musicale, déchirée, mais vivante, colorée et cocasse. Trois blondes platines offrent kaléidoscopie d'une même âme où le flux d'intériorité s'incarne dans la métaphore d'une mise en abîme existentielle où, en crescendo de folie et d'éclatement pour une  pseudopersonnalité à l'ego fragile et médicamenté, les résurgences du moi vrai entrent en choc avec le personnage dans l'ironie du music-hall où les airs ayant ponctués ses films et sa carrière sont parodiés par paroles révélatrices et trafiquées en écho de vérités et de prix à payer, dans le magnifique et très pur monde du spectacle...

À partir d'un jeu relativement charnel,  en clin d'oeil  iconique archétypal tout en pâmoison alanguie et en froufroutant monroesque manoeuvrés vers le deuxième niveau de sens (un gestus occasionellement d'une incarnation légèrement inhibée), chacune des comédiennes incarne une facette différente de cette réalité : la femme-objet et l'icône; la personne vraie et ses rêves véritables de théâtre et d'expression dramatique sous ses insoupçonnées lectures très érudites; et finalement, la femme blessée, chancelante, ensevelie de pilules et dominée par son médecin et la folie menaçante.

Les chansons évoquées, comme Two Little Girls From Little Rock, My heart belong to daddy donnent lieu à de véritables morceaux de music-hall très vivants et colorés, assez bien dansé à quelques petits ajustements prè. Le sens verbal se marie à une dynamique de l'occupation de l'espace très au service de la texture du propos. La trame musicale, assez travaillée et très dans le style, offre des éléments de dichotomie assez pertinents, qui participent de ceux du destin évoqué et habillent bien les nombreux numéros dansés et chantés.

C'est à la fois vivant, profond, léger et frivole, dans une suite de paradoxes bien porteurs des caractéristiques du destin évoqué. C'est rendu par trois jeunes comédiennes allumées dans un jeu tout à fait délicieux, avec un niveau de rodage déjà très convenable pour une première. La conclusion est des plus originalement symbolique...

Tout à fait agréable, on passe une bonne soirée.

À voir !

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Texte de Yonnick Flot
Mise en scène de Miguel Doucet
Comédiennes : Pénélope Jolicoeur, Maryève Alary et Marie Eve Tardy
Régie et Conception : Catherine Rouleau
Chorégraphe : Marie Pelletier
Musique : Pénélope Jolicoeur

24, 26, 27, 28 novembre à 20 h 15
25 novembre, le 2 décembre et le 9 décembre à 19 h 15
2, 3, 4, 5, 8, 10, 11, 12 décembre à 20 h 15

Théâtre Prospero (salle intime)
1371, rue Ontario Est, Montréal
Billetterie : 514-526-6582